Alaska : du pétrole dans un parc naturel

29 avril 2005
03m 43s
Réf. 05202

Notice

Résumé :

L'Alaska est devenu un des premiers états pétroliers des Etats-Unis. De nouvelles ressources ont été trouvées au nord. Le lobby des hydrocarbures soutenu par une partie de la population souhaite son exploitation, d'autres refusent cette industrie qui risque de détruire le mode de vie traditionnel des Inuits.

Date de diffusion :
29 avril 2005
Source :

Contexte historique

L'Alaska est un immense territoire, grand comme une fois et demie la France. Avec une densité de 0,43 hab/km2, il reste sous peuplé. Cette périphérie arctique n'a n'attiré l'attention de l'Etat fédéral que depuis la Seconde Guerre mondiale en raison de sa position stratégique face au Japon. La guerre froide conforte ce rôle face à l'URSS. En 1959, l'Alaska devient le 49e Etat de l'Union.

En 1968, des gisements de gaz et de pétrole sont découverts à Prudhoe Bay, au centre de la côte septentrionale du territoire, dans une région appelée le « North Slope ». Les forages et l'exploitation commencent malgré les conditions climatiques difficiles sur une trentaine de champs pétrolifères côtiers et offshore. En 1969, un projet d'oléoduc traversant l'Etat du nord au sud sur 1300 km est déposé. La construction débute en 1974 et s'achève trois ans plus tard. Le pipeline transalaska débouche à Port Valdez où des tankers chargent les hydrocarbures pour les Etats-Unis.

Depuis sa mise en service, l'oléoduc a conduit 15 milliards de barils transportés dans plus de 20 000 navires ! Cette manne pétrolière met l'Alaska et ses habitants en situation de rentiers des hydrocarbures. En 1976, un amendement de la constitution de l'Etat instaure une allocation pour tous les habitants, assise sur les revenus pétroliers. Un des paradoxes de cette aide financière est d'avoir contribué au maintien du mode de vie traditionnel des Inuits tout en les rendant dépendants du pétrole.

La zone pétrolifère de Prudhoe Bay est la plus importante, elle représente environ la moitié de la production de l'Etat et 8 % de la production totale américaine mais elle n'est plus aussi florissante que dans les premières décennies. Les quantités extraites diminuent, le flux n'est plus que de 600 000 barils/jours en 2012, soit trois fois moins que dans les années 80. Quant aux réserves exploitables elles semblent avoir été surestimées et sont revues à la baisse pour le pétrole comme pour le gaz. Dernière difficulté, le site exploité par B.P. a été affecté en 2006, par une rupture de l'oléoduc due à l'érosion. Un million de litres de brut se sont répandus dans la toundra. Le conduit a été fermé pendant 9 mois pour mener à bien les inspections et les réparations. Cette catastrophe industrielle est intervenue à un moment où l'administration Bush avait autorisé la vente de concessions à l'ouest de Prudhoe Bay dans le National Petroleum Reserve-Alaska (NPR-A). Cette zone d'aménagement est en principe divisée en secteurs d'exploitation des hydrocarbures et espaces protégés pour la vie animale : Caribous, oiseaux et ours polaires. Les écologistes ont mené une vigoureuse campagne contre ces projets en s'appuyant sur la législation fédérale qui avait adopté une loi de protection maximale de la nature. A l'Est de Prudhoe Bay, une zone côtière de 6000 km2 attire la convoitise des compagnies pétrolières. Elle est située dans la zone protégée du « Arctic National Wildlife Refuge ». L'avenir de cette région divise les habitants. Les Indiens Inupiats qui vivent à proximité sont très largement favorables à l'exploitation du pétrole dont ils tirent leurs revenus soit parce qu'ils louent leurs terres aux compagnies (20 000 $ par an) ou parce qu'ils travaillent dans les services publics financés par la rente pétrolière. Ce n'est pas le cas d'autres Inuits comme les Gwich'ins qui vivent plus au sud et conservent un mode de vie traditionnel. Ils ont reçu le soutien des écologistes et bataillent contre la mise en exploitation de l'ensemble du parc ANWR. Malgré des votes successifs hostiles aux forages en 2002 et 2005, les pétroliers ont le soutien des républicains dont Sarah Palin, gouverneur de l'Etat jusqu'en 2009. La course aux hydrocarbures alaskiens a pourtant des limites. La baisse du prix du baril et la concurrence du gaz de schiste depuis 2010 rendent moins attractives les réserves arctiques. La Shell a décidé de suspendre ses prospections.

Claude Robinot

Éclairage média

Ce reportage diffusé au journal télévisé de la mi-journée est le dernier épisode d'une série de cinq proposée par le correspondant de la chaîne Alain de Chalvron. Elle est entièrement consacrée à l'Alaska. Cette formule, qui se rapproche du magazine, permet de disposer d'un temps suffisant pour traiter un thème sous des éclairages différents. La veille, l'épisode était consacré aux oursons. Le dernier aborde en plus de trois minutes la question de l'exploitation pétrolière dans une zone naturelle protégée.

Les premières images montrent le survol d'une plateforme « offshore » au Nord-ouest de l'Alaska, accompagnées d'un commentaire qui qualifie cette région « d'émirat pétrolier ». Il est vrai que les dividendes de la rente pétrolière bénéficient à l'ensemble des résidents, du gouverneur aux derniers Inuits pratiquant la pêche et la chasse. L'autre ressource de l'Alaska, c'est l'immensité de ses espaces naturels dont les pétroliers doivent tenir compte. Les caribous comme d'autres espèces protégées se déplacent au gré des saisons sur des territoires immenses, y compris dans les champs pétrolifères. L'été, l'exploitation s'arrête quelques semaines au moment de la reproduction des caribous. Dans la région du « North slope » que le film appelle littoral arctique, les ¾ des Inupiats sont favorables à l'exploitation du pétrole. Ils sont répartis dans moins d'une dizaine de villages. Barrow Point qu'on aperçoit dans le film est situé dans une zone d'extraction. Le pétrole fait vivre les 4000 habitants. A 600 km de là, dans la zone 1002 du refuge arctique, montrée sur une carte par une représentante des compagnies, les villageois sont aussi favorables aux prospections dont ils tirent des revenus. Les écologistes sont les seuls opposants organisés au projet, mais ils vivent au sud de l'Etat loin des régions concernées, ils ne rencontrent de soutien que chez les Inuits qui vivent du tourisme et des activités traditionnelles. L'intérêt de ce film est d'exposer les arguments des différents acteurs concernés.

Claude Robinot

Transcription

Présentateur
… Beaucoup le feuilleton, cinquième et dernier épisode de la chronique d’Alain de Chalvron en Alaska. Hier, c’était les oursons, alors aujourd’hui, allez savoir.
(Bruit)
Alain (de) Chalvron
En dépit des apparences, l’Alaska est un émirat. Un émirat parsemé de derricks et de stations de pompage et traversé d’oléoducs. 90 % des revenus de l’Etat proviennent de l’or noir. Chacun de ses 640000 citoyens reçoit une rente annuelle de 1000 à 2000 Dollars selon le prix du pétrole. Mais l’Alaska est aussi une immense terre vierge d’une beauté à couper le souffle, où vivent encore selon leurs traditions 80000 esquimaux, et une faune de baleines, d’ours blancs, de loups, de grizzlys et de caribous miraculeusement préservés. Une faune équilibrée où les uns servent de garde-manger aux autres. Le miracle de l’Alaska c’était bien ça, cette coexistence de l’industrie et de la nature, chacun avait son territoire, mais voilà que les deux entrent en conflit.
(Bruit)
Alain (de) Chalvron
Le problème est que le pétrole exploité depuis les années 70 dans la région de Prudhoe Bay s’épuise et qu’on en a trouvé dans le parc naturel voisin, l’Arctic Refuge.
Judy Brady
On estime les réserves du parc à plus de 16 milliards de barils, 25 % des réserves américaines. Et pourtant, c’est un tout petit coin qui est concerné ici.
Alain (de) Chalvron
Le lobby pétrolier a fait un travail efficace ici à Barrow, la ville la plus septentrionale du continent américain, c’est la capitale de la région appelée Littoral Arctique dont dépend le parc naturel. Les pétroliers ont notamment obtenu le soutien résolu de son président qui a l’avantage considérable d’être esquimau.
George Ahmaogak
Ça va nous apporter des revenus d’impôts, des emplois, des opportunités économiques pour les entreprises locales. Tous les résidents de l’Alaska vont profiter de cette ouverture du parc.
Alain (de) Chalvron
Et à Barrow où l’économie de supermarché vient de faire son apparition, tout le monde ou presque est d’accord avec le président.
Inconnu
Tout ce qu’on a à Barrow vient du pétrole, et les puits de Prudhoe s’épuisent.
Inconnue
On a besoin de boulot. Nos enfants ont besoin de travailler et nos communautés crient au secours.
Alain (de) Chalvron
Le problème, c’est justement l’économie de supermarché, alors que la plus grande partie des esquimaux continuent à vivre dans une économie de subsistance de pêche et de chasse. Et là, on n’est pas prêt à sacrifier la nature pour le veau d’or.
Calvin Tritt
Les gens détruisent tout, ils prennent tout et se fichent de l’avenir des générations futures. Qu’est-ce qu’elles vont faire ? Est-ce qu’elles vont s’autodétruire comme ils détruisent les animaux et la nature ?
Alain (de) Chalvron
Objection rejetée et avec une certaine arrogance par les pétroliers.
Larry Houle
L’économie de subsistance est en train de disparaître. L’industrie pétrolière emploie un grand nombre d’esquimaux et elle fait partie intégrante de leur mode de vie. Les temps changent et s’ils veulent réussir en tant que société, il faudra qu’ils évoluent avec le temps.
Alain (de) Chalvron
Le pot de terre contre le pot de fer, les chiens de traîneaux contre les milliards de l’or noir. Les esquimaux ne le savent peut-être pas encore mais le parc naturel d’Arctic Refuge sera, quoi qu’il arrive, livré au pétrole.
(Bruit)

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