L'action de Daniel Cohn-Bendit au Parlement européen

28 janvier 2010
04m 21s
Réf. 05170

Notice

Résumé :

Au Parlement européen, Daniel Cohn-Bendit apostrophe en 2008 le président français Nicolas Sarkozy sur sa participation à la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin. Il interpelle de même vivement le président de la Commission européenne José-Manuel Barroso devant le groupe écologiste européen en 2009. Interrogé, Daniel Cohn-Bendit justifie sa méthode.

Type de média :
Date de diffusion :
28 janvier 2010
Source :

Contexte historique

Le Parlement européen est la seule institution élue au suffrage universel direct par les citoyens de l'Union européenne (UE). Les députés sont en effet élus pour un mandat de cinq ans par tous les citoyens européens qui possèdent le droit de vote, quel que soit l'État de l'UE dans lequel ils résident. Organisées dans toute l'Union à la représentation proportionnelle, les élections européennes ont principalement lieu selon un scrutin de liste. Leur forme peut toutefois différer selon les États. Par exemple, en France, le territoire national est découpé en huit circonscriptions regroupant plusieurs régions.

Depuis l'adhésion de la Croatie en juillet 2013, le Parlement européen est composé de 766 députés issus des 28 États membres. Le nombre de sièges de députés par pays dépend de la population de celui-ci. Ainsi, l'Allemagne, pays le plus peuplé de l'UE en a 99, tandis que la France, deuxième pays le plus peuplé, en compte 74. Parmi les autres États les plus peuplés, le Royaume-Uni et l'Italie élisent 73 députés, l'Espagne 54, la Pologne 51 et la Roumanie 32. À l'inverse, Chypre, Malte, l'Estonie et le Luxembourg ne disposent chacun que de 6 députés.

Au Parlement européen, les députés siègent par groupes politiques transnationaux et non par nationalité. Ces groupes sont au nombre de sept. Les deux principaux sont celui du Parti Populaire Européen, rassemblement de droite composé de 275 députés en 2013, et celui de l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen, formation de gauche qui réunit 195 députés.

C'est à Bruxelles que les eurodéputés siègent la plupart du temps. Ils y prennent part aux sessions ordinaires, aux réunions des commissions et des groupes parlementaires. Ils se réunissent cependant également à Strasbourg une fois par mois en séance plénière pour voter le budget et les lois. De fait, le Parlement partage le pouvoir législatif avec le Conseil de l'Union européenne : il vote les directives et règlements proposés par la Commission qui s'imposent ensuite aux États membres. Les députés européens examinent et votent également le budget de l'Union, conjointement avec le Conseil.

Daniel Cohn-Bendit est l'un de ces députés européens. Ancien leader du mouvement de Mai 68, l'étudiant en sociologie à l'université de Nanterre avait été expulsé de France pendant ces événements et s'était installé en Allemagne. Adhérent au parti écologiste allemand Die Grünen en 1984, il est élu au Parlement européen en juin 1994 sur leur liste. Il se présente ensuite aux élections européennes de juin 1999 en France comme tête de liste des Verts français. Réélu, Daniel Cohn-Bendit conserve ensuite son fauteuil de député européen à deux reprises, en juin 2004 et en juin 2009, alternant encore sa présence sur les deux listes : en 2004 il est reconduit sur la liste des Grünen avant de diriger en 2009 la liste Europe Écologie dans la circonscription de l'Île-de-France. Lors du scrutin européen de 2009 il joue ainsi rôle essentiel dans le succès des listes Europe Écologie qui recueillent 16,28 % au niveau national.

S'il a également été conseiller municipal chargé des affaires multiculturelles à Francfort-sur-le-Main de 1989 à 1997, c'est à son mandat de député européen que Daniel Cohn-Bendit consacre la plupart de son action politique. Très assidu lors des sessions du Parlement européen, il copréside le groupe des Verts-Alliance libre européenne depuis 2002.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet a été diffusé le 28 janvier 2010 dans Envoyé spécial. Créée en 1990, cette émission hebdomadaire est diffusée en première partie de soirée sur France 2. Il s'agit d'un magazine d'information de la rédaction de France 2 qui a d'abord été animé par Paul Nahon et Bernard Benyamin avant de l'être par Françoise Joly et Guilaine Chenu à partir de 2001.

