Première rencontre entre le général de Gaulle et Konrad Adenauer

17 septembre 1958
01m 10s
Réf. 05125

Notice

Résumé :

A peine revenu aux affaires après les événements de mai 1958, le général de Gaulle invite le chancelier Adenauer dans sa résidence privée de Colombey-les deux-Eglises. Il s'agit de rassurer les Allemands sur les intentions du général en matière européenne et de jeter les bases d'une coopération qui aboutira en 1963 à la signature du traité de l'Elysée.

Date de diffusion :
17 septembre 1958
Source :

Contexte historique

Le général de Gaulle a été investi président du conseil de la IVe république à la suite des événements du 13 mai 1958. C'est à ce titre qu'il reçoit le chancelier Adenauer, les 14 et 15 septembre 1958. La constitution de la Ve République, présentée aux Français au début du mois, n'a pas encore été approuvée par référendum. Après la réforme des institutions et la question algérienne, les relations avec l'Europe et l'Allemagne tiennent dans l'esprit du général une place de choix. Il tient à donner à cette rencontre un caractère personnel et chaleureux qui permet d'envisager une réconciliation franco-allemande. C'est ainsi que De Gaulle l'évoque dans ses mémoires : «... C'est à Colombey-les-Deux-Églises que je le reçois [...]. Il me semble, en effet, qu'il convient de donner à la rencontre une marque exceptionnelle et que, pour l'explication historique que vont avoir entre eux, au nom de leurs deux peuples, ce vieux Français et ce très vieil Allemand, le cadre d'une maison familiale a plus de signification que n'en aurait eu le décor d'un palais. » Le chancelier Adenauer, qui a aussi laissé des mémoires, est plus méfiant vis-à-vis d'un personnage dont le nationalisme et la réputation de factieux suscitent des inquiétudes outre-Rhin. Il a pourtant été rassuré par le socialiste Guy Mollet, le centriste Pierre Pflimlin et l'ambassadeur de France à Bonn sur les engagements européens du nouveau pouvoir. De Gaulle, qui avait été très hostile au traité de Rome, s'engage à le mettre en œuvre et à honorer la signature de la France. En fait, il n'a pas changé d'avis, et n'a pas l'intention de se renier. Pour le général, ce qu'il faut écarter à tout prix c'est le risque d'une autorité supranationale. Pour y parvenir, il cherche à constituer un axe bilatéral fort entre Paris et Bonn dont le poids économique et politique serait suffisant pour imposer leur volonté aux autres membres de la communauté.

La rencontre se fait sous le signe de la séduction et de la volonté de réconciliation : « ma femme et moi faisons donc au chancelier les modestes honneurs de la Boisserie » écrira plus tard De Gaulle dans son style caractéristique. Les deux hommes appartiennent à la même génération, le général parle allemand et le chancelier rhénan est francophile. De son côté,  Adenauer voit d'un œil favorable un rapprochement avec le voisin français dont l'influence politique et militaire ne peut que servir les intérêts d'une Allemagne encore divisée. L'alliance française permet aussi de contrebalancer le poids des Américains et de ne pas dépendre uniquement de leur bon vouloir pour assurer la sécurité du pays. Les deux pays ont intérêt à un rapprochement, le climat de confiance établi à cette occasion porte rapidement ses fruits. Dès le mois de novembre, le général rend visite au chancelier à Bad Kreuznach. Konrad Adenauer sera le seul chef d'Etat étranger à avoir été reçu dans la maison familiale du fondateur de la Ve République.

Claude Robinot

Éclairage média

Ce reportage des Actualités françaises sur la première rencontre entre les deux chefs d'Etat nous dit peu de choses sur le contenu mais nous renseigne sur les circonstances et le déroulement de l'entrevue. A la lecture des mémoires du général et de celles d'Adenauer, on a l'impression que tout s'est passé dans l'intimité d'une rencontre privée, voire discrète. Les images montrent au contraire que l'événement a été fortement médiatisé compte tenu des conditions de l'époque. Un poncif se met en place, celui des plans sur le village de Colombey-les-Deux-Eglises en Haute-Marne et sur la propriété de La Boisserie. Des lieux que le cinéma et la télévision rendent célèbres pour leur identification au personnage du général. Dès que la presse informe l'opinion qu'il s'y rend, cela signifie que le chef de l'Etat prend du recul par rapport aux affaires, qu'il prend le temps de la réflexion ou qu'il vient se ressourcer avant de retourner à l'Elysée, lieu officiel de l'action. C'est aussi dans ce village qu'il accomplit son devoir électoral et attend le résultat des scrutins.

Le choix de recevoir le chancelier dans sa résidence privée est donc intentionnel et soigneusement pesé. Il souligne bien sûr la volonté de créer des liens personnels et chaleureux avec le partenaire en lui offrant l'hospitalité. C'est aussi une manière prudente d'éviter une rencontre officielle, d'Etat à Etat qui, si elle avait échoué, aurait pesé sur l'avenir des relations bilatérales. C'est en quelque sorte une prise de contact. Habilement, le général autorise les caméras à filmer l'accueil du chancelier sur le perron de La Boisserie, mais rien de plus, il n'y a pas d'ordre du jour dans les discussions. De son côté, Adenauer qui avait hésité à accepter l'invitation, présente la rencontre comme un produit des circonstances : revenant de ses vacances en Italie, il avait accepté, sur le chemin du retour, de faire une halte en Haute-Marne. Cette mise en scène convient aux deux parties, qui laissent les médias faire la promotion de la rencontre dont ils soulignent l'importance par la mobilisation des journalistes et des photographes réduits au rôle de « paparazzi ».

Claude Robinot

Transcription

(Musique)
Journaliste
Ce village tranquille connaissait, ce dimanche-là, une animation extraordinaire. Un grand événement était annoncé. Une voiture devait venir de l’est. Le chancelier Adenauer venait rencontrer le général de Gaulle à Colombey-les-deux-églises.
(Musique)
Journaliste
Deux grilles et plus encore pour faire respecter la discrétion du lieu. Certains avaient déjà trouvé des échelles.
(Musique)
Journaliste
Les téléobjectifs voient loin mais pas cependant à travers les murs. Mais finalement, de l’autre côté des grilles, la caméra a pu enregistrer la poignée de main du chancelier allemand et du président du conseil français qui ne s’étaient jamais rencontrés.
(Musique)
Journaliste
On peut imaginer qu’au cours de l’entretien, les deux hommes d’Etat ont convenu que Français et Allemands sont désormais appelés à vivre d’accord et à travailler côte à côte.
(Musique)

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