Les débuts de l'office franco-allemand de la jeunesse (OFAJ)

11 août 1964
05m 18s
Réf. 05148

Notice

Résumé :

L'office franco-allemand de la jeunesse est fondé en 1963, comme une conséquence directe du traité de l'Elysée. Cet organisme binational est chargé d'organiser dans les deux pays des rencontres de jeunes. Dans l'esprit de ses créateurs, la jeunesse doit incarner la réalité de l'amitié franco-allemande.

Date de diffusion :
11 août 1964

Contexte historique

On peut dire sans conteste que l'Office Franco-Allemand de la Jeunesse (OFAJ) est un produit du traité de l'Elysée ; moins de 6 mois séparent la signature de l'un et la naissance de l'autre. Dans son discours de Ludwigsburg à la jeunesse allemande, De Gaulle avait dit que la solidarité naturelle entre Français et Allemands devait être organisée par les gouvernements et vécue par la jeunesse. Le traité dans la partie consacrée à l'éducation et à la jeunesse précisait : « Toutes les possibilités seront offertes aux jeunes des deux pays pour resserrer les liens qui les unissent et pour renforcer leur compréhension mutuelle. Les échanges collectifs seront en particulier multipliés. »

Adenauer et De Gaulle appartiennent à la génération qui a vécu et souffert des deux guerres mondiales. Ils ont une vision commune du rôle de la jeunesse dans le rapprochement des deux peuples. La mise en place de l'office est assez rapide : dès 1964 il est en ordre de marche et capable de fonctionner. Il a un statut d'organisation internationale. Il est dirigé par le duo franco-allemand François Altmeyer et Albrecht Krause, installés près de Bonn ; le premier est un énarque, le second un juriste, tous les deux ont une expérience administrative et connaissent bien les milieux de l'éducation. Cette direction centrale pilote les deux sections nationales installées à Bonn et Paris. A tous les échelons, on trouve une paire binationale. Cette structure un peu lourde sera abandonnée en 1973 au profit d'une direction unique pour les deux pays.

En 1964, des programmes sont spécialement élaborés pour une meilleure connaissance de l'autre : « découverte de la France » et « Wir entdecken Deutschland ». L'originalité de l'OFAJ est qu'il s'adresse à la jeunesse dans son ensemble. Les échanges scolaires et universitaires sont une évidence mais il y a aussi des stages d'échanges entre jeunes professionnels, y compris pour les agriculteurs et les ouvriers. C'est à ce titre que l'OFAJ participe et subventionne en partie la rencontre à Strasbourg de la J.O.C. (jeunesse ouvrière chrétienne).

A côté de l'entrée par le statut professionnel, l'OFAJ propose des échanges autour d'activités spécifiques comme les rencontres sportives et culturelles, les stages linguistiques et les centres de vacances. Depuis sa fondation, l'Office a subventionné les échanges de 8 millions de jeunes et organisé 300 000 stages. L'historien allemand Joseph Rovan a pu écrire un peu pompeusement qu'il s'agissait de « la plus grande migration des peuples jamais organisée en temps de paix par des moyens et avec des intentions pacifiques ». Il est vrai que l'OFAJ a réussi à changer durablement le regard de l'autre et développer les pratiques interculturelles. Il a su aussi s'adapter à l'air du temps. En 1967, l'OFAJ organise à Paris un festival franco-allemand de la Jeunesse auquel participent des orchestres symphoniques et des chorales de jeunes. Quarante ans plus tard, l'OFAJ est présent à la Love parade de Berlin.

En 2004, une mission parlementaire franco-allemande a fait le bilan des activités passées. L'année suivante, les deux gouvernements ont redéfini les missions et les programmes en recentrant l'activité sur les échanges scolaires et extra-scolaires : les objectifs doivent être en cohérence avec les politiques menées par les ministères en charge de la jeunesse en France et en Allemagne. Une attention particulière est portée à la formation des jeunes chômeurs. En 2012, les crédits alloués par les deux Etats à l'office sont de 20 millions d'euros.

Claude Robinot

Éclairage média

Ce reportage a été diffusé dans le cadre d'une édition spéciale du journal télévisé dont la durée est proche du format magazine. Nous n'en voyons ici qu'un extrait. Le tournage a été fait en son synchrone dans plusieurs lieux d'Allemagne de l'ouest. A l'été 1964, l'OFAJ a un an d'existence, mais son fonctionnement réel et sa présence sur le terrain ont moins de six mois. Les stages et les actions filmées dans ce sujet sont les premières. Le rôle de l'organisme est encore mal connu du grand public, il s'agit de le rendre populaire. Les locaux du siège ont été installés sur les bords du Rhin, au sud de Bonn, dans la station thermale de Bad Honnef. C'est d'ailleurs à proximité de cet endroit qu'est installé le camp de vacances réservés aux jeunes français de La Roche-sur-Yon et à leurs homologues allemands. Les deux professeurs qui dirigent le camp illustrent parfaitement l'esprit de l'entreprise qui met à l'œuvre un tandem binational. Les stages et les séjours sont ouverts au ouvriers et aux jeunes agriculteurs (ces derniers attendront 1968 pour découvrir les premiers échanges). Le reportage se plie au désir de l'OFAJ de montrer la réalité de son action qui favorise le rapprochement franco-allemand dans le cadre de l'Europe. L'exemple d'échange scolaire entre des lycéens français et allemands correspond à l'idée que l'on se fait des échanges culturels : un camp de vacances, des cours de langue et des chansons. L'ensemble est mis en scène avec ses professeurs un peu trop cravatés dans ce cadre estival, un tableau noir et des élèves installés dans l'herbe pour un cours de langue organisé pour la télévision. On comprend à travers leur propos que les élèves allemands sont déjà allés en France et que les Français leur retournent la visite. Dans le contexte de l'époque, il s'agit probablement d'un stage destiné à la formation de moniteurs qui, à leur tour, prendront part à des rencontres interculturelles.

Claude Robinot

Transcription

Journaliste
Pour dépasser le niveau de simple voyage touristique, les rencontres de jeunes exigent un minimum d’organisation et de connaissance de la langue du partenaire. Promotion linguistique et formation de moniteurs préoccupent les dirigeants de l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse. Ils favorisent des rencontres semblables au camp de vacances organisées en Vendée l’année dernière puis cette année en Rhénanie, par messieurs Mio, professeur d’allemand au lycée de La-Roche-sur-Yon et Piert, professeur de français au lycée de Cologne.
Professeur
Les deux amis attendent le garçon. Vous ne connaissez pas le mot le « garçon ». Alors un Allemand va me le dire. Le garçon ? Oui, c’est ça, [Allemand]. C’est un autre mot pour le garçon, [Allemand] en allemand. Il regarde les touristes qui montent et descendent l’avenue des Champs-Elysées. Répéter cette phrase. Lexius.
Lexius
Il regarde les touristes qui montent et descendent l’avenue des Champs-Elysées.
Professeur
Et je voudrais que quelqu’un me la traduise. Qui veut me la traduire ? Bernier ?
Bernier
[Allemand]
Professeur
… qui montent et descendent… Non, il ne faut pas traduire ça littéralement s’il vous plaît.
Bernier
[Allemand]
Professeur
[Allemand]. C’est juste.
Journaliste
Monsieur Piert, est-ce que vous voulez nous faire le bilan de ces deux rencontres ?
Professeur
Tout s’est très bien passé l’année passée à La Roche-sur-Yon où nous avons été reçus d’une façon vraiment surprenante pour nous. Et nous avions le désir de répéter cela et d’inviter les jeunes Français de La Roche, ici, à Honnef, près de Cologne. Et nous avons eu le plaisir de revoir beaucoup d’amis qui sont venus nous revoir. Je dirais qu’il y a une certaine difficulté au point de vue de langue, ce qui nous encouragera certainement à apprendre plus de français encore et aux jeunes Français, je l’espère, d’apprendre encore plus d’allemand.
Intervenante 1
Nous étions tentés de parler français entre nous et pas tellement allemand. Mais pendant les séjours dans les familles, nous avons beaucoup parlé allemand. Parce qu’en général, personne ne parlait français dans les familles.
Intervenante 2
Souvent, en cours de conversation, il y a beaucoup de mots qui manquent, et c’est très embêtant. Mais l’année prochaine, ça se passera beaucoup mieux.
Journaliste
Alors cette année, ce sont les Français qui sont invités en Allemagne. Et l’année dernière, au contraire, ce sont les Allemands qui sont venus en Vendée, à La-Roche-sur-Yon. Comment ça s’était passé, l’année dernière, votre camp ?
Intervenant 1
Nous étions reçus… très amical. Et je crois, c’était un peu plus difficile parce que nous ne connaissions pas encore les Français.
Journaliste
Et à La-Roche-sur-Yon, qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans les familles où vous étiez reçu ?
Intervenant 2
J’ai remarqué particulièrement que les Français aiment la vie, particulièrement la cuisine. On fait un grand repas, on va beaucoup à la table. Et les Français sont toujours très gais. Au contraire, les Allemands sont un peu plus sérieux. Et j’ai remarqué l’amitié des Français qu’ils montrent.
Intervenant 3
L’année dernière, j’ai été pour la première fois, en France. Et j’ai trouvé là-bas beaucoup d’amis. Je ne sais pas parler la langue française comme le désireraient mes professeurs. Mais ici, dans le camp, c’est un bon exercice, oui.
Journaliste
Et votre expérience de l’année dernière vous a servi, vous a été utile, cette année, pour cette nouvelle rencontre ?
Intervenant 3
Oui, oui. A La-Roche-sur-Yon, tout le monde est très gentil. Et le dimanche, nous avions été reçus dans les familles. Et depuis lors, nous avons appris que pour se comprendre, il faut connaître la langue française.
Journaliste
Que restera-t-il de ces rencontres ? Monsieur Mio, le professeur des jeunes français nous dit sa pensée.
Monsieur Mio
Non seulement ils auront vu un beau pays mais ils auront rencontré des Allemands. Qu’on ne se fasse pas d’illusions, ce sont bien des Allemands qu’ils sont venus voir et pas seulement des étrangers. L’Allemand est un étranger particulier, étranger d’un pays avec lequel nous nous sommes souvent battus. Donc ils savent très bien ce qu’il y a sous ces rencontres, ce qui est sous-jacent. Et je crois qu’ils s’en souviendront, parce que d’abord, ils auront vécu un moment de leur jeunesse ensemble. Et puis, ils auront vu qu’après tout, un Allemand, au-delà des différences de cuisine ou même de langage, c’est un homme comme un autre, c’est un jeune homme comme un autre. Nous l’avons bien vu lorsque, par exemple, ils dansent ensemble. Ils dansent peut-être sur des airs américains, mais l’essentiel, c’est de savoir danser ensemble sur un même rythme. Et je crois que c’est ce que nous retiendrons sans vouloir nous faire d’illusion. Car nous savons qu’une amitié, c’est fragile. Et je crois que l’idéal, malgré tout, en vaut la peine. Cette belle idée d’un rapprochement franco-allemand, sans illusion, mais ferme et viril.