Le présent extrait provient d'un sujet d'une trentaine de minutes entièrement consacré à Daniel Cohn-Bendit, intitulé « Daniel Cohn-Bendit, du rouge au vert », réalisé par deux journalistes, Laurent Hakim et Thierry Breton. Il se compose en premier lieu d'images d'archives filmées en 2008 dans l'enceinte du Parlement européen à Strasbourg lors de la visite de Nicolas Sarkozy. Puis il propose des images factuelles tournées en 2009 par l'équipe de France 2 et deux interviews de Daniel Cohn-Bendit lui-même. José Bové apporte également son éclairage sur la méthode de son collègue écologiste.

L'extrait porte entièrement sur l'action de Daniel Cohn-Bendit comme député européen. Il est donc uniquement montré dans l'enceinte du Parlement européen. Les journalistes de France 2 ont pris le parti de le présenter comme un agitateur au sein de cette institution. Dans le reportage, le franc-parler de l'ancien leader du mouvement étudiant de Mai 68 apparaît très atypique au sein d'un Parlement plus habitué à des débats feutrés. Il n'hésite ainsi pas à profiter de la tribune qui lui est offerte au Parlement européen pour interpeller vivement ses adversaires politiques, qu'il s'agisse du président français Nicolas Sarkozy ou du président de la Commission européenne José Manuel Barroso. Il apparaît ici comme un redoutable orateur qui sait manier fort habilement l'art de la rhétorique. Il prononce notamment des formules percutantes à l'endroit de Nicolas Sarkozy. L'élu écologiste ponctue également chaque phrase de José Manuel Barroso par les mêmes mots dans le but de tourner en dérision le président de la Commission européenne. Il est par ailleurs comparé par les journalistes à un acteur de la comedia dell'arte italienne en raison de sa gestuelle.

Daniel Cohn-Bendit est également présenté dans ce sujet comme un homme politique qui sait se mettre en scène et utiliser la présence des médias. Il recherche ainsi souvent à faire mouche par ses formules. Il a aussi recours à des symboles afin de mieux critiquer ou moquer ses adversaires. Ainsi porte-t-il le tee-shirt de Reporters sans frontières - qui représente les anneaux olympiques sous forme de menottes - lorsqu'il s'adresse à Nicolas Sarkozy dans le but de dénoncer son soutien au régime chinois. De même, il n'hésite pas à offrir des fleurs et un tee-shirt « anti-Barroso » au président de la Commission européenne après sa réélection, alors qu'il en est un adversaire résolu.

Si ce sujet est entièrement centré sur la figure de Daniel Cohn-Bendit, il donne aussi un aperçu du fonctionnement des institutions européennes. Il montre notamment que le Parlement européen siège dans deux lieux : à Bruxelles pour les sessions ordinaires et les réunions des commissions et des groupes, et à Strasbourg pour les séances plénières. Il donne en outre à voir la nécessité pour les candidats aux fonctions de commissaires européens et de président de la Commission européenne de se présenter devant chaque groupe parlementaire. C'est en effet le Parlement européen qui valide leur élection.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
Dans son théâtre du parlement européen, Dany Cohn-Bendit aime frapper les trois coups de sa propre entrée en scène comme en juillet 2008 face à Nicolas Sarkozy.
Daniel Cohn-Bendit
Vous allez manger avec des baguettes avec le président de Chine pour ouvrir les jeux olympiques. Bon appétit.
Journaliste
A l’époque, le président français vient de décommander le Dalaï-lama et de confirmer sa présence aux jeux olympiques de Pékin. Dany Cohn-Bendit s’insurge, des sanglots dans la voix.
Daniel Cohn-Bendit
Monsieur le président, c’est une honte ! C’est minable d’aller à l’ouverture des jeux olympiques. Merci.
Journaliste
Après l’émotion, la provocation reprend le dessus. Dany osera même faire un parallèle avec la poignée de main des chefs d’Etats à Hitler aux jeux de Berlin dans l’Allemagne nazie de 1936.
Daniel Cohn-Bendit
Ma manière de voir les choses et le politiquement correct s’opposent. Mais je crois que c’est plus spontané que recherché. Mais je ne veux pas délibérément agacer. Je ne veux pas non plus délibérément plaire. Je veux délibérément dire ce que je pense. Et que ça plaise, que ça agace, ça m’est égal. J’espère que ça influence. Ça, ce n’est pas toujours le cas, malheureusement.
Journaliste
Ce matin, à Bruxelles, le député en baskets reçoit un président en cravate. Après Nicolas Sarkozy, Dany Cohn-Bendit épinglerait volontiers José-Manuel Barroso sur son tableau de chasse. En campagne pour sa réélection, le président de la commission européenne passe sur le grill du groupe écologiste. Dany Cohn-Bendit se montre presque amical. Mais ça ne va pas durer.
(Bruit)
Daniel Cohn-Bendit
Tout le monde demande la transparence. Nous, on l’a fait. OK ?
Journaliste
Dany a créé un comité anti-Barroso. L’invité sait donc à quoi s’en tenir.
José-Manuel Barroso
C’est vrai que même avant la publication de mon document, vous aviez dit publiquement que vous seriez toujours contre moi. Même avant de recevoir mes lignes de programme, vous décidez « Stop Barroso ». C’est votre droit. En tout cas, je suis là pour un débat démocratique et ouvert. Merci pour votre invitation.
Journaliste
Dany entame maintenant sa commedia dell'arte. D’abord le rôle du familier avec d’une tape dans le dos. Ensuite celui de l’insolent quand il mime le baratin d’un air de violon. Enfin, le rôle du teigneux avec un monologue taillé sur mesure.
(Bruit)
Daniel Cohn-Bendit
Je l’ai fait. Je l’ai fait. Je l’ai fait.
Journaliste
Et puis le sourire pour tempérer l’arrogance. C’est la méthode Cohn-Bendit : le choc frontal, la parole qui cogne comme au temps des assemblées générales étudiantes. Il y a quelque chose de personnel entre vous ?
Daniel Cohn-Bendit
Non, ce n’est pas quelque chose de personnel. Il est président… il veut être président de la commission. Il y a un débat de fond entre nous et lui.
Journaliste
Vous êtes drôlement remonté contre lui, quand même ?
Daniel Cohn-Bendit
Non, je ne suis pas remonté.
Journaliste
Un parler vrai qui le rend audible par tous mais qui détonne un peu dans une institution très politiquement correcte.
José Bové
Le fait que Dany, aujourd'hui, il parle clairement, il dise les choses pas comme tout le monde, et lui, il est capable de dire à quelqu’un : « Tu es un con » ou « Toi, mon pote, on ne te veut pas comme président de la commission », voilà, ça, c’est la réalité. Et c’est comme ça qu’on le pense. Pourquoi on le dirait autrement ?
Journaliste
Finalement, José-Manuel Barroso est réélu. Ses supporters viennent le féliciter. Dany Cohn-Bendit, fidèle à lui-même, joue les espiègles. Il offre des cadeaux à son ennemi, un t-shirt anti-Barrosso, un tournesol sans OGM. Une manière très personnelle d’enterrer la hache de guerre.
Daniel Cohn-Bendit
Moi, j’ai l’impression, disons, depuis maintenant quand même une trentaine d’années, que je ne fais pas de la politique comme les autres. Ou disons que j’ai ma conception de la politique. Donc c’est une conception qu’il faut défendre, d’une agressivité mais pas de méchanceté. Et de dire que la politique, c’est dialoguer, s’opposer, dialoguer et puis après, on voit, et dépasser. Et ça, ça surprend.

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