L'immigration clandestine sur les côtes méditerranéennes européennes

23 janvier 2010
01m 55s
Réf. 05134

Notice

Résumé :

Des milliers de migrants clandestins tentent de gagner l'Europe en traversant la mer Méditerranée. Nombreux sont ceux qui débarquent sur l'île italienne de Lampedusa où ils sont hébergés dans un centre d'accueil. Ceuta, Malte et la Grèce constituent les autres principales portes d'entrée des migrants en Europe. Les réfugiés kurdes empruntent quant à eux d'autres routes.

Date de diffusion :
23 janvier 2010
Source :

Contexte historique

L'Europe ne cesse d'attirer les migrants clandestins. Ces migrations ont essentiellement des motivations économiques : la plupart des migrants quittent leur pays pour fuir la misère, trouver du travail et de meilleures conditions de vie. Certains fuient également leur pays pour échapper à une guerre ou à des persécutions, tels les Kurdes, les Syriens ou les Afghans. Tous voient l'Europe, et plus particulièrement l'espace Schengen au sein duquel les contrôles aux frontières sont supprimés, comme un eldorado.

Ces migrants clandestins empruntent plusieurs routes pour rejoindre l'Europe. Principalement maritimes, ces routes ont pour destination les rivages européens les plus proches. Parmi les principales portes d'entrée des migrants clandestins en Europe se trouvent plusieurs territoires espagnols : les Canaries, archipel situé dans l'océan Atlantique, ainsi que Ceuta et Melilla, enclaves espagnoles en territoire marocain. Malte attire elle aussi de nombreux migrants africains.

Lampedusa, petite île italienne située à une centaine de kilomètres de l'Afrique du Nord et à deux cents kilomètres de la Sicile, est également une des principales portes d'entrée en Europe pour les migrants venus d'Afrique. Partis de Libye ou de Tunisie, ceux-ci y abordent après une traversée de la mer Méditerranée souvent périlleuse. Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, quelque 200 000 migrants ont accosté sur les rivages de Lampedusa de 1999 à 2013. Ils provenaient surtout de Libye, d'Égypte, de Somalie, d'Érythrée, d'Afghanistan, du Mali ou du Pakistan. Si 36 000 migrants ont débarqué en 2008, seuls 9 500 et 4 300 sont arrivés sur la petite île italienne respectivement en 2009 et 2010 à la suite d'un traité conclu entre l'Italie et la Libye. Toutefois, après les révolutions du « Printemps arabe » en Tunisie et en Libye, Lampedusa a connu un afflux massif de 50 000 clandestins en 2011 avant une nette diminution en 2012 (13 300 migrants). Une fois débarqués à Lampedusa, les immigrés sont hébergés dans un centre d'accueil avant d'être transférés vers le continent où certains sont ensuite expulsés.

Outre les routes migratoires évoquées, la frontière gréco-turque s'impose désormais comme le principal point d'entrée des migrants illégaux dans l'espace Schengen. La Turquie est en effet devenue le principal pays de transit des migrants qui tentent de rentrer en Europe. Les migrants qui passent par la Turquie sont d'origines très diverses : Turcs, Syriens, Irakiens, Afghans, Pakistanais, Iraniens, Somaliens, Erythréens ou Algériens.

Devant cette immigration clandestine, les différents États concernés et l'Union européenne (UE) ont ainsi renforcé les patrouilles policières et militaires, notamment sous l'égide de Frontex. Créée en 2004, cette agence est chargée de la coopération aux frontières extérieures de l'UE. De véritables murs ont en outre été édifiés aux frontières de l'Union. De hautes barrières métalliques ont ainsi été construites autour de Ceuta et Melilla. De même, la Grèce a édifié en 2012 une structure pour stopper l'immigration clandestine sur sa frontière terrestre avec la Turquie, là où 128 000 clandestins seraient passés en 2010 selon les autorités grecques : il s'agit d'une clôture de barbelés haute de 3 mètres et longue de 12,5 kilomètres, surmontée de 25 caméras thermiques et jalonnée de miradors. Les autres 160 kilomètres de la frontière gréco-turque sont délimités par le fleuve Evros.

