La déforestation en Indonésie et l'effet de serre

02 décembre 2007
02m 31s
Réf. 05211

Notice

Résumé :

La conférence internationale sur le changement climatique s'est déroulée à Bali en décembre 2007. C'est l'occasion d'évoquer le principal danger environnemental qui menace l'archipel : la déforestation - accélérée pour des raisons spéculatives liées à la demande mondiale d'huile de palme - libère dans l'atmosphère de grandes quantités de dioxyde de carbone.

Date de diffusion :
02 décembre 2007
Source :
A2 (Collection: 20 heures )
Lieux :

Contexte historique

La conférence de Bali sur le changement climatique organisée en décembre 2007 par les Nations-Unies intervient 10 ans après la conférence de Kyoto. Les 189 pays présents sont d'accord sur la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) responsables du réchauffement climatique. Mais ils se divisent sur les causes principales et les moyens à mettre en œuvre.

Les conférences suivantes, Copenhague 2009 et Durban 2011, échouent à trouver un accord contraignant. Le principe pollueur-payeur reconnu par tous est sans cesse contourné ou atténué au nom des intérêts économiques des Etats. Les pays riches ne veulent pas être pénalisés par une taxation carbone trop élevée, les pays émergents ne veulent pas être entravés dans leur course au développement.

L'Indonésie qui appartient au deuxième groupe, est montrée du doigt parce qu'elle est le 3e émetteur mondial de CO2. Dans cet archipel peuplé de 245 millions d'habitants, les 2/3 des émissions de GES ont pour origine la déforestation. Une pratique responsable de 17 % des émissions mondiales, plus que le secteur des transports d'après une étude des experts onusiens du GIEC (groupe sur l'évolution du climat). La forêt équatoriale indonésienne couvre 71 millions d'hectares, les plus grandes étendues se trouvent à Bornéo, Sulawesi et Sumatra. En Indonésie, une grande partie de la forêt se développe sur un sol de tourbières épais de 2 à 4 mètres ce qui augmente la capacité de stockage de carbone par le couvert forestier. On calcule qu'un hectare peut capturer 35 tonnes de carbone. La déforestation s'est accélérée dans les années 1990. Sur l'île de Bornéo, hors des zones protégées, la superficie de la forêt primaire est passée de 59 à 22 % de la superficie totale comme l'attestent les relevés d'images satellitaires. Le gouvernement indonésien est accusé de laxisme dans l'attribution des concessions aux sociétés locales et étrangères qui défrichent pour produire de la pâte à papier ou de l'huile de palme. Cette dernière activité est très lucrative. La production concentrée en Indonésie et en Malaisie a été multipliée par 8 en trente ans. L'huile de palme est devenue indispensable à l'industrie alimentaire par ses qualités et son faible coût. Le recours au défrichement par brûlis, une pratique traditionnelle des paysans indonésiens, lorsqu'il est pratiqué à grande échelle, est catastrophique au niveau humain et écologique. Les incendies produisent d'épais nuages polluants qui s'étendent jusqu'à Singapour et provoquent des problèmes de santé publique. Des ONG se sont aussi émues de la disparition de l'habitat naturel de l'Orang-Outan à Bornéo et du tigre à Sumatra, mais c'est le réchauffement climatique qui pousse les Etats à agir. En 2010, le gouvernement indonésien a adopté un moratoire pour interdire pendant deux ans le nettoyage par le feu sur 65 millions d'ha. En échange, le gouvernent Norvégien a promis une aide d'un million de $. Les résultats sont mitigés, la production de GES n'a pas diminué, en revanche des progrès ont été observés dans la protection des zones à forte teneur en carbone, particulièrement les tourbières. La principale société d'huile de palme (Golden Agri) s'est engagée à protéger les zones sensibles. L'objectif de réduction d'un quart des GES sur dix ans semble difficile à tenir.

Claude Robinot

Éclairage média

Un reportage du 20 heures de France 2 est montré à l'occasion du sommet de Bali sur le climat. Depuis Kyoto, la télévision a pris l'habitude d'aborder les questions du réchauffement climatique et de la production de gaz à effet de serre. Le pays hôte de la conférence est au cœur des questions débattues notamment à travers la déforestation. C'est donc ce sujet que traite le reportage qui ne s'attarde pas trop sur les aspects diplomatiques de la rencontre. Les quelques plans montrant de jeunes écolières balinaises procédant à une opération de reboisement, mise en scène pour les télévisions étrangères, ne servent que d'introduction et entrent en violent contraste avec d'autres images d'archives montrant la violence des incendies, principale méthode de déboisement dans l'archipel. Celle-ci pratiquée de manière traditionnelle par les paysans indonésiens pour les cultures vivrières a pris une autre dimension avec les grandes plantations.

En 1997, les incendies ont échappé à tout contrôle pendant de longues semaines avec d'énormes rejets polluants et des nuages de cendres qui ont circulé dans toute la région. Le problème a pris une dimension internationale. Les vues aériennes des plantations avec leur canaux de drainage - car les forêts reposaient sur des tourbières humides - sont particulièrement éloquentes. Associées à deux infographies, elles forment une explication claire et pertinente du processus de rejet carbonique. Greenpeace, que l'on voit agir sur le terrain, a mené une campagne efficace contre les producteurs d'huile de palme en surveillant les espaces forestiers protégés. Le CIRAD, centre de recherche agronomique, apporte sa compétence sur le terrain, son action aboutit à un développement contrôlé et durable des exploitations oléicoles plutôt qu'à leur éradication. Le commentaire fait aussi allusion à l'aide que les pays développés peuvent fournir à l'Indonésie pour lutter contre la déforestation. Promise lors de la conférence de Bali, cette manne financière arrivera trois ans plus tard.

Claude Robinot

Transcription

Présentateur
Parlons environnement maintenant avec cette décision symbolique à la veille de l’ouverture de la Conférence sur le Climat à Bali. L’Indonésie a ainsi lancé une vaste campagne, objectif planter 10 millions d’arbres. Et il faut savoir que le pays est fortement touché par la déforestation, et cette question sera justement l’un des enjeux de ce sommet. Voyons pourquoi avec Agnès Monteux et Bruno Girodon.
(Bruit)
Journaliste
Plus de 60000 feux l’année dernière, rien qu’en Indonésie. Et derrière cette jungle millénaire qui part en fumée, c’est aussi un immense réservoir de carbone qui se vide dans l’atmosphère.
(Bruit)
Journaliste
Voilà comment l’Indonésie est aujourd’hui devenu le troisième plus gros émetteur de gaz à effet de serre derrière les Etats-Unis et la Chine.
(Bruit)
Journaliste
Uniquement à cause de sa déforestation la plus rapide au monde.
(Bruit)
Journaliste
Ici, les forêts sont des tourbières marécageuses à très forte concentration de CO2. Des militants écologistes s’y sont installés pour sauver ce qu’il en reste. Leur but, perturber l’écoulement de ces canaux construits par les exploitants en pleine forêt pour évacuer l’humidité.
(Bruit)
Grégoire Lejonc
Les exploitants vont avant tout commencer par drainer ces forêts, c’est-à-dire sortir l’eau des forêts pour assécher, et ensuite, une fois que le niveau d’eau a diminué, on va défricher et mettre le feu sur ces forêts pour planter des palmiers à huile par la suite.
Journaliste
Des milliards de palmiers à perte de vue dont les fruits serviront pour une huile bon marché ou des biocarburants. Des plantations qui n’absorbent pas autant de carbone que les forêts. Ce problème de déforestation se retrouve partout dans le monde : Indonésie, Brésil, pour y cultiver du soja ou République Démocratique du Congo. Ces vieilles forêts ont accumulé dans leurs arbres et leurs sols une fois et demi plus de carbone que dans l’atmosphère. Leur disparition émet aujourd’hui un cinquième des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, plus que les transports. Alors, tous les pays riches sont aujourd’hui d’accord, il faut payer les pays forestiers pour ne plus déboiser.
(Bruit)
Alain Karsenty
La Banque Mondiale estime qu’il faudrait mettre jusqu’à 100 milliards de dollars pour arrêter la déforestation. Je ne pense pas qu’on pourra arrêter la déforestation, je pense qu’on pourra réduire le niveau de déforestation. Cela coûtera quelques milliards de dollars par an.
Journaliste
A qui donner cet argent ? Les Etats, les agriculteurs, les exploitants, et comment surveiller ? Autant de discussions difficiles qui se dérouleront à la Conférence de Bali pour sauver les derniers poumons de la planète.

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