Visite du Chancelier Adenauer en France

11 juillet 1962
01m 37s
Réf. 05126

Notice

Résumé :

Répondant à l'invitation du président français, le chancelier Adenauer accomplit une visite officielle d'une semaine en France qui passe par Paris, Rouen, Bordeaux et Reims. Elle a pour but de marquer la réconciliation entre les deux nations, prélude à une coopération plus étroite.

Date de diffusion :
11 juillet 1962
Source :

Contexte historique

Après le succès de la rencontre de Colombey-les-Deux-Eglises, les liens entre De Gaulle et Adenauer n'ont cessé de se renforcer. Les visites privées et officielles continuent à un rythme soutenu, au moins deux fois par an. A chaque occasion, le général précise son point de vue sur l'avenir de l'Allemagne et de l'Europe. Entre 1958 et 1961, au plus fort de la crise de Berlin, il assure les Allemands de son soutien. Dans une conférence de presse du 25 mars 1959, il déclare que : « La réunification des deux parties actuellement séparées de l'Allemagne en une seule Allemagne qui serait entièrement libre nous paraît être le but, l'objectif, le destin normal du peuple allemand ». Des paroles qui vont droit au cœur du chancelier fédéral. Rassuré sur les intentions de la France, Adenauer accepte de soutenir un projet de coopération politique des Etats Européens, proposé à l'automne 1961, par Christian Fouchet. Les Belges et les Hollandais reprochent au « plan Fouchet » qui reflète les idées gaullistes, d'être un accord inter étatique qui récuse toute organisation supranationale du pouvoir. Ils s'inquiètent des conséquences sur l'OTAN et déplorent le refus français d'inclure les Britanniques dans la communauté. Toutes ces objections font que le « plan Fouchet » est définitivement abandonné au printemps 1962. De Gaulle en tire les conséquences : l'Europe politique ne peut se construire qu'autour du renforcement d'un axe Paris- Bonn, car : « ... à l'heure qu'il est, il ne peut pas y avoir d'autre Europe possible que celle des Etats ».

Le général, débarrassé du poids de la question algérienne, reçoit le chancelier Adenauer pour une visite d'Etat du 2 au 8 juillet 1962, dans la semaine où l'Algérie fête son indépendance. Une manière très symbolique de tourner une page et d'en écrire une autre. Le président français a voulu que cette visite soit marquée par un double caractère, officiel et populaire. Le programme établit pour le chancelier un parcours dont chaque étape, chaque lieu est porteur de symbole. A Paris, il est reçu à l'Elysée et au quai d'Orsay, il se rend sur la tombe du soldat inconnu, assiste à une soirée à l'opéra. En route pour Rouen, il s'arrête à Versailles. L'histoire, la culture et la guerre sont toujours présentes. A Bordeaux, il est reçu par le maire Chaban-Delmas dont il n'ignore pas le rôle. Le voyage du chancelier est aussi un succès populaire. Dans chaque ville, il rencontre un accueil sympathique, à peine troublé par l'hostilité du parti communiste qui dénonce le « revanchard de Bonn ». Les Français semblent souscrire à l'esprit de réconciliation et au projet de traité d'alliance entre les deux pays qui est publiquement annoncé. La présence du public était souhaitée par De Gaulle : « ... il était essentiel que l'âme populaire manifestât son approbation de ce côté-ci du Rhin [...] Cela est fait d'une manière éclatante ». La dernière étape, en Champagne, revêt un caractère symbolique encore plus marqué. Les deux chefs d'Etat assistent au camp de Mourmelon à un défilé militaire commun de troupes et de blindés des deux pays. On ne pouvait signifier de manière plus éclatante la volonté de défense commune. On tirait un trait sur les guerres passées et sur les querelles à propos de l'armée européenne. Dans la ville de Reims, les deux dirigeants assistent dans la cathédrale à un Te Deum. Le lieu est chargé d'histoire ; c'est là qu'étaient sacrés les rois de France, la cathédrale a été bombardée pendant la première guerre. C'est aussi à Reims qu'est signée la capitulation de l'Allemagne le 7 mai 1945. De Gaulle et Adenauer, connaissent le poids de l'histoire, ils ont aussi en partage la foi catholique. La cérémonie religieuse donne à la réconciliation une dimension spirituelle qui enrichit l'accord politique. A l'issue de ce séjour il ne fait plus de doute, pour reprendre les termes du général De Gaulle que  « les Gaulois et les Germains » doivent conduire ensemble les peuples vers la détente ».

