Inauguration du barrage d'Assouan

16 janvier 1971
01m 22s
Réf. 05200

Notice

Résumé :

En janvier 1971 a lieu l'inauguration du haut barrage d'Assouan dont les dimensions gigantesques doivent permettre de régulariser le débit du Nil, de favoriser l'irrigation et de produire de l'électricité. A cette occasion, les présidents Sadate et Podgorny réaffirment l'amitié égypto-soviétique qui a permis cette réalisation.

Date de diffusion :
16 janvier 1971
Source :
ORTF (Collection: JT 20H )
Lieux :

Contexte historique

L'inauguration officielle du haut barrage d'Assouan a lieu le 15 janvier 1971, après onze ans de travaux, précédés de quelques années de tractations nécessaires à la mise en œuvre d'un projet ancien. Le premier barrage d'Assouan, construit en 1902, était insuffisant pour réguler la crue annuelle du Nil dont l'irrégularité conduisait à des sécheresses ou des inondations dramatiques.

Les officiers libres qui ont pris le pouvoir en 1952 relancent le projet. Leurs motivations sont autant économiques que géopolitiques. La construction d'un grand barrage en Nubie s'explique autant par le besoin de la maîtrise des eaux que par la volonté d'éviter que le Soudan, qui accède à l'indépendance, ne menace l'approvisionnement hydraulique de l'Egypte. A partir de 1953, un jeu complexe de tractations se met en place entre Nasser, les occidentaux et la Banque Internationale de Reconstruction et Développement. En janvier 1956, les anglo-américains et la BIRD renoncent à financer le barrage. En riposte, Nasser nationalise le canal de Suez et se tourne vers les Soviétiques qui offrent leur assistance technique et financière ainsi que leur soutien politique.

En 1964, après quatre ans de travaux, le fleuve est barré par une digue massive et les eaux détournées dans un canal. Le lac Nasser commence à se remplir, les premières terres d'aval bénéficient d'une irrigation permanente. L'ouvrage achevé a des dimensions impressionnantes : une hauteur de 111 mètres sur 3 km de long, une retenue de 165 milliards de m3 dans le lac Nasser qui s'étend sur 550 km. La centrale hydroélectrique mise en service en 1967 a permis l'électrification des zones rurales de la vallée du Nil.

Les grands barrages sont toujours sujets à des louanges excessives ou des critiques virulentes. Assouan, construit dans un contexte politique tendu par la guerre froide, n'échappe pas à la règle. Les premières critiques ont été liées aux enjeux culturels puisque le barrage menaçait d'engloutissement les sites historiques de la vallée, notamment le temple d'Abu Simbel que l'Unesco sauva en le déplaçant. Parmi les inconvénients dus au barrage, on relève : la recrudescence de maladies parasitaires véhiculées par les insectes, l'érosion des berges, l'évaporation qui peut atteindre jusqu'à 14 % de la crue annuelle et la modification du tracé côtier du delta. Plus inquiétant, la remontée de la nappe phréatique s'accompagne d'une salinisation des terres qui deviennent stériles, notamment dans le Fayoum et le delta. L'argument le plus sérieux à mettre au passif du haut barrage est la retenue des limons fertiles par la digue. En amont, elles provoquent une sédimentation du lac Nasser, en aval, elles manquent aux terres irriguées qui doivent avoir recours aux engrais chimiques. L'Egypte consomme plus de 300 kg d'engrais à l'hectare soit le niveau d'un pays européen développé. La conséquence est une pollution agricole qui s'ajoute à celle des gigantesques agglomérations urbaines. Des améliorations et un usage raisonné de l'eau et des apports chimiques sont indispensables ; pour autant, on n'imagine pas revenir à une situation antérieure. La pression démographique sur les ressources est aussi un sujet d'inquiétude. L'Egypte qui avait 35 millions d'habitants au moment de l'inauguration en compte 85 millions en 2013. La quantité d'eau disponible par habitant a été divisée par deux. L'Egypte se rapproche du niveau de stress hydrique. Le succès d'Assouan tient à sa capacité à réguler la crue. Les sècheresses sahéliennes des années 80 ont été atténuées. La crue exceptionnelle de 1996 (80 % au-dessus de la moyenne) n'a pas provoqué d'inondations. La grande réussite du barrage, c'est d'avoir permis l'extension des terres agricoles associée à une productivité accrue. On peut aujourd'hui dans une grande partie de la vallée obtenir deux récoltes par an. Ce développement agricole a su accompagner l'accroissement démographique.

Claude Robinot

Éclairage média

Le lendemain de l'inauguration du barrage, le journal télévisé de la première chaîne de l'ORTF propose un sujet d'une durée d'un peu plus d'une minute sur Assouan. Le commentaire du journaliste Alain Cances est écrit comme un papier de presse écrite qui fait l'analyse de l'événement. Le ton de la voix, légèrement distancié par rapport au montage d'images, renforce cette impression. Les premières images montrent le barrage sous des angles différents, y compris des images aériennes. Sur beaucoup de plans apparaissent des inscriptions en alphabets arabe et cyrillique qui soulignent la coopération entre l'Egypte et l'URSS. Images et commentaires s'associent pour donner l'impression du gigantisme et de la modernité du Haut barrage. Les chiffres record sont annoncés, l'eau jaillit au pied de la voûte.

Assouan est à l'époque un des plus grands ouvrages de ce type construit dans le monde. Il est aussi un des premiers à être construit dans un pays en développement. Les images montrent en contraste avec la modernité de l'ouvrage les visages « pittoresques » d'enfants et de fellahs égyptiens. Alain Cances donne à l'Egypte son nom officiel de « République Arabe Unie » adopté en 1958 en raison de l'union politique avec la Syrie (elle disparaît peu de temps après l'inauguration du barrage).

Les personnalités qui président à l'inauguration sont le Raïs Anouar El Sadate et le président du soviet suprême Nikolaï Podgorny, tous les deux sont les héritiers politiques des initiateurs du projet. Gamal Abdel Nasser, dont on voit un immense portrait dans le film, est décédé trois mois auparavant. Quant à Nikita Khrouchtchev, il a été écarté du pouvoir en 1963. Les derniers plans montrent la construction d'un monument en béton censé représenter une fleur de lotus, symbole de l'amitié entre les Soviétiques et les Egyptiens. Sadate mettra fin à cette alliance et se tournera vers les Américains après la guerre du Kippour en 1973.

Claude Robinot

Transcription

Journaliste
Cette inauguration du haut barrage d’Assouan est à l’évidence une date capitale pour la République Arabe Unie. Tout d’abord, la fierté d’avoir construit un barrage qui est parmi les plus importants du monde. 40 mètres de large au sommet, 900 à la base, 600 mètres pour les deux rives du Nil, 3,200 kilomètres de long au total. Et puis, il y a maintenant le lac Nasser, une réserve d’eau de 500 kilomètres de long sur 10 kilomètres de large. Une réserve d’eau qui devrait permettre à l’Egypte de mieux nourrir sa population, 35 millions d’habitants, une population qui s’accroît d’un million chaque année. Cette réserve d’eau du lac Nasser, c’est la certitude de donner à l’agriculture 600 kilomètres carrés de terres nouvelles, c’est aussi la certitude que toutes les terres cultivables seront irriguées malgré les périodes de sécheresse. C’est aussi une usine électrique qui, avec ses dix turbines, produit désormais plus d’électricité, deux fois plus d’électricité que n’en disposait jusqu’à présent l’Egypte. Pour la République Arabe Unie, c’est une chance d’entrer timidement mais réellement dans l’ère industrielle. Mais cette inauguration du barrage d’Assouan a également une valeur politique. La présence du Président Podgorny aux côtés du Président Anouar El Sadate rappelle les liens de plus en plus étroits qui unissent désormais la République Arabe Unie et l’Union Soviétique et cela, à quelques jours de la date officielle du cessez-le feu.

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