La lutte contre l'obésité en Chine

17 mai 2006
02m 30s
Réf. 05205

Notice

Résumé :

Des adolescents chinois obèses participent à un programme national de lutte contre l'obésité. Ils séjournent dans un centre spécialisé pour perdre du poids. Ils y subissent des examens médicaux, font des exercices physiques et sont traités par de l'acupuncture.

Date de diffusion :
17 mai 2006
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Contexte historique

Tandis que la sous-alimentation touche encore 870 millions de personnes dans le monde selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le surpoids et l'obésité connaissent également une forte croissance. Définis comme une accumulation excessive de graisses dans l'organisme aux conséquences néfastes pour la santé, ils ne cessent en effet d'augmenter : depuis 1980, le nombre de cas des personnes obèses dans le monde a doublé selon l'Organisation mondiale de la Santé. Celle-ci estimait qu'en 2008 1,4 milliard des adultes âgés de plus de 20 ans étaient en surpoids et que 500 millions étaient obèses. Plus de 40 millions d'enfants de moins de 5 ans seraient également en surpoids.

Le surpoids et l'obésité ont d'abord concerné uniquement les pays riches, à commencer par les États-Unis. Le nombre de personnes obèses au sein de la population américaine a ainsi régulièrement augmenté à partir des années 1980 : 35,7 % des adultes et 17 % des enfants étaient obèses aux États-Unis en 2010 selon le Centre américain de contrôle et de prévention des maladies. Certes, la proportion d'obèses américains est restée stable en 2012 pour la première fois en trente ans d'après une étude conduite par l'ONG Trust for America's Health et la Fondation Robert Wood Johnson. Cependant, 41 des 50 États américains comptent au moins 25 % d'obèses parmi leur population adulte et 13 États plus de 30 %, alors qu'en 1980 aucun État ne dépassait les 15 %. La Louisiane et le Mississippi possèdent la plus forte proportion d'obèses : respectivement 34,7 % et 34,6 % de leur population adulte est obèse.

L'obésité s'étend désormais aussi aux pays émergents et aux pays pauvres. Elle y connaît même une croissance exponentielle. La FAO estime qu'en 2013 le taux d'obésité de la population adulte atteint 34,6 % en Égypte et 32,8 % au Mexique contre 31,8 % aux États-Unis.

Pays le plus peuplé du monde et deuxième puissance économique de la planète, la Chine se trouve également confrontée au problème de l'obésité. Elle est même le pays au monde dans lequel le poids moyen des individus croît le plus rapidement. Selon une étude de l'administration générale chinoise des sports, 34,4 % des Chinois âgés entre 20 et 69 ans et 11 % de ceux entre 20 et 39 ans seraient touchés par le surpoids et l'obésité. Ces derniers connaissent une hausse particulièrement importante au sein de la population jeune. Contrairement aux États-Unis où l'obésité touche surtout les couches populaires, ce sont les catégories riches qui sont principalement concernées en Chine.

De manière générale, l'obésité est en forte augmentation dans le monde en raison d'un déséquilibre croissant entre les calories consommées et celles dépensées. Cette hausse de l'obésité est provoquée d'une part par un régime alimentaire riche en graisses et en sucre. Dans le cas de la Chine, la consommation de nourriture et de snacks occidentaux a explosé avec l'ouverture à l'économie de marché. Les chaînes de fast-food connaissent ainsi un immense succès dans l'Empire du Milieu. La forte augmentation de l'obésité mondiale résulte d'autre part d'un manque d'activité physique et sportive dû à un mode de vie plus sédentaire et à des déplacements de plus en plus motorisés.

L'obésité est par conséquent devenue un problème de santé mondial majeur. 2,8 millions de personnes au moins en meurent en effet chaque année.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage a été réalisé par l'équipe de France 2 installée à Pékin. La rédaction de la chaîne publique française dispose en effet depuis 1995 d'un bureau permanent dans la capitale chinoise. Celui-ci est chargé de couvrir l'actualité de la Chine mais aussi celle de toute de l'Asie de l'Est. Dans le cas présent, le journaliste Jacques Cardoze et le journaliste reporter d'images de France 2 Sylvain Giaume se sont rendus à Tianjin, ville peuplée de quelque 10 millions d'habitants, située au sud-est de Pékin.

L'équipe de France 2 a fait le choix d'illustrer l'essor de l'obésité en Chine par un sujet sur un centre spécialisé destiné à des adolescents. Le reportage se constitue ainsi d'images de ces adolescents en alternance avec des interviews. Les adolescents qui séjournent dans ce centre spécialisé sont placés au cœur du reportage : ils sont présentés dans différentes situations qui visent à montrer le fonctionnement du centre. On les voit soumis à des examens médicaux et soignés par de l'acupuncture. Ces adolescents obèses sont également filmés lors d'un exercice de stretching destiné à leur faire perdre du poids et lors d'un repas. Enfin, le reportage insiste sur l'annonce et l'affichage des résultats aux pensionnaires du centre.

Le sujet met bien valeur l'enjeu national que revêt la lutte contre l'obésité aux yeux du gouvernement chinois. De manière emblématique, les pertes de poids des adolescents sont ainsi figurées par le drapeau rouge de la Chine communiste. En outre, un jeune obèse interrogé ne justifie pas son séjour dans ce centre par une volonté personnelle de perdre du poids mais par des raisons patriotiques : « On est de bons patriotes et on suit la ligne du Parti ». Lutter contre l'obésité serait donc un moyen d'assurer la grandeur de la Chine communiste. On mesure ici l'impact d'une propagande omniprésente, alors que le nombre d'obèses ne cesse d'augmenter dans le pays. Du reste, Jacques Cardoze, dans son plateau final en situation, relativise les résultats du programme national de lutte contre l'obésité.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
Toujours à l’étranger, la Chine additionne les taux de croissance record, on l’évoque souvent ici même, mais cette entrée fracassante dans la mondialisation a aussi ses revers. Comme en Occident, un enfant chinois sur dix est touché par l’obésité, l’alimentation est devenue plus riche. Le gouvernement vient de lancer un grand programme national. Sur place, Jacques Cardoze, Sylvain Giaume.
Journaliste
Ils ont entre 13 et 25 ans et pèsent parfois plus de 150 kilos. Là aussi, la Chine a rattrapé son retard. Contraints de suspendre leurs études, les adolescents sont de plus en plus nombreux à intégrer ces centres spécialisés pour enfants gros. On estime à 130 millions le nombre de chinois en situation de surcharge pondérable. Alors, pour motiver les troupes, à l’entrée, on affiche les résultats des pensionnaires de façon patriotique.
Intervenant 1
Le drapeau rouge ça veut dire que tu as perdu 2,5 kilos, le bleu seulement 1,5 kilos, mais le noir c’est que tu n’as rien perdu ou même que tu as pris du poids.
Journaliste
Et chaque lundi, c’est le même rituel. Dans le bus qui les emmène aux activités physiques, le moniteur annonce les noms des bons et mauvais élèves avec sanction à la clé.
Intervenant 2
A ceux qui ne perdent pas assez de kilos, je vous supprime la grasse matinée. Cette semaine, il y a 19 drapeaux bleus et ce n’est pas bien.
Journaliste
Les responsables veulent des résultats car l’Organisation Mondiale de la Santé estime que le pays pourrait compter 200 millions d’obèses en 2025 si rien n’est fait. C’est donc à un programme draconien auquel les 60 pensionnaires doivent se livrer. Tous les jours, ils ont droit au cours de stretch d’une heure et demie, certains le prennent avec beaucoup d’humour.
Intervenant 3
Nous, on fait vraiment ce qu’on nous dit de faire. On est des compatriotes et on suit la ligne du parti.
Journaliste
C’est pourtant bien le parti qui a décidé l’arrivée des fast-foods américains il y a plus de 15 ans lors des réformes de Deng Xiaoping. Des mesures qui ont changé les habitudes alimentaires chinoises. Aujourd’hui, ce sont les 7-12 ans qui sont les plus touchés. Au centre, on réapprend donc à s’alimenter sans évacuer la cuisine grasse.
Li Huan
On leur donne quand même des aliments gras parce que si on coupe, lorsqu’ils retournent chez eux, ils reprennent du poids. Or, ce que l’on veut, c’est qu’ils se maintiennent.
Journaliste
Ce programme à base d’acupuncture dure 1 mois et coûte 600 Euros, deux mois de salaire d’un cadre. Seuls, les plus riches ont les moyens, d’autant que l’Etat ne finance rien. Mis à part quelques timides recommandations, le gouvernement n’a jamais franchement réagi face au problème de l’obésité, ce qui serait de toute façon assez malvenu, après des années de privation.

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