Gazprom le géant de l'énergie

09 avril 2007
04m 08s
Réf. 05207

Notice

Résumé :

Dans le grand nord sibérien à Nadym, Gazprom exploite des gisements qui alimentent une bonne partie de l'Europe. Toute la vie économique et sociale de cette région est réglée par l'entreprise qui est l'employeur principal. Les voisins de la Russie et l'Europe dépendent pour leur approvisionnement de cette entreprise en situation de quasi-monopole.

Date de diffusion :
09 avril 2007
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Contexte historique

L'histoire de Gazprom est étroitement liée à celle de la Russie contemporaine. En 1989, Victor Tchernomyrdine, ministre soviétique de l'énergie, crée un conglomérat gazier dont il prend la tête. Sous la présidence de Boris Eltsine, Tchernomyrdine est nommé premier ministre de Russie de 1992 à 1998. Sous son impulsion, Gazprom devient une société par actions dont la Fédération de Russie reste l'actionnaire majoritaire. En 2001, Vladimir Poutine est élu président, il s'appuie sur le secteur gazier et pétrolier pour redresser la situation économique. Il y exerce un contrôle étroit ; entre temps Gazprom est devenu le numéro 1 mondial de l'énergie.

La puissance de Gazprom repose sur une production de gaz à hauteur de 15 % du total mondial et sur sa capacité à maintenir pour plusieurs décennies un haut niveau d'approvisionnement, puisqu'elle possède un tiers des réserves mondiales. Les gisements de gaz sont souvent associés à d'autres ressources comme le pétrole dont 33 millions de tonnes ont été extraites en 2012 par une filiale du groupe. La production d'hydrocarbures n'est pas la seule activité de ce conglomérat qui est aussi un acteur important dans le stockage (20 % de la capacité mondiale), la transformation et le transport du gaz. Ce qui donne à Gazprom une stature internationale et une influence qui dépassent largement les frontières de la fédération de Russie. En 2011, sur 500 milliards de m3 de gaz vendus, la moitié était destinée à la Russie, 30 % à l'Europe occidentale et 16 % aux Etats issus de l'ancienne URSS.

L'ambition de la société est d'être au cœur de la fourniture d'énergie dans un espace qui irait de l'Asie à l'Europe occidentale. Pour atteindre cet objectif stratégique Gazprom s'implique dans les réseaux de distribution tant sur le plan physique (160 000 km de gazoducs) que commercial (accords avec les distributeurs européens comme GDF Suez). Un autre moyen d'assurer la pérennité de l'entreprise est de se diversifier en devenant un producteur d'électricité ou en développant les usines de gaz naturel liquéfié (GNL) exportable par méthanier. Dans ce domaine, Gazprom regarde dans deux directions opposées : vers l'Extrême-Orient russe où le GNL est destiné aux marchés chinois et japonais et vers la région de Mourmansk où le gaz offshore de Chtokman partirait sous forme de GNL vers l'Atlantique. Pour l'approvisionnement de la Russie et de l'Europe occidentale, la région la plus prometteuse reste la péninsule de Yamal au nord de la Sibérie occidentale, elle borde sur 700 km l'embouchure de l'Ob. De nouveaux gisements ont été mis en production depuis 2011, ils sont capables de fournir le double de ce qui était exporté hors de Russie. L'acheminement du gaz vers l'ouest a donné lieu à une intense activité géopolitique. Le gaz sibérien était évacué vers l'Europe par un gazoduc transitant par la Biélorussie ou l'Ukraine. Entre 2005 et 2009, un conflit a opposé ces deux derniers pays à la Russie qui a relevé le prix du gaz livré à ces deux anciennes républiques soviétiques qu'elle accusait de détournement. Une partie de l'Union européenne a été privée du fluide au plus fort de la crise. Pour éviter de dépendre d'un chantage, les Russes ont développé un tracé alternatif, le North Stream, qui aboutit en Allemagne via la mer Baltique ; il fonctionne depuis 2012. Un autre projet, Nabucco, qui devait acheminer le gaz du Caucase et d'Iran via la Turquie a été abandonné au profit d'une autre route Russie-Mer Noire baptisée South Stream ; elle permet à Gazprom de conserver la maîtrise de la fourniture de gaz en Europe.

Comme tous les grands groupes industriels de taille mondiale, le conglomérat russe est très attentif à son image, il consacre une partie de ses bénéfices à des actions de sponsoring, y compris à l'étranger, où il finance des équipes de football comme Schalke 04 en Allemagne ou l'Etoile rouge de Belgrade.

Claude Robinot

Éclairage média

Ce sujet diffusé dans l'édition de la soirée de France 3 a été réalisé par Georges Minangoy, journaliste et reporter que l'on voit apparaître à la fin de la vidéo. La durée de quatre minutes dépasse le cadre habituel. Il est plus proche dans sa structure du reportage que de l'information en images dictée par l'actualité immédiate. Le thème et le lieu de tournage sont originaux mais pas forcément éloignés des préoccupations des téléspectateurs puisqu'il s'agit d'aller voir ce qui se passe à des milliers de kilomètres, à l'autre bout du gazoduc. Le film commence par présenter des plans de Nadym, ville pionnière de Sibérie occidentale, au sud de la péninsule de Yamal. Les images sont celles de toutes les villes de l'époque soviétique avec leurs alignements d'immeubles déposés au cordeau le long de grandes routes. La ville a été construite sur l'emplacement d'un camp du goulag, le premier couple interviewé est probablement arrivé à cette époque. Comme dans toutes les villes pionnières de Sibérie, le peuplement est fluctuant. Il dépend de l'arrivée de volontaires attirés par des primes et des avantages sociaux. La découverte de gaz dans les années 70 a donné un renouveau à Nadym, le puits que l'on voit dans le reportage est un des plus anciens, ceux qui sont mis en exploitation aujourd'hui sont à une distance de plus de 500 km ou en position « offshore ».

Le deuxième couple présenté dans le film appartient à la nouvelle génération de pionniers, celle de l'ère postsoviétique. Il s'agit d'un géologue attiré par le « boom gazier » et bénéficiant d'une rémunération avantageuse. Si l'on aperçoit dans le film des comportements et des traditions qui appartiennent à l'époque soviétique (statue, salle des mariages, école), il ne faut pas se méprendre.

Gazprom s'appuie sur cette culture pour asseoir son rôle social. La société finance les équipements sportifs et culturels, sponsorise les équipes et les activités de ses employés qui apprécient ces avantages et en tirent une certaine fierté. La dernière partie du reportage est consacrée aux aspects économiques. Le directeur montre avec satisfaction les compresseurs et les tubes qui livrent le gaz, il montre l'endroit où le gaz n'appartient plus à Gazprom. Ceci a pour but de rassurer les clients qui ont signé des contrats d'approvisionnement de longue durée, à un prix négocié, alors que le conflit avec l'Ukraine s'était traduit par une fermeture provisoire du gazoduc et des quotas non respectés. On peut aussi admirer la langue de bois du porte-parole de Gazprom qui masque l'augmentation du prix facturé à l'Ukraine par l'accusation de retard d'adaptation au marché. Une langue de bois qui s'est adaptée aux normes européennes de la communication économique et politique.

Claude Robinot

Transcription

Présentateur
Aujourd’hui, un quart des réserves mondiales de gaz est entre les mains du russe Gazprom, le numéro un mondial de l’énergie. Un monopole public puissant qui n’hésite pas à couper le robinet aux Etats ennemis du Kremlin et qui inquiète l’Europe. Plongée en Sibérie, dans l’univers Gazprom, avec Hugues Huet et Georges Minangoy.
Journaliste
C’est un long, un très long voyage là haut, tout au nord, près du cercle polaire. La météo est exceptionnellement douce pour la saison, autour de moins 20 au cœur de la journée. Bienvenue à Nadym, 44000 habitants. Du temps de Staline, il n’y avait ici qu’un goulag. Ce sont d’ailleurs les prisonniers qui ont construit les premiers baraquements avant l’arrivée des ouvriers chargés d’exploiter les immenses réserves de gaz. Nicolas Mejevitch est l’un de ces pionniers. A peine marié, il s’est installé ici avec sa femme sous une tente.
Nadejda Mejevitch
Il n’y avait pas de courant, on devait faire fondre la glace pour boire, il n’y avait rien d’organisé, mais on s’est habitué. Aujourd’hui, on a tout comme dans les grandes villes.
Journaliste
Une ville qui a conservé un je ne sais quoi de l’esprit soviétique. Comme la petite visite guidée obligatoire des œuvres de bienfaisance de Gazprom.
Intervenante
C’est sur ce podium que se déroule la cérémonie officielle de mariage.
Journaliste
Ce n’est pas un mariage mais une fusion qu’entretient la ville avec Gazprom. Une personne sur deux y travaille et le rêve de ces écoliers, c’est évidemment d’y entrer un jour comme papa et maman, il suffit de leur poser la question.
Valentina Kouznezova
Gazprom nous aide beaucoup. Ils soutiennent les enfants et les envoient étudier dans les meilleurs instituts du gaz.
Journaliste
Constantin et Irina souhaitent aussi que leur fille intègre le mastodonte, car les employés de Gazprom sont des privilégiés. Des salaires nettement plus élevés - 1500 euros minimum - et tout est gratuit ou presque, la sécurité sociale, l’hôpital ou encore les vacances, bref c’est le paradis.
Constantin Borodenko
Les avantages sociaux, c’est vraiment ce qu’il faut garder. Mais il ne faut pas oublier qu’ici, on travaille dans des conditions très difficiles. Il est normal que l’on ait des compensations.
Journaliste
Les conditions de travail. Pour en juger, il faut partir de Nadym, rouler des heures durant sur une route où la circulation est étroitement contrôlée. A l’horizon, des sites de forage. Une soixantaine d’employés s’y relaient jour et nuit, quelles que soient les conditions climatiques.
Guerman Armantovitch
Aujourd’hui c’est parfait, mais quand il y a du vent et que ça descend à moins 40 ou moins 50, ça devient atroce. Cela dit, moi ça fait 20 ans que je suis là, on s’habitue.
Journaliste
Dans cette quête incessante du gaz, les ouvriers savent qu’ils vont devoir aller toujours plus au nord dans cette péninsule de Yamal. Sans doute, le gisement le plus prometteur de toute la Russie, celui qui devrait permettre d’alimenter l’Europe pendant des décennies.
Vladimir Miedko
Jusque là, c’est à nous. Après, le gaz ne nous appartient plus, il est déjà vendu et il va chez vous.
Journaliste
Et une pression sur ce bouton et le flux s’arrête. L’Ukraine et la Biélorussie ont en fait l’amère expérience, l’Europe, très dépendante, s’inquiète - à tort, estime-t-on au siège de Gazprom.
Sergueï Kouprianov
On vendait notre gaz à l’Ukraine et la Biélorussie à des tarifs très bas. L’économie de ces pays continuait à marcher sur le mode post-soviétique. La transition vers les prix du marché a été difficile, mais maintenant, c’est réglé.
Journaliste
Assis sur les plus grandes réserves du monde, Gazprom est devenue le levier de la renaissance politique de la Russie. Les fidèles de Vladimir Poutine sont aux postes de commande et l’on prête même à l’actuel Président une reconversion à la tête de ce gigantesque mastodonte.

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