Toutes ces mesures ne suffisent pourtant pas à décourager les migrants qui continuent à essayer de gagner l'Europe souvent au péril de leur vie. De fait, nombreux sont les migrants qui disparaissent dans la mer Méditerranée à la suite du naufrage de leurs embarcations de fortune. Plusieurs milliers de migrants africains auraient ainsi péri aux abords de Lampedusa. De même, des corps sont régulièrement repêchés dans les eaux du détroit de Gibraltar, sur les rives de la mer Égée ou dans l'Evros.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé dans le journal télévisé de France 3 le 23 janvier 2010, ce sujet a été réalisé au lendemain du débarquement de migrants clandestins en Corse. Une embarcation transportant 124 migrants clandestins kurdes originaires de Syrie avait échoué sur une plage du sud de l'île de Beauté, près de Bonifacio. Il s'agissait alors du plus important afflux en France de migrants par la mer depuis février 2001 lorsqu'un bateau comprenant 910 Kurdes à son bord s'était échoué près de Saint-Raphaël. Contrairement à d'autres îles méditerranéennes comme Lampedusa ou Malte, la Corse n'avait jusque-là jamais connu un tel débarquement.

La rédaction de France 3 a ainsi choisi de privilégier le traitement de cette information par un rapide panorama de l'immigration clandestine sur l'ensemble des rivages méditerranéens d'Europe. Il ne s'agit pas d'un reportage tourné pour l'occasion. Il se compose surtout d'un montage d'images d'archives illustratives et d'une carte infographique. Cette dernière a une visée pédagogique : elle vise à montrer clairement les principales portes d'entrée des migrants clandestins en Europe. Toutefois, Melilla et les Canaries ne sont pas mentionnées sur la carte.

Les images d'archives sont quant à elles emblématiques des sujets consacrés à l'immigration clandestine. Tournées essentiellement à Lampedusa mais aussi en France, elles mettent en valeur les nombreux obstacles qui jalonnent le parcours des migrants irréguliers. On voit ainsi une frêle embarcation surchargée de migrants africains qui n'a dû parvenir à traverser la mer Méditerranée qu'à grand peine tandis qu'une autre s'est retournée avec des immigrés accrochés sur la coque. De même, les images du centre de rétention de Lampedusa, du pointage des migrants par la police ou du transfert de Kurdes en car illustrent les difficultés des parcours migratoires.

Les seuls plans filmés par l'équipe de France 3 pour les besoins de ce reportage sont les interviews du directeur général de l'association France Terre d'asile, Pierre Henry, et de la directrice de recherche au CNRS, Catherine Wihtol de Wenden. Ils jouent le rôle d'experts de l'immigration clandestine, l'un comme défenseur des réfugiés, l'autre comme chercheuse. Ils sont ainsi interrogés in situ, dans leurs bureaux, ce qui tend à renforcer leur statut de spécialiste.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentatrice
Après la découverte, hier, de ces 124 réfugiés, le ministre de l’immigration, Eric Besson, a exclu que la Corse ne devienne, comme l’île italienne de Lampedusa. Jamais, en effet, un nombre aussi important de clandestins n’était arrivé ainsi en Corse. Cela rappelle l’arrivée sur une plage du Var de quelques 900 Kurdes. C’était en 2001. Observe-t-on de nouveaux flux migratoires ? Quelques éléments de réponse avec Anne-Sophie Foucher et Agnès Girault.
Anne-Sophie Foucher
Fuir à tout prix. Qu’importe l’embarcation, ils tentent de traverser les eaux méditerranéennes. Chaque année, près de 70 000 réfugiés échouent sur les côtes européennes. Première terre, celle de Lampedusa, une île italienne, véritable tour de Babel de l’immigration. Mais aujourd'hui, l’Italie a durci sa législation.
Pierre Henry
L’Italie repousse en haute mer un certain nombre de boat people et renvoie systématiquement notamment vers la Lybie. Donc il est possible que d’autres routes soient recherchées.
Anne-Sophie Foucher
Ceuta, enclave espagnole au Maroc, Lampedusa, Malte ou encore la Grèce sont les principales portes d’entrée de l’Europe. Mais il existe d’autres ports, d’autres routes, d’autres destinations. Pour les spécialistes, les immigrés kurdes ont réussi à défier les nombreuses patrouilles européennes qui sillonnent en Méditerranée.
Catherine Wihtol De Wenden
Ça pourrait arriver de nouveau parce que la situation des Kurdes est loin d’être réglée et que beaucoup sont victimes d’atteintes aux droits de l’homme. C’est des familles qui viennent. Parce qu’ils ressentent cette forme non seulement discrimination mais de maltraitance de la part des Etats dans lesquels ils vivent. Et ils cherchent à tenter leur chance ailleurs pour ne plus subir ce genre de situation.
Anne-Sophie Foucher
D’ailleurs, à l’échelle de l’Europe, les Kurdes sont la première population demandeurs d’asile extra-européenne depuis 15 ans. Déjà en 2001, 900 Kurdes étaient arrivés sur une plage de Saint-Raphaël. Une centaine avait été régularisée.

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