Claude Robinot

Éclairage média

Le reportage sur le voyage du chancelier Adenauer en France commence à Rouen, après la partie parisienne de son séjour qui était essentiellement officielle, protocolaire et diplomatique ; elle s'était conclue par la publication d'un communiqué commun qui prenait acte de la réconciliation et qui laissait entrevoir un approfondissement des relations bilatérales. La deuxième partie du voyage est dominée par la rencontre du chancelier avec la « France des provinces et des traditions » comme dit le commentaire. L'objectif est de tester la popularité d'Adenauer et, en quelque sorte, de légitimer les liens qui sont en train de se nouer, par l'approbation populaire. Les images montrent donc une foule sympathique et curieuse, au premier rang de laquelle on place la jeunesse des écoles venue voir l'hôte du général. Le vieil homme d'Etat est toujours encadré par son interprète Hermann Kusterer et par un ministre français, Louis Joxe ou Edgard Pisani. A Bordeaux, la personnalité du maire Jacques Chaban-Delmas rappelle discrètement la dimension politique puisque les spectateurs de l'époque n'ignorent pas qu'il est aussi un ancien « jeune résistant » et le président de l'Assemblée nationale. Les étapes sont soigneusement choisies. Montesquieu et le château de la Brède évoquent bien sûr les Lumières et l'Etat de droit qui sont devenues des valeurs partagées par les deux pays. Les bergers landais et la dégustation du vin de Bordeaux sont les clichés obligés de toute visite dans le pays profond. A Reims, on retrouve le caractère solennel de l'événement. Le défilé militaire commun a lieu dans le camp de Mourmelon à l'écart du public. Les images montrent surtout les troupes françaises ; on aperçoit seulement un char de la Bundeswehr frappé de la traditionnelle croix de fer. On a voulu visiblement éviter la présence de soldats allemands dans les rues de Reims, de peur de réveiller des réactions hostiles. L'apogée symbolique de ce voyage reste la messe de Te Deum dans la cathédrale de Reims. La mise en scène est particulièrement étudiée. A milieu d'une foule nombreuse se dressent les silhouettes recueillies et attentives des deux chefs d'Etat.

Claude Robinot

Transcription

(Musique)
Journaliste
Après Paris, Rouen. C’est à travers la province française que s’est poursuivi le voyage du chancelier Adenauer. C’est la France des traditions qui lui fut offerte. Au château de la Brède, il rendait visite à Montesquieu dont l’écritoire semble encore attendre qu’une ligne soit ajoutée aux Lettres Persanes ou à L’Esprit des lois .
(Musique)
Journaliste
Bordeaux tout proche l’accueillait en la personne de son maire, monsieur Chaban-Delmas. Le Bordelais lui présentait ses traditions, celle des bergers landais.
(Musique)
Journaliste
Celle aussi des vins. L’ancien maire de Cologne ne dédaigna pas de faire aux vins du Rhin l’infidélité d’un verre de Bordeaux.
(Musique)
Journaliste
Et c’était Mourmelon. Mourmelon où 8 sections de parachutistes rendaient les honneurs et où, côte à côte, le chef de l’Etat français et le chancelier d’Allemagne fédérale assistaient au défilé commun des troupes allemandes et des troupes françaises. Base de l’édification européenne, la réconciliation entre les deux pays ne pouvait se manifester d’une façon plus spectaculaire.
(Musique)
Journaliste
C’est à la cathédrale de Reims, où la messe était célébrée, que s’achevait ensuite, en compagnie du général de Gaulle, la visite en France du chancelier Adenauer. Et sous ces voûtes prestigieuses, à travers deux hommes, deux peuples se retrouvaient.

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