La lutte contre l'immigration clandestine vers Melilla

16 octobre 2005
02m 35s
Réf. 05132

Notice

Résumé :

Des migrants africains clandestins qui tentaient de gagner l'enclave espagnole de Melilla ont été arrêtés par les forces de sécurité marocaines. Ils sont recueillis par le Croissant rouge avant d'être renvoyés dans leur pays. Des travaux sont entrepris par les autorités marocaines pour renforcer la frontière entre le Maroc et Melilla et empêcher ainsi le passage des clandestins.

Date de diffusion :
16 octobre 2005
Source :

Contexte historique

De nombreux migrants tentent de passer clandestinement du Maroc vers l'Europe. Si on trouve parmi eux des Marocains, la grande majorité est originaire des États d'Afrique subsaharienne (Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal ou Cameroun). Ces migrants fuient la misère de leur pays d'origine. Ils voient l'Europe comme un eldorado qui leur offrira de meilleures conditions de vie.

Le flux migratoire entre le Maroc et l'Espagne, porte d'entrée de l'Europe, se compose de plusieurs routes. La plupart des migrants tentent de franchir le détroit de Gibraltar à partir de Tanger. Ils le font souvent au péril de leur vie, la traversée étant dangereuse. Quelque 3 000 corps ont ainsi été repêchés dans les eaux du détroit entre 1996 et 2002. D'autres migrants partent du nord-ouest du Maroc pour arriver dans les environs de Cadix. D'autres encore embarquent à l'est du royaume chérifien et traversent la mer Méditerranée vers Algésiras, Malaga ou Motril.

L'émigration vers l'Europe est toutefois de plus en plus difficile : les contrôles de police et les moyens de surveillance ont été renforcés. Les migrants clandestins éprouvent désormais beaucoup de difficultés pour passer par le détroit de Gibraltar.

Ils cherchent ainsi à gagner l'Espagne par d'autres voies, à commencer par les îles Canaries. Les immigrants africains subsahariens sont également de plus en plus nombreux depuis le milieu des années 2000 à tenter de rejoindre l'Europe en passant par Ceuta et Melilla. Reliquats de la Reconquête, ces deux villes autonomes situées au nord du Maroc sont des enclaves espagnoles. Ceuta s'étend sur 18,5 km2 et comprend quelque 84 000 habitants, tandis que Melilla couvre une superficie de 12,3 km2 et est peuplée d'environ 78 000 habitants. Ces deux villes constituent ainsi les seules frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe.

De ce fait, Ceuta et Melilla font l'objet d'une très forte pression de la part des migrants d'Afrique subsaharienne : ils y voient une porte d'entrée vers l'Europe et tentent régulièrement de pénétrer dans ces deux villes. Afin d'empêcher cet afflux migratoire irrégulier, les autorités marocaines et espagnoles ont donc renforcé la surveillance de leurs frontières autour de Ceuta et Melilla. Des barrières ont également été construites par l'Espagne. À partir de 2001, Ceuta s'est ainsi vue entourer de deux clôtures de 8 kilomètres surmontées de barbelés et jalonnées de postes de surveillances et de caméras. Une barrière a également été édifiée autour de Melilla.

Ces dispositifs n'ont toutefois pas empêché plusieurs assauts massifs de migrants d'Afrique subsaharienne, notamment à l'automne 2005. Ainsi, dans la nuit du 29 septembre 2005, quelque 500 clandestins ont tenté de franchir en groupe et en force la double clôture qui entoure Ceuta. Si ces assauts ont été repoussés par les forces espagnoles et marocaines, certains migrants sont parvenus à pénétrer dans les deux enclaves. Plusieurs y ont toutefois laissé la vie : 14 auraient été tués en 2005.

À la suite de ces tentatives d'intrusions massives dans Ceuta et Melilla, les autorités espagnoles et marocaines ont renforcé leurs patrouilles à la frontière. Surtout, les barrières parallèles qui entourent les deux enclaves ont été portées de 3 à 6 mètres et les équipements de surveillance (radars, caméras infrarouges ou véhicules) ont été multipliés. Ces aménagements ont été financés en grande partie par l'Union européenne. Cela n'a cependant pas suffi à décourager les migrants d'Afrique subsaharienne. Ils tentent encore régulièrement de franchir en masse les clôtures qui séparent le Maroc de Ceuta et Melilla. Selon le ministère espagnol de l'Intérieur, en 2010, 5 566 immigrants irréguliers ont réussi à entrer dans l'une des deux villes. De même, à la suite d'un nouvel assaut massif de 500 clandestins africains en deux points de la frontière séparant le Maroc de Melilla dans la nuit du 22 au 23 juillet 2013, une centaine de migrants sont parvenus à pénétrer dans la ville espagnole.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé le 16 octobre 2005 dans le journal télévisé de 20 heures de France 2, ce reportage a été réalisé à Nador, au Maroc, près de l'enclave espagnole de Melilla.

