Le vieillissement de la population allemande

15 octobre 2012
02m 45s
Réf. 05140

Notice

Résumé :

En Allemagne, le taux de natalité connaît une forte baisse ce qui entraîne le vieillissement de la population. Un couple de Berlinois justifie son choix de ne pas avoir d'enfants. Deux femmes interrogées mettent en cause l'échec de la politique familiale. L'université de Chemnitz s'est adaptée à cette situation démographique en ouvrant des cours pour les retraités.

Date de diffusion :
15 octobre 2012
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

L'Allemagne connaît depuis les années 1990 un net vieillissement de sa population, qui s'est accéléré à partir du début du XXIe siècle : 20,4 % des Allemands étaient âgés de plus de 65 ans en 2011. Désormais un Allemand sur cinq a plus de 65 ans et seuls 13,5 % des Allemands ont moins de 15 ans. L'Allemagne est ainsi devenu le pays avec la population la plus âgée d'Europe. À titre de comparaison, l'Italie a 20 % de sa population âgée de plus de 65 ans, la France 17,5 %, l'Espagne 17 % et l'Irlande 12 %.

L'augmentation de l'espérance de vie à la naissance explique en partie le vieillissement de la population allemande : elle est de 80,19 ans en moyenne en 2011. Mais il est plus encore dû à la forte baisse de la natalité. En 2012, seuls 673 570 enfants sont nés en Allemagne contre 822 000 en France. La natalité allemande baisse régulièrement puisque l'on recensait par exemple 812 173 naissances en 1997 et 905 675 en 1990, l'année de la réunification. L'Allemagne ne compte plus que 8 naissances pour 1 000 habitants, soit le taux de natalité le plus bas du monde.

Le taux de fécondité, soit le nombre d'enfants par femme en âge de procréer, n'est ainsi en 2012 que de 1,39 enfant par femme. L'Allemagne ne se trouve donc pas en mesure d'assurer le renouvellement de ses générations, atteint à 2,1 enfants. Au sein de l'Union européenne, seule l'Irlande, avec 2,05 enfants par femme, atteint ce seuil, tandis que la France l'approche de très près, avec 2,01 enfants en 2011.

La population allemande ne cesse par conséquent de décroître depuis 2003. Peuplée de 82,5 millions d'habitants en 2002, l'Allemagne n'en comptait plus que 80,5 millions en 2011. En effet, comme chaque année depuis 1972, les décès sont plus nombreux que les naissances en Allemagne. Ainsi, en 2012, le solde démographique a été nettement négatif : 869 582 Allemands ont trouvé la mort dans l'année alors que seuls 673 570 ont vu le jour.

En outre, l'immigration ne s'avère désormais pas suffisante pour empêcher la baisse de la population allemande. Selon Destatis, l'office allemand de la statistique, 798 000 personnes s'étaient installées en Allemagne en 2010, tandis que 671 000 l'avaient quittée.

L'Allemagne demeure certes encore le pays le plus peuplé de l'Union européenne. Cependant, selon Destatis, elle serait dépassée par son voisin français dès 2055. Et en 2060, la population allemande pourrait ne plus compter qu'entre 65 et 70 millions d'habitants.

Cette situation démographique s'explique notamment par les failles de la politique familiale allemande. De fait, les systèmes de garde d'enfants sont très réduits, ce qui contraint les Allemandes à travailler en majorité à temps partiel : elles sont 62 % dans cette situation contre seulement 26 % des Françaises. Peu nombreux sont les enfants envoyés dans une structure collective avant l'âge de six ans. Un nombre croissant d'Allemandes fait par ailleurs le choix de ne pas avoir d'enfant : c'est actuellement le cas d'un quart des diplômées de l'enseignement supérieur.

Les répercussions économiques de cette démographie apparaissent inquiétantes pour l'Allemagne. Sa population active devrait ainsi diminuer de 5 millions d'ici 2020 et de 10 millions d'ici 2030. En outre, la part des personnes âgées au sein de la population allemande ne va cesser de croître. Selon les projections, en 2060, un Allemand sur trois sera âgé de plus de 65 ans. Le problème des retraites se posera alors vivement. L'âge légal de départ à la retraite a du reste déjà été repoussé à 67 ans.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé le 15 octobre 2012 dans le journal télévisé de France 2, ce reportage a été réalisé à la suite de la publication de données sur la population de l'Allemagne le 10 octobre 2012 par Destatis, l'office allemand de la statistique. Le correspondant permanent de France 2 à Berlin Arnaud Boutet a ainsi réalisé un reportage sur la démographie allemande. Toutes les séquences ont été filmées à Berlin sauf une qui l'a été à Chemnitz, en Saxe, au sud-ouest de Dresde. Cette dernière ville a en effet la grande particularité d'avoir 32 % de sa population âgée de plus de 60 ans.

Ce reportage se compose de cinq séquences différentes qui adoptent trois techniques journalistiques différentes : le choix d'un exemple pour illustrer un phénomène général, le micro-trottoir et le plateau extérieur.

Afin d'illustrer les principales caractéristiques de la démographie allemande, l'équipe de France 2 a d'abord pris le parti de choisir deux exemples particuliers. Elle suit et interroge ainsi un couple de Berlinois. Sélectionnés parce qu'ils ont décidé de ne pas avoir d'enfant, ils représentent l'Allemagne à la natalité déclinante. Le deuxième exemple retenu, un cours destiné aux personnes âgées à l'université de Chemnitz, illustre quant à lui le vieillissement de la population.

Ce sujet utilise en outre la technique du micro-trottoir qui vise à recueillir des réactions spontanées. Interrogées dans les rues de Berlin à propos de la baisse de la natalité allemande, deux femmes critiquent la politique familiale de leur pays.

Enfin, le reportage a recours au plateau extérieur. Le journaliste Arnaud Boutet est filmé à deux reprises in situ, dans la rue à Berlin. Le premier plateau extérieur a pour but de faire une rapide présentation des principaux traits de la démographie allemande. Il est du reste juxtaposé avec une infographie. Le second plateau extérieur, plus classique, sert quant à lui de conclusion au sujet.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
Et pour refermer ce chapitre économique, direction maintenant le pays qui fait la course en tête en Europe : l’Allemagne. L’Allemagne va bien, oui, mais elle a une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Une natalité au point mort, une population qui vieillit, la plus vieille d’Europe. Angela Merkel vient de lancer l’alerte. Arnaud Boutet, Thomas Henkel.
Arnaud Boutet
Kathrin a fait de sa carrière une priorité. Pour Nigel, ce qui compte, c’est la liberté. Une vie sans enfant. Un choix assumé. Et après 18 ans de mariage, ils ne regrettent rien.
Kathrin Doute
On ne se sent pas isolé. On a beaucoup d’amis sans enfants. Les gens voient que nous sommes heureux comme ça. C’est le plus important.
Arnaud Boutet
Ce couple de berlinois privilégie les amis, les sorties et les voyages comme le dernier en date dans le désert de Tanzanie. Sur leur responsabilité par rapport à la démographie, la réponse est toute trouvée.
Kathrin Doute
Bien sûr que nous contribuons à la faible natalité. Et alors ? Le monde est surpeuplé.
Nigel Doute
Je suis égoïste. Aucun gouvernement, aucune politique familiale ne pourra me faire changer d’avis. Je n’ai aucun désir d’enfant.
Arnaud Boutet
Depuis 40 ans, le nombre de naissances baisse et le désir d’enfant, lorsqu’il existe, demeure un chemin semé d’embuches.
Inconnue 1
Il n’y a pas assez de places en crèche. Chez le pédiatre, il me faut attendre 2 heures. Je pense que c’est un problème d’infrastructure.
Inconnue 2
Je crois que l’Allemagne est hostile aux enfants. Il y a beaucoup de gens qui râlent même dans la rue car les enfants font trop de bruit. Moi, j’ai déjà vécu ça.
Arnaud Boutet
L’Allemagne compte, aujourd'hui, 82 millions d’habitants. C’est le pays le plus peuplé d’Europe. Mais la population diminue. Et si le taux de natalité ne change pas alors la France pourrait dépasser l’Allemagne en 2055. L’Allemagne qui deviendrait un pays de seniors. On estime qu’en 2060, un habitant sur trois aura plus de 65 ans. Un phénomène déjà visible avec des jeunes et des personnes âgées dans la même université. A Chemnitz, les têtes blanches occupent à certaines heures l’amphithéâtre. Dans cette ville, la moyenne d’âge est l’une des plus élevées d’Allemagne et l’université a su s’adapter.
Roland Schoene
On doit s’occuper des besoins du troisième âge. Il ne faut pas subir les effets de l’évolution démographique mais il faut évoluer de façon constructive.
Arnaud Boutet
Autre problème : le vieillissement de la population pourrait sérieusement ralentir la croissance du pays. Les conséquences économiques se font déjà sentir. Il manque, en Allemagne, des dizaines de milliers d’ingénieurs, d’informaticiens, de médecins. La politique familiale est un échec et pour de nombreux patrons, eh bien, la solution passe par l’immigration. Les étrangers, peut-être demain, sauveront le modèle économique allemand.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque