Naissance d'Arte, télévision franco-allemande

30 mai 1992
01m 48s
Réf. 05129

Notice

Résumé :

La chaîne de télévision franco-allemande Arte a commencé à émettre le 30 mai 1992, sur les réseaux câblés des deux pays. L'entreprise doit trouver une organisation capable d'assurer l'orientation culturelle des programmes, le bilinguisme et la coopération de deux Etats aux traditions télévisuelles différentes.

Date de diffusion :
30 mai 1992
Source :
FR3 (Collection: 12H45 )

Contexte historique

L'idée d'une chaîne culturelle franco-allemande naît à la fin des années 80. A cette époque le paysage audiovisuel français a changé avec l'apparition des opérateurs privés : Canal+ en 1984, La Cinq et TV6 en 1986. Cette brèche dans le monopole de diffusion du service public, le président Mitterrand en a pris l'initiative, tout en exerçant un contrôle strict sur les attributions de fréquences. Le gouvernement de cohabitation a poursuivi dans la même direction en procédant à la privatisation de TF1, en 1987. Ce bouleversement accompagne les changements des techniques de diffusion qui, avec le câble et le satellite, multiplient le nombre de chaînes potentielles.

En contrepoint de ces logiques commerciales et privées, le président français propose de réfléchir, dès 1984, à la mise en place d'une chaîne culturelle et éducative à vocation européenne. L'idée est de créer un pôle de production et de diffusion de programmes capables de renforcer l'identité européenne pour ensuite tracer sur le continent les contours d'un espace audiovisuel indépendant des influences américaines. Le projet débouche, en février 1986, sur la création de la Sept dont le nom signifie Société d'Edition de Programmes de Télévision. Le conseil de surveillance est présidé par un professeur du collège de France, le médiéviste Georges Duby. Ce choix indique à lui seul les ambitions de l'entreprise tournée vers des productions culturelles de qualité. L'action de la Sept se limite à la production de programmes et d'échanges avec les télévisions européennes. Elle manque de moyens propres de diffusion. Il faudra attendre 1989 et sa présence sur le satellite pour que la chaîne puisse enfin toucher un public européen. En France, l'audience reste confidentielle, même si la Sept bénéficie d'horaires réservés sur FR3 pour parvenir jusqu'aux téléspectateurs équipés en hertzien. L'audience dépasse rarement 10 %. Quelques émissions ont un succès d'estime comme Histoire parallèle de Marc Ferro qui compare et commente les actualités de la Seconde Guerre mondiale, à cinquante ans de distance. Le programme culturel et réellement européen répond bien au cahier des charges. Pourtant la Sept reste très française. C'est la volonté politique de François Mitterrand, allié à Helmut Kohl, qui va faire bouger les lignes. Au sommet franco-allemand de Francfort (octobre 1986), consacré à la coopération culturelle, le communiqué final évoque dans des termes très généraux la nécessité de renforcer le poids politique de l'Europe par la communication audiovisuelle. Un groupe de travail binational est constitué pour étudier la question. Deux ans plus tard, en novembre 1988, les deux chefs d'Etats s'accordent pour créer « une chaîne culturelle franco-allemande, noyau d'une future télévision culturelle européenne ». Encore une fois, c'est au plus haut que les décisions sont prises pour éviter l'enlisement du projet. Les difficultés sont nombreuses : en Allemagne c'est au niveau des Länder que la télévision est gérée. En France quelques dents grincent. Il faudra en passer par la signature d'un traité bilatéral, entre la France et tous les Länder, le 2 octobre 1990, à la veille de la réunification allemande. Conséquence du traité, « une société de télévision commune et indépendante à vocation culturelle et européenne » s'installe à Strasbourg ; elle prendra plus tard le nom d'ARTE. La nouvelle société adopte une structure originale, c'est un GIEE, groupement d'intérêt économique européen, composé de trois entités : une direction centrale à Strasbourg et deux pôles nationaux, Arte-France et Arte Deutschland-TV. Cette nouvelle chaîne assure la diffusion multilingue de programmes conçus à parité par les Français et les Allemands. La première soirée d'émissions à lieu le 30 mai 1992. En septembre, elle étend son volume de diffusion en émettant en soirée sur la fréquence autrefois attribuée à la Cinq. L'accueil est plutôt réservé des deux côtés du Rhin, mais elle trouvera petit à petit sa place dans les deux pays.

Claude Robinot

Éclairage média

Ce sujet du journal télévisé de FR3 date du 30 mai 1992 ; il annonce le lancement des émissions d'Arte simultanément sur les écrans français et allemand. Le présentateur lance le sujet par la phrase : « la Sept c'est fini ...». En effet les programmes de la Sept qui ont été le laboratoire de la chaîne franco-allemande étaient diffusés sur le canal de la troisième chaîne le samedi en soirée. La direction de FR3 obéissait à une injonction du pouvoir politique, mais s'exécutait avec mauvaise grâce. Pour être plus précis, la Sept s'est fondue dans la partie française d'Arte et continue son travail de production. Le changement vient de nouvelles obligations liées au multilinguisme et aux commandes du comité des programmes qui veille à la parité entre les émissions d'origine allemande et française. L'équilibre n'est pas facile à trouver car les traditions télévisuelles et les goûts des spectateurs sont assez différents. Le commentaire précise aussi que la chaîne peut être vue par 900 000 personnes en France et 10 millions en Allemagne. Cet écart de 1 à 10 s'explique par les disparités d'équipement entre les deux pays. La France est encore très en retard pour le câble comme pour le satellite. Le 28 septembre, la diffusion en hertzien sur la fréquence de la 5 correspond à un deuxième lancement de la chaîne pour une grande partie des Français. La réception est loin de couvrir l'ensemble des deux territoires pour des raisons techniques et juridiques. Les cinq nouveaux Länder de l'Est attendront jusqu'en 1996. En mai, la première émission diffusée était La malédiction du Pharaon ; en septembre, le choix portait sur le film de Wim Wenders Les ailes du Désir. Le cinéma européen de qualité occupe une grande place sur la chaîne franco-allemande, comme les soirées « Thema » qui consacrent une fiction, un documentaire et un débat sur un sujet unique. Si la qualité est au rendez-vous, l'audimat est faible (2,5 % en 2010). Pendant plus de vingt ans, Jérôme Clément a présidé Arte qui est restée toujours indépendante du pouvoir politique. Elle est devenue une chaîne franco-allemande, appréciée à l'étranger mais elle est encore loin d'être une chaîne culturelle européenne.

Claude Robinot

Transcription

Présentateur
Télévision. La 7, c’est fini, mais l’écran se lève, ce soir, sur Arte à partir de 20 heures. La chaîne franco-allemande va émettre sur les réseaux câblés des deux pays avec, pour principale difficulté, celle de surmonter le bilinguisme. A Strasbourg, Christine Lefèvre.
Christine Lefèvre
De part et d’autre du Rhin, à 20 heures précises, quelques 900 000 foyers en France et 10 millions de téléspectateurs en Allemagne pourront enfin voir les programmes de Arte, cette fameuse chaîne franco-allemande née de la volonté des gouvernements respectifs. La soirée débutera en fanfare avec, en direct, de l’opéra du Rhin, à Strasbourg, un grand show culturel. Gérard Depardieu, Hanna Schygulla, Rostropovitch, les percussions de Strasbourg, Yves Lecoq, Karine Saporta, Manu Dibango, comédiens, musiciens, cinéastes, dessinateurs, du beau monde sur scène mais aussi dans la salle. Pendant ce temps, dans les locaux de FR3 Alsace, les studios de production Arte préparent leur programme. Car ce sont 5 heures d’émission qui seront diffusées tous les jours. Cinéma, fiction, documentaire, musique, soirée thématique, il faut apprendre l’art et la manière d’être à la fois biculturel et bilingue. Côté informations, Arte ne diffusera ses magazines et son journal quotidien 8 et demi qu’à partir de juillet. Quelques problèmes techniques et juridiques semblent incompatibles avec la rapidité des informations.
Peter Wiem
C’est très très simple en France parce que vous êtes tellement centralisés qu’on trouve tout à Paris. Et en Allemagne, c’est beaucoup plus compliqué parce que c’est vraiment fédéralisé alors il faut des contrats et des entretiens avec tout le monde. Et c’est un peu plus compliqué mais c’est soluble.
Christine Lefèvre
Quoi qu’il en soit, Arte, après bien des discussions, bien des hésitations, arrive à son terme.

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