Le durcissement des conditions d'accueil pour les migrants afghans au Royaume-Uni

03 avril 2010
03m 35s
Réf. 05136

Notice

Résumé :

De nombreux migrants afghans clandestins gagnent le Royaume-Uni pour s'y installer. Mais si certains ont pu y obtenir un emploi et des papiers d'identité, leurs conditions d'accueil se sont durcies. La plupart se voient désormais refuser leur demande d'asile et nombreux sont ceux qui sont expulsés. Plusieurs migrants afghans ainsi que des membres d'associations témoignent de cette situation.

Type de média :
Date de diffusion :
03 avril 2010
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Contexte historique

Ravagée par les guerres, l'instabilité politique et le terrorisme, l'Afghanistan a vu nombre de ses habitants la quitter à partir des années 1980. Plus de 6 millions d'Afghans auraient ainsi fui leur pays à partir de l'intervention de l'URSS en 1979. Les réfugiés afghans ont alors essentiellement gagné deux États voisins, le Pakistan et l'Iran.

Ce flux migratoire s'est toutefois considérablement accru à partir de 2001 et de l'intervention militaire américaine contre les talibans au pouvoir à Kaboul depuis 1996. Les Afghans migrent alors massivement afin de fuir les combats et les attentats qui ensanglantent leur terre. Les motivations de leur départ sont également socio-économiques. De fait, selon le rapport sur le développement humain du Programme des Nations unies pour le développement en 2013, l'Afghanistan n'a que le 175ème indice de développement humain. L'espérance de vie à la naissance n'y est ainsi que de 49,1 ans, le taux brut de scolarisation de 54 % et le revenu national brut seulement de 1 000 dollars.

Ce sont essentiellement de jeunes hommes célibataires qui quittent l'Afghanistan. Ils ne cherchent plus à s'établir au Pakistan et en Iran comme dans les années 1980 et 1990 mais à rejoindre l'Europe occidentale et surtout le Royaume-Uni. Cet État constitue de fait leur destination privilégiée depuis 2001. Le pays jouit en effet d'une réputation favorable à l'accueil des réfugiés : après six mois de procédure les Afghans peuvent espérer y obtenir l'asile et le droit de travailler. Ils peuvent également rejoindre l'importante communauté afghane déjà installée sur le sol britannique et bénéficier de son réseau d'entraide.

Avant d'atteindre cette terre promise, les migrants afghans effectuent un long trajet clandestin, éprouvant et périlleux. Ils dépensent des milliers de dollars pour payer les passeurs et vivent constamment dans la crainte des contrôles policiers. Après avoir traversé l'Iran et la Turquie, ils atteignent la Grèce puis l'Italie par bateau avant de parvenir en France, sur les rivages de la Manche.

La grande majorité des clandestins afghans transite alors par Calais, lieu de départ des ferrys vers le Royaume-Uni mais également point de départ du tunnel sous la Manche. Un centre d'hébergement est ouvert de 1999 à 2002 à Sangatte, à proximité du port de Calais. En trois ans, ce centre géré par la Croix-Rouge accueille environ 70 000 réfugiés, dont une majorité d'Afghans. Après la fermeture du centre décidée par le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, les clandestins afghans continuent d'errer à Calais et le long du littoral du Pas-de-Calais en espérant pouvoir traverser la Manche. De fait, sur les quelque 7 000 migrants interpellés par la police française en 2012 à proximité de Calais, près de 25 % des migrants étaient originaires d'Afghanistan.

Nombreux sont malgré tout les Afghans qui parviennent à rejoindre le sol britannique à partir de l'intervention de l'OTAN contre les talibans. Ainsi, alors que la population d'origine afghane au Royaume-Uni était de 14 875 personnes selon le recensement de 2001, elle était estimée à 56 000 en 2009 par l'Office des statistiques nationales. Environ 36 000 Afghans auraient demandé l'asile au Royaume-Uni entre 1994 et 2006.

Le gouvernement britannique a toutefois durci sa législation pour l'obtention du statut de réfugié à partir de 2003. Les demandes d'asile ont dès lors chuté, tandis que les refus à ces demandes se sont nettement accrus. Dans le même temps, les autorités britanniques ont procédé à un plus grand nombre d'expulsions.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet est extrait d'un reportage diffusé dans le magazine hebdomadaire de la rédaction de France 3, Avenue de l'Europe. Créée en 2006, cette émission est entièrement consacrée aux questions européennes. Elle traite chaque semaine un thème d'actualité à l'échelle de l'ensemble des pays membres de l'Union européenne. Chaque thème fait l'objet de trois reportages réalisés sur le terrain, introduits par Véronique Auger, comme dans le cas présent. L'objectif de cette émission est de donner une réalité plus concrète à l'Union européenne et de ne pas se contenter de traiter un sujet sous le seul angle national. Les premiers numéros d'Avenue de l'Europe diffusés en 2013 portaient par exemple sur des sujets aussi divers que la pollution de l'air, les homosexuels, les énergies fossiles, les soldats, les femmes, la fin de vie, l'alimentation ou les rythmes scolaires dans l'ensemble des États de l'Union européenne.

Dans le cas présent, le reportage est consacré aux réfugiés afghans venus s'établir au Royaume-Uni. L'objectif des journalistes d'Avenue de l'Europe est de nuancer fortement l'idée selon laquelle ce pays constitue un eldorado pour les immigrés. Ils souhaitent ainsi présenter le tableau d'une situation nettement plus contrastée. Ils ont par conséquent fait le choix de confronter et de croiser plusieurs témoignages de migrants afghans et de membres d'associations. Ce reportage ne prend donc pas l'aspect d'une synthèse générale de la situation des réfugiés afghans et de la politique du gouvernement britannique à leur égard. Un seul témoignage, celui d'un commerçant de primeurs, vient contrebalancer ceux de deux autres Afghans et de membres des associations qui mettent plutôt en avant les difficultés des réfugiés sur le sol britannique.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentatrice
Le terme de la route des clandestins Afghans, c’est le Royaume-Uni.
(Bruit)
Présentatrice
Pourquoi ? Eh bien parce qu’ils parlent souvent l'anglais, que la communauté afghane y est déjà très présente et que la Grande-Bretagne a la réputation d’être un pays où l’on peut facilement trouver du travail et obtenir des papiers. C’est de moins en moins vrai.
(Musique)
Journaliste
En plein quartier populaire de Londres, le petit commerce d’Ahmed est un modèle d’intégration à l’anglaise. Tous sont réfugiés afghans citoyens britanniques ou demandeurs d’asile. Comme Hassan. Entré clandestinement en Angleterre en 2005, il demande l’asile depuis un an et veut laisser loin derrière lui l’Afghanistan et ses malheurs.
Hassan
Vous entendez les informations. Combien de personnes meurent en Afghanistan ? Comment voulez-vous vivre au milieu de ces combats ? On ne peut pas. C’est pour ça qu’on est venu dans ce pays. Pour sauver nos vies, trouver du travail, gagner de l’argent.
Journaliste
Du travail, de quoi économiser pour la famille au pays et une communauté afghane bien implantée. C’est aussi ce qui avait poussé Ahmed à immigrer. Désormais en règles, il a bénéficié pendant plus de 2 ans du système de prise en charge des demandeurs d’asile.
Ahmed
Le gouvernement m’a fourni une maison, une chambre, de quoi me nourrir et une allocation financière. C’était vraiment agréable parce qu’à cette époque, je n’avais rien pour manger ou pour acheter quoi que ce soit.
Journaliste
Le ministère de l’intérieur a refusé tout tournage sur cet avantageux système, sans doute soucieux de ne pas donner une image trop attractive du pays. Mais selon les associations, les autorités multiplient les obstacles, laissant à l’abandon des dizaines de milliers de réfugiés.
Syar Taher
Il y a beaucoup de gens qui se trouvent là, ici, légalement. Nous avons des cas de gens qui sont là depuis 15 ans. Ils attendent que leur dossier soit réglé. Et bien entendu, c’est long et traumatisant.
Journaliste
Tadjudin est dans ce cas, un peu perdu. Arrivé depuis 3 ans dans ce qu’il espérait être un Eldorado, il ne doit sa survie qu’à sa famille sur place.
Tadjudin
Quand je suis arrivé, je savais que le gouvernement pouvait m’aider mais je n’ai rien eu. Même pour aller chez le médecin, on me renvoie d’un endroit à l’autre. On ne me donne aucune aide.
Journaliste
Bien souvent, ce sont donc les associations de quartier qui prennent donc en charge l’accueil des réfugiés. Activités culturelles, accompagnement administratif et cours de langue. Elisabeth guide les premiers pas et les premiers mots de ces Afghans dans ce pays tant idéalisé.
Elisabeth Perrot
C’est pour pouvoir passer son message plus facilement, ne pas nécessairement avoir besoin d’avoir un intermédiaire pour traduire ce que l’on a à dire mais également aussi pour mieux s’insérer dans la vie.
Zeghadin
C’est important pour moi. Je suis content d’apprendre l’anglais. J’étudie.
Journaliste
Heureux mais inquiet. Car si son dossier est refusé, Zeghadin pourrait être expulsé, le Royaume-Uni considérant désormais l’Afghanistan comme un pays sûr.
Nicki Jameson
Il y a une sorte de machine de propagande qui tente de mélanger les notions entre demandeur d’asile, migrant économique, terroriste. Si on généralise, le message officiel, c’est : « Ces gens-là ne doivent pas venir dans notre pays ».
Journaliste
Les autorités britanniques s’en félicitent même. Toutes les 2 heures, un Afghan en situation irrégulière est reconduit dans son pays.