Jean Monnet, père fondateur de l'Europe

16 mars 1979
02m 11s
Réf. 05128

Notice

Résumé :

Disparu le 16 mars 1979, Jean Monnet a joué un rôle essentiel dans la construction européenne. Convaincu de la nécessité de rapprocher la France et l'Allemagne pour maintenir la paix, il a notamment œuvré en faveur de la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier, de la Communauté européenne économique et de l'Euratom.

Date de diffusion :
16 mars 1979
Source :
A2 (Collection: JA2 20H )

Contexte historique

Considéré comme le père fondateur de l'Europe, Jean Monnet n'a cessé d'œuvrer tout au long de son existence en faveur du rassemblement des peuples de ce continent.

Né en 1888, ce fils de négociants en cognac prend très tôt conscience de la nécessité de dépasser le cadre national au profit d'une organisation collective. Il a ainsi seize ans lorsqu'il est envoyé en Angleterre pour y représenter l'entreprise familiale. Après avoir également exercé ce rôle en Scandinavie, au Canada ou aux États-Unis, il coordonne le fret maritime franco-britannique pendant la Première Guerre mondiale. Puis il devient secrétaire général adjoint de la Société des nations en 1919. Il quitte cependant ces fonctions dès 1923 pour retrouver l'entreprise familiale.

À partir de 1927, il est conseiller financier international, notamment auprès des gouvernements roumain et polonais, puis de 1933 à 1936 auprès du Chinois Tchang Kaï-Chek. Le président du Conseil français Édouard Daladier le charge ensuite en 1938 d'acheter des avions de guerre américains.

Lorsque le second conflit mondial éclate en 1939, il est porté à la présidence du Comité de coordination franco-britannique à Londres. Il propose alors en vain un projet d'Union franco-britannique. Devenu fonctionnaire britannique en 1940, il est chargé de négocier l'achat de matériel de guerre américain à Washington. Le président américain Roosevelt l'envoie ensuite à Alger en 1943 afin de rapprocher les généraux Giraud et de Gaulle.

Membre du gouvernement provisoire français, il devient à la Libération le grand artisan de la planification : le général de Gaulle lui confie en janvier 1946 la direction du Commissariat général au Plan. Dans l'esprit de Jean Monnet, il s'agit non seulement de reconstruire la France mais aussi de la moderniser.

Il est par ailleurs convaincu de la nécessité de l'unité européenne afin de maintenir la paix. C'est dans cet esprit qu'il conçoit en avril 1950 un projet de mise en commun de la production du charbon et de l'acier de la France et de la République fédérale d'Allemagne (RFA). Il est ensuite exposé le 9 mai 1950 par le ministre français des Affaires étrangères Robert Schuman dans une déclaration rédigée par le commissaire général au Plan. De fait, le 18 avril 1951, le traité de Paris institue la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) : la France, la RFA, l'Italie, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas s'associent dans un marché commun du charbon et de l'acier. Jean Monnet estimait qu'avec ce projet « nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes ». Il devient tout naturellement le premier président de la Haute Autorité de la CECA en 1952.

Après l'échec de la Communauté européenne de défense en 1954, projet à l'élaboration duquel il avait également participé, il démissionne de la présidence de la CECA en 1955. Il fonde alors le Comité d'action pour les États-Unis d'Europe, groupe d'influence qui réunit forces politiques et syndicats des Six favorables à la construction européenne. Il prend étroitement part à la préparation des traités de Rome signés en 1957. Il joue surtout un rôle essentiel dans la création de la Communauté européenne de l'énergie atomique (Euratom). Il ne cesse par la suite de plaider pour l'élargissement de la Communauté européenne au Royaume-Uni, s'opposant au général de Gaulle qui refuse son adhésion.

C'est en 1975 que cet homme d'influence, inlassable bâtisseur de l'Europe, se retire de la vie publique : il dissout son Comité d'action et entreprend de rédiger ses mémoires. L'année suivante, le Conseil européen lui décerne le titre de « citoyen d'honneur de l'Europe ». Il s'éteint dans sa maison d'Houjarray, dans les Yvelines, le 16 mars 1979, à l'âge de quatre-vingt-onze ans. Ses cendres sont ensuite transférées au Panthéon le 9 novembre 1988 à l'occasion du centième anniversaire de sa naissance.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Entièrement consacré à Jean Monnet, ce sujet a été diffusé dans le journal télévisé de 20 heures d'Antenne 2 le 16 mars 1979, le jour même de la disparition du père fondateur de l'Europe.

