Le débat autour de l'énergie éolienne

04 octobre 2007
03m 12s
Réf. 05208

Notice

Résumé :

L'éolien est classé parmi les sources d'énergie renouvelable. En France, comme dans toute l'Europe, de petites unités de production sont mises en service, elles suscitent parfois des oppositions entre partisans et détracteurs sur les lieux d'implantation. Des arguments sont échangés sur leur efficacité ou sur leur rôle dans les émissions de CO2 (dioxyde de carbone).

Date de diffusion :
04 octobre 2007
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

En 2008, l'Union Européenne adopte des directives dans le domaine énergétique sous le nom de « paquet Energie-climat ». L'objectif est de réduire de 20 % la production de gaz à effet de serre en développant les énergies renouvelables. En France, pour réaliser ce programme à l'échéance 2020, il faudrait que la part des énergies renouvelables dans la consommation atteigne 23 %, soit un doublement par rapport à la situation initiale. Le développement du parc éolien est un moyen d'y parvenir. Selon un groupement d'industriels, le SER, syndicat des énergies renouvelables, il faudrait installer 6000 éoliennes, dont 1000 en « offshore » pour développer une puissance de 25 000 MW adaptée à l'objectif. L'estimation a été faite lors du Grenelle de l'environnement en 2008. En 2012, un peu plus de 4000 éoliennes sont installées en France, les plus anciennes sur les littoraux ventés ou dans le couloir rhodanien. Plus récemment, les grands plateaux céréaliers comme la Picardie ou la Beauce, où les densités sont faibles, ont été équipés. La région Champagne-Ardenne est la première en termes d'équipements et de production alors que d'autres comme l'Aquitaine et l'Alsace en sont totalement dépourvues. Dans le domaine de l'éolien « offshore », la France est très en retard par rapport à ses voisins européens comme la Grande-Bretagne, le Danemark ou l'Allemagne. Quatre projets sont envisagés en Normandie (Fécamp, Courseulles) et en Bretagne (Saint-Brieuc et Saint-Nazaire).

Le coût d'investissement d'un parc éolien est en partie financé par une politique tarifaire négociée. Pendant dix ans, le prix d'achat de l'électricité est garanti par EDF ce qui facilite l'amortissement.

Malgré des progrès ces dix dernières années, la part de l'éolien reste marginale dans la consommation globale : 14,3 TWh en 2012, soit 3 % du total. En d'autres termes, l'électricité d'origine éolienne couvre les besoins d'une population d'environ 6 millions de personnes. L'éolien est un appoint important dans les périodes où la demande est forte. Les mois d'hiver, le parc est mobilisé pour répondre aux pics de consommation et pallier les variations saisonnières de l'électricité hydraulique. Le potentiel éolien est loin d'être utilisé, le facteur de charge (rapport entre la puissance potentielle et la production effective) est médiocre, il dépasse à peine les 20 % en moyenne. Pour des raisons économiques et des choix politiques, la puissance annuelle raccordée au réseau est en dessous du programme fixé pour 2020. L'installation du parc éolien rencontre des difficultés et des oppositions. Les énergies renouvelables bénéficient d'un préjugé favorable de l'opinion publique, 73 % des français sont acquis à l'éolien, y compris près de chez eux. Mais, par une réaction décrite par les sociologues sous le nom de « Nimby » (Not in my backyard) les projets rencontrent souvent l'opposition de riverains qui posent des recours contre l'installation de parcs éoliens. La fédération « Vent de colère » regroupe quelques centaines d'associations locales qui contestent les projets lors de l'étude d'impact et pendant la rédaction du cahier des charges. Leurs arguments reposent en général sur le manque de rentabilité et les coûts d'investissement et sur les nuisances sonores, esthétiques ou perturbatrices de la vie animale. Certaines de ces actions aboutissent à l'abandon d'installation, mais le plus souvent elles se traduisent par des retards dans l'installation et des oppositions entre les acteurs locaux aux intérêts divergents.

Claude Robinot

Éclairage média

Ce sujet du journal télévisé de France 2 s'inscrit dans l'actualité du « Grenelle de l'environnement » vaste concertation organisée par le gouvernement avec tous les acteurs de l'environnement, quatre mois après l'élection de Nicolas Sarkozy. La réunion répondait à une promesse faite pendant la campagne électorale. La réflexion avait pour but de nourrir de futurs projets législatifs. Dans le volet « énergie », le débat a tourné autour de la taxe carbone et des énergies renouvelables. David Pujadas s'en fait l'écho dans la présentation du reportage. Comme souvent, le journal télévisé aborde une question nationale à travers un exemple local. L'énergie éolienne est présentée à partir de la contestation d'un projet de parc dans l'Oise, une région bien équipée puisque la Picardie est au deuxième rang national. Le journaliste présente successivement tous les acteurs locaux concernés. La communauté de commune et les exploitants agricoles ont été contactés par la société en charge du parc éolien industriel. Les subventions et les promesses de revenus ultérieurs semblent les avoir convaincus comme le dit un agriculteur. Le président de l'association hostile à l'implantation réunit probablement des résidents proches de l'installation, pourtant il insiste moins sur les nuisances que sur l'illusion de la réduction des émissions de gaz carbonique. Une contestation l'oppose, chiffre à l'appui, sur le taux de CO2, avec un représentant du syndicat de l'énergie renouvelable. L'industriel avance 5 et 10 % calculés sur un potentiel, l'opposant se base probablement sur un taux effectif. Le spécialiste, lui, replace la réduction dans un ensemble global. On a là un bel exemple d'une lutte de communication dont chaque partie, chaque acteur, masque les enjeux réels.

