La pénurie de médecins dans les pays pauvres

08 avril 2006
01m 37s
Réf. 05204

Notice

Résumé :

Jamil Ahmis a quitté l'Algérie pour venir travailler en France : il est chirurgien en pédiatrie au centre hospitalier intercommunal de Créteil. Un médecin africain sur quatre choisit d'émigrer. Les pays pauvres souffrent ainsi d'une pénurie de médecins.

Date de diffusion :
08 avril 2006
Source :
Personnalité(s) :

Contexte historique

Les pays du Sud, et parmi eux plus particulièrement les pays les moins avancés, souffrent d'un grand manque d'infrastructures de santé. Faute de moyens financiers, ils ne consacrent en effet qu'une infime part de leur produit intérieur brut (PIB) aux dépenses de santé. Celles-ci ne représentaient en 2012 que 2,3 % du PIB du Mali, 1,3 % de celui de l'Érythrée, 1,1 % de celui du Tchad, 0,9 % de celui de l'Afghanistan et 0,6 % de celui de la Guinée.

Les pays pauvres manquent ainsi cruellement de personnel médical. Les pénuries de médecins sont surtout importantes en Afrique subsaharienne. Selon un rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) publié en 2006, sur les 57 pays qui souffraient d'une grave pénurie des personnels de santé, 36 se situaient en Afrique subsaharienne. Toujours d'après l'OMS, il n'y avait ainsi en 2012 que 0,1 médecin pour 10 000 habitants en Tanzanie, 0,2 au Sierra Leone, 0,3 en Éthiopie, 0,4 en Somalie, 0,5 en République centrafricaine et au Burkina Faso, 0,6 au Bénin et au Sénégal. Certains pays d'Asie connaissent également une grande pénurie de médecins : il n'y avait en 2012 que 2 médecins pour 10 000 habitants en Indonésie et au Yémen, 2,3 au Cambodge, 3,6 au Bangladesh et 4,9 au Sri Lanka.

Les pays du Sud souffrent par ailleurs d'un sous-équipement hospitalier. Toujours selon l'OMS la Guinée ne disposait en 2012 que de 3 lits d'hôpitaux pour 10 000 habitants, le Burkina Faso et l'Afghanistan de 4 lits, le Bénin, l'Ouganda et les Philippines de 5 lits, l'Indonésie de 6 lits et l'Érythrée de 7 lits.

Les inégalités sont ainsi immenses entre pays pauvres et pays riches. Ces derniers disposent en effet d'infrastructures de santé nombreuses et efficaces. En 2012, l'Allemagne comptait par exemple 36,9 médecins pour 10 000 habitants, la France 33,8, l'Australie 38,5, la Norvège 41,6 et l'Autriche 48,6. Les inégalités en matière d'équipement hospitalier apparaissent également criantes : il y a 137 lits d'hôpitaux pour 10 000 habitants au Japon, 82 en Allemagne, 66 en France ou 58 en Finlande et en Islande.

Les inégalités sanitaires entre pays du Sud et pays du Nord sont en outre renforcées par la migration croissante des personnels de santé des premiers vers les seconds. Selon une étude publiée en 2006 par le Center for Global Development, 28 % des médecins nés en Afrique subsaharienne exerçaient hors de leur pays de naissance. Trois quarts des médecins formés au Mozambique mais aussi près de la moitié de ceux nés au Sierra Leone et en Tanzanie étaient expatriés en 2007 d'après l'Organisation de coopération et de développement économiques. Ils gagnent notamment le Royaume-Uni, les États-Unis et la France, très demandeurs en personnels de santé.

Ces médecins quittent les pays pauvres afin d'obtenir des revenus plus importants. Ils recherchent également de meilleures conditions d'exercice de leur métier de même que des possibilités de carrière. Ces migrations affaiblissent considérablement les systèmes de santé des pays du Sud déjà peu structurés. Les conséquences de ces exils sont d'autant plus importantes pour ces pays pauvres qu'ils sont déjà fortement dépourvus en personnels de santé. En 2006, selon l'OMS, l'Afrique ne concentrait que 4 % des personnels de santé de la planète alors qu'elle réunissait 20 % des malades mondiaux. Les programmes de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose mis en place par des organisations internationales et des ONG se trouvent ainsi fragilisés par ces migrations de médecins.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce bref sujet a été diffusé le 8 avril 2006 au cours du journal télévisé de 13 heures de France 2, au lendemain de la Journée mondiale de la santé. Celle-ci est célébrée chaque année le 7 avril, jour anniversaire de la création de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en 1948. Les journées internationales relatives à un sujet ou à une cause donnent souvent lieu à des reportages dans les journaux télévisés. La rédaction de France 2 a ainsi décidé d'illustrer la Journée mondiale de la santé de 2006 consacrée aux ressources humaines pour la santé en s'intéressant à un aspect particulier : la pénurie des médecins dans les pays en développement.

Constitué de plusieurs séquences, le sujet se compose en fait de deux parties, une première spécifique, une seconde générale. La première partie prend la forme d'un portrait : l'équipe de France 2 suit un médecin algérien qui a quitté son pays pour venir travailler en France. La technique du portrait est fréquemment utilisée dans les reportages télévisés afin d'illustrer un phénomène général. Dans le cas présent, ce médecin a été choisi pour incarner les personnels médicaux qui quittent les pays pauvres pour s'établir dans les pays riches. Il est filmé lors d'une visite à un jeune patient dans sa chambre du centre hospitalier intercommunal de Créteil ainsi que dans les couloirs de l'hôpital. Toutefois, ces plans ne servent qu'à illustrer le commentaire de la journaliste. Seule son interview met véritablement en avant les raisons de l'émigration des médecins des pays pauvres.

La deuxième partie du sujet traite de ce phénomène en général. Elle ne comporte ainsi aucun plan filmé pour l'occasion mais uniquement des infographies et des images d'archives. Créées par ordinateur, les infographies sont utilisées par les journalistes dans un souci didactique : il s'agit de présenter aux téléspectateurs des données chiffrées ou cartographiques et des points essentiels. Ici la première infographie se réduit à une statistique, tandis que la deuxième présente la carte des pays du monde les plus affectés par la pénurie de médecins. Quant aux images d'archives qui donnent à voir des équipements sanitaires et des patients en Afrique, elles ne servent elles aussi qu'à illustrer le commentaire de la journaliste. Aucune précision n'est donnée sur le pays où elles ont été filmées ni sur la date de leur tournage.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentatrice
A l’occasion de la Journée Mondiale de la Santé, la pénurie de médecins dans les pays pauvres a été mise en lumière. Un quart des médecins formés sur le continent africain choisissent l’exil. Les diplômés préfèrent exercer dans les pays plus riches comme la France. Portrait de l’un d’entre eux, venu d’Algérie, Agnès Monteux et Philippe Jasselin.
(Bruit)
Journaliste
20 ans que le Docteur Ahmis soigne des enfants en France. Il a pourtant reçu sa formation de chirurgien pédiatre en Algérie. Il a décidé de ne pas y exercer sa profession, de quitter son pays, pas pour être mieux payé, dit-il, tout simplement, pour avoir des moyens suffisants pour travailler.
Jamil Ahmis
Je pense que quand on a fait 12 années d’études, on mérite mieux que de contempler un bloc opératoire vide sans aucun moyen. D’autant que les demandes de la population sont énormes, donc se sentir inutile et inactif, moi, ça ne m’allait pas, donc je suis parti.
Journaliste
Voilà comment les blouses blanches se font de plus en pus rares dans les pays pauvres. Premier continent touché, l’Afrique, là où il y a le plus de besoins. Un médecin sur quatre qui y est formé quitte le continent. Une saignée dramatique qui empêche de vacciner les enfants, de traiter le SIDA, le paludisme ou la tuberculose. Pays les plus touchés, la République Démocratique du Congo, le Kenya, la Tanzanie mais aussi le Pérou, l’Inde ou l’Indonésie. Plus d’un milliard de personnes en tout qui n’ont pas accès aux soins, faute de personnel. Dans les couloirs de l’Hôpital de Créteil, le Docteur Ahmis a bien conscience du problème. Mais sa vie maintenant est ici, en France. Lui, dénonce l’hypocrisie des pays riches, eux-mêmes en manque de personnel, qui paient moins cher les étrangers que les médecins français.

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