Il est précédé d'un long lancement plateau par Patrick Poivre d'Arvor, présentateur du journal télévisé de 20 heures d'Antenne 2 depuis 1975. Illustré par une grande photographie de Jean Monnet, ce lancement vise à montrer l'importance de Jean Monnet. Patrick Poivre d'Arvor évoque ainsi les nombreux télégrammes de condoléances rédigés en son honneur, dont celui du président de la République Valéry Giscard d'Estaing.

Le sujet, réalisé par le journaliste Jean-Michel Mercurol, prend quant à lui la forme classique d'une nécrologie : il s'agit de présenter succinctement la biographie du défunt peu après son décès. Il se compose d'un montage d'images d'archives et d'un court extrait d'une interview. La plupart de ces plans ont été filmés dans le bureau de Jean Monnet. De manière très significative, Jean Monnet n'est pas montré lors des principales étapes de la construction européenne, telle la signature du traité de Paris de 1951 ou celle du traité de Rome de 1957. Dans cette nécrologie Jean Monnet apparaît ainsi bien plutôt comme un homme de l'ombre de la construction européenne, au travail à son bureau, en discussion au téléphone ou lors d'une réunion de décideurs. Il était de fait avant tout un homme d'influence qui n'a la plupart du temps pas disposé d'un titre officiel et n'a jamais reçu l'onction du suffrage universel. Du reste, ses relations avec les autres pères fondateurs de l'Europe, Konrad Adenauer, Alcide De Gasperi et Robert Schuman ne sont montrées à l'écran que par des plans sur des photographies exposées dans son propre bureau.

Les seules images de ce sujet qui présentent Jean Monnet comme un homme d'action sont celles qui concernent sa principale réalisation, la CECA. On le voit ainsi serrant la main à un ouvrier qui a fabriqué de l'acier européen. Le franchissement de la frontière franco-allemande par un train de minerai illustre aussi le rapprochement entre les deux anciens pays ennemis.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
Jean Monet est mort. Voyez-vous, c’est un homme qu’on a toujours appelé Jean Monet, jamais monsieur Monet. Pourtant, à 91 ans, c’était une sorte de conscience de tous les hommes politiques français et je crois même européens. Vous ne pouvez pas imaginer le nombre et la qualité des télégrammes de condoléance qui se sont entassés sur nos bureaux cet après-midi. Tous, de Maurice Faure à Antoine Pinet, Jean Lecanuet, Pierre Pflimlin, Raymond Barre, ont dit ce que représentait pour eux ce père de l’Europe, principal artisan du Traité de Rome de mars 57. Valéry Giscard D’Estaing a salué en lui un grand Français, un grand Européen. « Le souvenir de son action et la réalité de son oeuvre lui survivront longtemps » a-t-il dit. Et vous allez voir à travers notre évocation combien Jean Monet a marqué l’après-guerre.
Jean-Michel Mercurol
Jean Monet, plus de 60 ans de vie politique française. Jamais sur le devant de la scène. Toujours présent aux grandes heures de l’histoire récente. Jean Monet était cet homme tranquille qui consacra inlassablement sa vie à une simple idée : l’unité de l’Europe.
Jean Monet
J’ai toujours été convaincu, surtout depuis la dernière Guerre, que pour arriver à établir la paix, il fallait établir l’unité entre l’Allemagne et la France.
Jean-Michel Mercurol
Adenauer, De Gasperi, Robert Schuman, les pères de l’Europe. En fait, c’était Jean Monet, l’inspirateur. Jean Monet, le bâtisseur. Ni tribun ni technocrate, il se contentait de convaincre. C’est lui qui, en 1950, suggéra à Robert Schuman l’idée de la communauté charbon/acier. Ses premiers pas, l’Europe les doit à cet autodidacte rabâcheur comme il aimait lui-même à se décrire. « Grâce à lui, dira Kennedy, en moins de 20 ans, l’Europe s’est davantage rapprochée de son unité qu’elle ne l’avait fait auparavant en 1000 ans ». Le petit commis voyageur du cognac familial, parti à 17 ans visiter le monde, était devenu, à 30 à peine, secrétaire général de la Société des Nations. Déjà la volonté d’union. Mais son idéal ne prendra corps vraiment que le jour où Jean Monet glissait ses trains de minerais à travers la frontière franco-allemande. Marché commun, Euratom furent les étapes suivantes jusqu'à l’élargissement à 9 de la CEE. Entretemps, les chèques de la communauté européenne de défense l’avaient fait démissionner en 54. Depuis, Jean Monet était redevenu un simple militant pour les Etats unis d’Europe.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque