Des travailleurs Polonais en Ecosse

19 juillet 2008
03m 24s
Réf. 05133

Notice

Résumé :

En 2004, 8 pays d'Europe de l'Est rejoignent l'Union Européenne. Le Royaume-Uni, l'Irlande et la Suède, accueillent sans restriction les ressortissants de ces pays qui cherchent un emploi. Les Polonais sont les plus nombreux à faire ce choix qui les conduit jusqu'en Ecosse. Aujourd'hui leur nombre a diminué et certains pensent au retour.

Type de média :
Date de diffusion :
19 juillet 2008
Source :

Contexte historique

En 2004, l'Europe accueille 8 nouveaux pays qui ont tous appartenu à la sphère soviétique. Cet élargissement souhaité provoque la crainte dans l'opinion européenne d'un déferlement de travailleurs de l'Est à la recherche de meilleurs salaires. Contre ce risque, le traité d'adhésion avait prévu une période transitoire de 2004 à 2009, pendant laquelle les pays d'accueil pouvaient restreindre la mobilité de ces nouveaux venus. C'est le cas de la France où, en 2005, une polémique éclate à propos de « plombiers polonais » sous-payés qui priveraient d'emplois les nationaux. En revanche, le Royaume-Uni, l'Irlande et la Suède décident d'ouvrir leurs frontières à cette main d'œuvre. Entre 2004 et 2010, l'immigration d'Europe centrale dans les îles britanniques est estimée entre 1,5 et 2 millions de personnes. Les statistiques sont imprécises car elles ne comptabilisent pas les retours qui peuvent être provisoires ou définitifs. D'autres estimations montrent l'ampleur du phénomène. Le recensement de 2011 dénombre en Grande-Bretagne un demi-million de résidents nés en Pologne. Ils n'étaient que 95 000 en 2004. Cette nouvelle vague polonaise submerge les contingents arrivés plus tôt, cherchant à fuir les nazis ou le régime communiste. Autre signe qui ne trompe pas, l'apparition dans l'espace urbain de restaurants et de boutiques d'alimentation polonais qui indiquent la présence d'une communauté résidente. Dans certains quartiers de Londres et dans quelques villes, les Polonais représentent de 4 à 6 % de la population totale. Cette nouvelle diaspora reste attachée à sa patrie d'origine. Elle dispose de journaux, de radios et de sites internet en langue polonaise qui structurent la communauté sans pour autant les couper du reste de la population. Londres n'est pas la seule destination. On trouve aussi des travailleurs de l'Est dans les zones rurales et dans les régions périphériques. Ils sont évalués à plus de 40 000 en Ecosse, dont environ 5000 dans les Highlands, une région traditionnellement sous peuplée.

Parmi les causes de la migration, on invoque le chômage. En 2004, dans une Pologne en pleine transition, il atteignait 20 % de la population active. L'explication est insuffisante car les départs ont continué alors que le taux a fortement diminué (10 % en 2011).

D'autres facteurs sont à prendre en compte : le désir d'amasser un pécule, ou simplement de profiter des conditions favorables à la mobilité des travailleurs communautaires. Les Polonais sont jeunes, la plupart ont moins de 35 ans, ils sont qualifiés et éduqués, presque tous ont terminé leurs études secondaires. L'attirance pour le mode de vie occidental et une expérience à l'étranger agissent aussi comme facteurs de motivation. Les employeurs britanniques recherchent les Polonais qui ont la réputation de travailler durement et d'accepter des emplois inférieurs à leur qualification. On les trouve dans l'hôtellerie-restauration, le bâtiment, les services d'entretien. En Ecosse, ils sont aussi dans le secteur agricole où le manque de main d'œuvre est chronique. Le salaire minimum versé au Royaume-Uni est 4 à 5 fois supérieur à celui du pays d'origine. En épargnant 20 % du revenu, on peut faire vivre une famille polonaise. La banque de Pologne estime à 5 milliards d'euros le montant des revenus annuellement transférés en Pologne.

La crise de 2008 a modifié ce tableau. Les migrants de l'Est sont moins nombreux et un processus de retour est amorcé, touchant 10 à 15 % des Polonais.

Comme pour le départ, les causes sont complexes. L'hostilité des syndicats britanniques et la presse populaire qui rendent les Polonais responsables du chômage et de l'insécurité en est une. Une croissance annuelle de 5 % en Pologne en est une autre. Mais surtout, les Polonais se considèrent comme des expatriés et non comme migrants. Le séjour en Grande-Bretagne est vécu comme une étape dans la vie professionnelle, avant le retour au pays ou vers un autre pays plus attrayant en termes de salaire ou de qualification.

Claude Robinot

Éclairage média

L'émission Avenue de l'Europe, animée par la journaliste Véronique Auger, traite régulièrement de sujets européens à dominante économique et sociale. C'est l'occasion d'aborder des thèmes négligés ou traités superficiellement par les journaux télévisés. C'est aussi l'occasion de découvrir des pays de l'Union européenne ou des régions périphériques qui apparaissent peu dans les médias français.

L'émission se compose de quelques reportages qui alternent avec des reprises en plateau pour une analyse ou pour l'expertise d'un témoin qualifié.

Le reportage sur les travailleurs polonais en Grande-Bretagne et en Ecosse répond parfaitement à ce choix éditorial. Il commence par quelques plans sur ces boutiques polonaises apparues dans les villes britanniques ces dernières années, signes de la présence d'une communauté polonaise.

Le choix d'Edimbourg est significatif car il s'agit d'une ville de province assez éloignée des centres traditionnels de l'immigration comme Londres ou le sud de l'Angleterre. Les trois témoins sélectionnés sont jeunes et célibataires, comme la plupart des émigrants d'Europe orientale. Tous les trois incarnent des itinéraires et des attitudes fréquents chez les Polonais. Leur présence au Royaume-Uni est récente, quatre ou cinq ans au plus. On suppose que la coiffeuse, son client et le chef de chantier ont commencé par accepter des emplois sous-payés et non qualifiés dont ils ont tiré le meilleur parti, soit pour se former, soit pour se lancer dans une autre activité. La mobilité géographique et professionnelle est la règle. Le chef de chantier est conscient de sa compétence et cherche à la valoriser par des déplacements fréquents. Pour la coiffeuse, le retour en Pologne est envisageable pour deux raisons : le mal du pays et l'amélioration du marché du travail qui lui laisse entrevoir la possibilité d'un meilleur salaire. Si ses espoirs s'avèrent déçus, elle repartira probablement à l'étranger, peut-être dans un autre pays de l'U.E. Quant au troisième personnage, il compte rester tant que sa situation financière ou professionnelle ne s'est pas améliorée. Pour ces trois jeunes, la migration n'est jamais définitive, le détour par quelques années d'expatriation est une stratégie personnelle et professionnelle qui leur permet de trouver un emploi et une qualification, sans rompre avec leurs attaches nationales.

Claude Robinot

Transcription

Véronique Auger
Oui, bonjour d’abord. Nous allons en Grande-Bretagne pour voir comment ça se passe là-bas. Parce que ce pays est le seul de l’union européenne, avec la Suède et l’Irlande, à avoir tout de suite ouvert ces emplois sans restriction aux travailleurs des pays qui nous ont rejoints en 2004. On ne parle donc pas des Bulgares et des Roumains mais de tous les autres, et en particulier des Polonais. Alors Denis Hauville et Denis Bassompierre sont allés en Ecosse. L’heure n’est plus aux arrivées massives. Ce ne sont plus des familles entières qui émigrent mais des jeunes qui viennent pour gagner de l’argent et qui sont prêts à repartir dès que le vent tourne.
(Bruit)
Denis Hauville
Depuis que les pays de l’est ont rejoint l’Union Européenne en 2004, la Grande-Bretagne a accueilli plus de 300 000 nouveaux travailleurs polonais. Ils seraient maintenant 800 000 au Royaume-Uni. Chaque grande ville a sa petite Pologne comme ici à Edimbourg. Agnieszka est arrivée ici il y a 4 ans avec un seul but.
Agnieszka Siedlaczek
Il y a une seule raison. Et je pense que presque tous les Polonais ont la même. C’est l’argent. Une meilleure vie, plus d’argent.
Denis Hauville
Avec son ami polonais, plongeur dans un restaurant, ils ont transformé un vieil entrepôt en salon de coiffure. Mais aujourd'hui, ils pensent avoir gagné assez pour rentrer au pays.
Agnieszka Siedlaczek
J’ai le mal du mal. Je pense que je serai de retour l’année prochaine. J’ai entendu dire que c’était mieux. Mais je ne sais pas. Je verrai bien quand je serai rentrée. Et la plupart de mes amis qui sont déjà revenus, ils ont trouvé un meilleur travail aujourd'hui.
Denis Hauville
Mais son client, polonais lui aussi, ne partage pas son optimisme. Il est portier de nuit dans un hôtel.
Piotr Kozakiewicz
Je gagnerai 4 fois moins. Oui, 4 fois moins. Ce n’est toujours pas assez pour vivre.
Denis Hauville
C’est le bâtiment qui emploie le plus de Polonais. Sur ce chantier, ils représentent 20 % des ouvriers. Aleksander, le chef, est arrivé ici il y a 2 ans et demi comme simple manoeuvre.
Aleksander Jovanovicz
Personne n’appréciait le travail que je faisais là-bas. Ici, c’est complètement différent. Parce que si je fais bien mon travail, mon employeur me le dit. En Pologne, on ne me dirait rien. C’est une des raisons pour laquelle les Polonais aiment travailler ici.
Denis Hauville
Mais la situation change avec la crise immobilière et la baisse de la Livre Sterling. Les chantiers vont se raréfier, les salaires devenir moins intéressants. Dominik s’envole la semaine prochaine pour Gibraltar où il a trouvé de meilleures conditions.
Dominik Lech
D’après ce qu’on entend, la majorité des gens veut rentrer au pays ou partir ailleurs. Mais une bonne partie rentre.
Denis Hauville
Le mouvement risque de s’amplifier avec les salaires qui augmentent en Pologne. A Glasgow, le secrétaire du syndicat de la construction tire la sonnette d’alarme.
Harry Frew
Si les ouvriers immigrés quittent le pays, il va y avoir une situation de pénurie bien plus grande qu’elle n’était au départ. Alors le message doit aller aux employeurs. Ils doivent embaucher plus de jeunes locaux et les former comme apprentis. Et donner à ceux qui vivent ici une opportunité de bâtir le futur.
Denis Hauville
Il y a seulement 7000 apprentis du bâtiment au Royaume-Uni. Il en faudra 3 fois plus après le départ des Polonais.