Ce reportage est consacré aux migrants africains clandestins qui essaient de rejoindre l'Europe en passant par Melilla. Il insère ainsi des images qui montrent leurs tentatives pour gagner cette enclave espagnole. Filmées en caméra infrarouge de nuit, elles ne proviennent pas de l'équipe de France 2 mais de la Guardia civil espagnole, police à statut militaire. Ces images donnent à voir un assaut massif d'immigrés clandestins contre la clôture qui sépare le Maroc de Melilla. Il s'agit sans doute de plans filmés quelques jours avant la réalisation du reportage. En effet, à plusieurs reprises en septembre et octobre 2005, des centaines de clandestins, en majorité originaires d'Afrique subsaharienne, ont tenté de franchir la double barrière qui marque la frontière entre le Maroc et l'Espagne.

S'il montre également la prise en charge des migrants par des bénévoles du Croissant rouge, ce reportage s'intéresse surtout à la lutte des autorités marocaines contre l'immigration clandestine. Il donne ainsi à voir l'ensemble du dispositif mis en place par le Maroc. Cela débute par l'arrestation de migrants et leur transfert dans un centre d'accueil situé dans une enceinte militaire. Cette dernière n'est du reste pas accessible aux journalistes. L'équipe de France 2 se contente donc de la filmer de l'extérieur depuis leur véhicule. Surtout, le sujet présente dans sa dernière partie un ensemble de plans saisissants qui témoignent des efforts déployés par les autorités marocaines pour renforcer la frontière autour de Melilla. Les journalistes de France 2 souhaitent ainsi rendre concret le mur édifié autour de Melilla. Le plateau extérieur final de Gilles Marinet est du reste réalisé devant les clôtures qui séparent le Maroc de l'enclave espagnole.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentatrice
Au Maroc, le rapatriement de ces centaines de clandestins qui espéraient gagner l’Europe en passant par l’enclave espagnole de Melilla. Ils ont été rapatriés de force dans leur pays d’origine. Des rotations aériennes qui devraient s’achever d’ici quelques jours. Et pour rendre la frontière hermétique, l’armée marocaine a décidé de creuser un fossé devant les barbelés que franchissaient souvent à mains nues et au péril de leur vie les immigrants. Gilles Marinet sur place et Mathieu Birden.
Gilles Marinet
Dans ces montagnes, au-dessus de la ville marocaine de Nador tout près de la frontière avec l’Espagne, ils seraient encore quelques centaines de clandestins à se cacher. Mais beaucoup se rendent aux militaires marocains. Vous parlez français ?
Inconnu
Non.
Gilles Marinet
Anglais ?
Inconnu
Non.
Gilles Marinet
Peur de parler, d’en dire trop, d’être maltraité. Les volontaires du Croissant rouge le rassurent et procèdent à un premier examen.
Amal Chkifate
Il y a de la fatigue, de la fièvre. Ils ont soif et faim. C’est surtout ça. Et moralement, ils sont tristes.
Gilles Marinet
Ces hommes hébétés ont survécu dans les collines, parfois 2 à 3 ans, essayant inlassablement de passer en Espagne. Des militaires veulent connaître leur nationalité.
Inconnu
Sénégal ? Nigéria ? Cameroun ?
Gilles Marinet
Parmi eux, deux Sénégalais. Le Maroc a passé un accord avec leur pays. Ils seront rapatriés. Le sort des autres est incertain. Ils sont emmenés vers un centre d’accueil à Nador, la ville voisine. C’est une enceinte militaire interdite aux caméras comme aux associations. Des dizaines de clandestins, hommes, femmes, enfants y sont retenus. L’armée a désormais tout pouvoir dans la zone frontière. Car les autorités marocaines ne veulent plus revoir de telles images : le franchissement massif de la double clôture. Le gouverneur de la province se considère en état de guerre. Il est à la tête de 3000 hommes. Ils ont le droit de tirer ? La consigne de tirer ?
Abdulah Bendhiba
Ils ont le droit de tirer ? Non, ils n’ont pas le droit de tirer. Mais s’ils se trouvent dans une position de légitime défense… Parce qu’on a affaire à une structure très bien organisée.
Gilles Marinet
Et contre ceux qui n’hésitent pas à appeler l’armée des clandestins, les militaires ne lésinent pas sur les moyens. La forêt, le long de la clôture, est rasée au profit d’un no man’s land de 300 mètres de large. Les engins ont également creusé un fossé. Au prix d’un paysage dévasté, la frontière devient infranchissable. Jour après jour, du haut des collines où ils se cachent, les clandestins peuvent constater l’avancement des travaux et la diminution de leurs chances de passer en Espagne. Le découragement gagne. A quoi bon, dans ces conditions, passer l’hiver en forêt ?