Claude Robinot

Transcription

Présentateur
Retour en France, comme chaque soir, nous évoquons maintenant le Grenelle de l’Environnement. Aujourd’hui, le débat sur les éoliennes, car il y a débat. Longtemps, ces grandes hélices exploitant l’énergie du vent ont été considérées comme un investissement sûr, il est d’ailleurs en plein développement, mais l’éolien est-il aussi écologique qu’on le croit ? Enquête Sophie Maisel, Wassilla Kamli.
Journaliste
Leurs majestueuses silhouettes se dressent depuis quelques mois dans la Somme. Ces cinq éoliennes flambant neuf qui seront mis en service en octobre font déjà des heureux. En premier lieu, ce village, à peine 600 habitants. Il devrait percevoir au moins 20 000 euros de taxes professionnelles. Ensuite, les agriculteurs qui ont mis à leur disposition leur terrain. Pas enthousiastes au départ, ils ont finalement trouvé leur intérêt.
Bernard Tempez
Compte tenu qu’ils nous appelaient en disant : Ben écoutez, c’est une rentrée d’argent, vos chemins seront mieux entretenus, enfin, ils avaient des arguments convaincants.
Journaliste
5000 Euros par an et par éolienne. Enfin, pour ne pas faire de mécontent, la compagnie exploitant les éoliennes a distribué des petits cadeaux au village tout proche. 30000 Euros pour restaurer un vieux moulin, 10000 Euros pour l’éclairage d’une église. Financièrement, les éoliennes sont donc une bonne affaire, elles profitent aussi d’une image de pureté. La France en a fait un cheval de bataille, 20 milliards d’Euros seront investis d’ici 2020 pour que l’éolien fournisse 10 % de notre électricité. De nombreuses associations anti-éoliennes s’opposent à tout nouveau projet. Marc Lefranc se bat contre l’implantation de 10 éoliennes dans sa commune.
Marc Lefranc
Donc, nous voici sur le site du projet éolien industriel de Grandfresnoy. La première éolienne donc serait implantée exactement ici, ce parc éolien serait à peu près à 700, 800 mètres des premières habitations qui sont là, derrière vous.
Journaliste
Pour lui, tout cela n’est pas si écologique.
Marc Lefranc
Le projet éolien industriel français à l’horizon de 2010, donc 13500 mégawatts, ne permettrait de diminuer les gaz à effet de serre de la France que de 0,3 %, ce qui est vraiment très, très, très faible.
Journaliste
Faux, rétorque le représentant des industriels de la filière éolienne.
André Antolini
Nous avons un potentiel d’économie de 10 % de CO2 à l’horizon 2020, c’est absolument indiscutable, c’est scientifique, ce sont des vrais chiffres, et un potentiel de 5 % à l’horizon 2010 à peu près, ce qui est quand même à très court terme, donc ça vaut la peine.
Journaliste
5 à 10 % d’économie de CO2 pour les pro-éoliens, 0,3 % seulement pour les anti-éoliens, qui dit vrai ? C’est la question que nous sommes allés poser à Jean-Marc Jancovici, ingénieur-conseil, spécialiste de l’environnement.
Jean-Marc Jancovici
Faire ou ne pas faire des éoliennes, c’est un peu comme donner des sucrettes ou ne pas donner des sucrettes à quelqu’un qui mange 25 hamburgers par jour. On peut le faire ou ne pas le faire, ça ne change pas grand-chose au problème.
Journaliste
Car quand il n’y a pas assez de vent, les éoliennes s’arrêtent de tourner. Elles ne fonctionnent en moyenne en France que 20 % du temps. Pour compenser cette intermittence, il faut les relier à une autre source d’énergie, des centrales thermiques, qui, elles, dégagent du CO2.
Jean Jouzel
Si on applique l’éolien tout de suite comme ça sans mesure, disons, adaptée, évidemment, l’éolien a ce problème d’intermittence, mais il faut essayer de le résoudre et non pas dire que c’est un problème qu’on ne peut pas résoudre.
Journaliste
Pour croire en l’éolien, il faut donc faire ce pari sur l’avenir, penser que la recherche va permettre d’améliorer les performances de ces grandes machines.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque