Des terres menacées par les eaux au Bangladesh

03 décembre 2007
04m 16s
Réf. 05212

Notice

Résumé :

Au Bangladesh, les terres sont constamment menacées par les crues des fleuves gonflés par la fonte des glaciers et les moussons. A ce danger s'ajoute celui de cyclones dévastateurs dans le delta du golfe du Bengale. La pauvreté qui touche la majeure partie des 152 millions d'habitants et le réchauffement climatique aggravent encore ces risques naturels.

Date de diffusion :
03 décembre 2007
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Contexte historique

Le Bangladesh, très régulièrement touché par des inondations et des cyclones, est un pays particulièrement sensible aux risques naturels. La vulnérabilité aux catastrophes est renforcée par deux facteurs : la population en majorité rurale vit en dessous du seuil de pauvreté et dispose de peu de moyens pour limiter les risques. Les catastrophes ont tendance à prendre de l'ampleur avec les effets combinés du réchauffement climatique et des fortes densités de population.

Le Bangladesh situé au pied de l'Himalaya forme une vaste plaine traversée par le Gange et le Brahmapoutre. Les deux fleuves et leurs affluents fusionnent dans un vaste delta qui se termine dans le golfe du Bengale. Les terres alluviales qui dépassent rarement 12 m d'altitude sont souvent inondées à la fonte des neiges et pendant la mousson.

La région côtière du golfe du Bengale est soumise aux risques des cyclones saisonniers dont les plus violents se produisent à l'automne, au moment où la mousson humide se retire. Les vents violents détruisent les habitations et les infrastructures, les tempêtes bloquent l'écoulement des fleuves et provoquent la submersion des basses terres par des eaux salées. Dans le nord du pays, c'est un autre phénomène qui est à l'œuvre. Les flots puissants des fleuves et rivières érodent les berges, transportent du sable et des alluvions qui forment des îles nomades, les « chars », dans le lit des fleuves. Certaines sont assez vastes et consolidées pour résister plusieurs dizaines d'années, mais d'autres disparaissent ou réapparaissent d'une année sur l'autre. Comme les sols sont très fertiles, ces espaces sont convoités par les villageois malgré les dangers.

En 2007, le typhon Sidr, avec des vents de 240 km/h a emporté les maisons rurales, des vagues de 5 mètres se sont abattues sur les villes côtières. Le bilan humain et économique est à la mesure de ce cyclone classé dans la catégorie 4 : entre 5 et 10 000 morts et disparus, 31 000 hectares inondés. La montée des eaux a provoqué 1,5 million de réfugiés. Les cyclones ne sont pas tous aussi dévastateurs mais leur fréquence s'accélère avec le réchauffement climatique. En 2012, le cyclone Nargis a tué 50 000 personnes. La submersion des terres a d'autres conséquences : les rivières changent de cours, des terres salinisées deviennent impropres à la culture. Des espaces naturels fragiles comme la mangrove sont bouleversés.

Face à ces risques, le gouvernement bangladais et quelques ONG tentent de mettre en place des mesures de prévention pour diminuer la vulnérabilité.

Parmi les mesures les plus simples, les paysans sont invités dans chaque village à mettre en place une zone refuge surélevée de quelques hectares capable d'accueillir plusieurs dizaines de familles. Des réserves d'eau et d'aliments sont constituées. Les maisons sont démontables et peuvent être chargées sur des embarcations. L'ONG Oxfam a même financé un réseau de radios pour diffuser l'alerte et formé des équipes de prévention qui agissent selon un plan de sauvetage.

Friendship est une ONG qui travaille dans les régions pauvres du nord. Son action consiste à associer l'aide d'urgence à des programmes de longue durée basés sur l'éducation. L'érosion est combattue par la plantation d'arbres et de digues. Des cultures alternatives en hauteur et des puits à tubes fournissent une alimentation de secours en cas d'urgence. Un navire hôpital a même été financé et dessert 250 km le long du Brahmapoutre. Selon les experts des organisations internationales, la situation pourrait se dégrader avec les changements climatiques. En 2012, 25 % de la population du Bangladesh est soumise au risque d'inondation, ce taux pourrait monter à 40% au milieu du XXIe siècle, alors que 25 % des terres seraient définitivement submergées si le niveau des eaux montait d'un mètre.

Claude Robinot

Éclairage média

Ce reportage du journal télévisé de France 3 s'appuie sur une actualité récente : le cyclone Sidr qui a touché le sud du Bangladesh en novembre 2007 est encore dans toutes les mémoires. La journaliste Audrey Pulvar en rappelle de bilan dans le lancement du sujet qui, en 4 minutes, va aborder un autre aspect des risques naturels au nord du pays : les crues dévastatrices du Brahmapoutre. Les images sont fournies ou ont été tournées avec l'aide de l'ONG Friendship, active dans cette région. Yves Marre qui en est le fondateur et que l'on voit intervenir dans plusieurs plans du reportage est un navigateur français, ami de Nicolas Hulot, il a organisé une activité de tourisme fluvial au Bangladesh. Avec son épouse Runa Khan, aussi présente dans le film, ils ont créé cette association pour venir en aide aux populations pauvres du nord. Avec un grand sens de la communication, ils savent s'adresser aux opinions publiques du nord pour leur montrer les effets du réchauffement climatique dans un pays du sud pauvre.

Les images de l'érosion active des îles sont particulièrement spectaculaires, le processus de destruction et de formation des îles est très clairement expliqué. Les paysans paraissent démunis face aux éléments, ce n'est que partiellement exact. Les ONG ont déjà apporté une partie de leur aide et de leur savoir-faire. Le paysan qui a démonté sa maison pour la transporter dans un bateau répond à des normes d'évacuation qui ont été établies auparavant. Poutres et planches légères, toits en tôle ondulée remplacent les maisons de torchis et de paille intransportables. Le travail d'éducation expliqué par Runa Khan insiste sur les aspects de contrôle des naissances et d'éducation féminine pour lesquels l'opinion occidentale est sensibilisée. L'action de ces ONG consiste à maintenir en alerte les donateurs, le thème du réchauffement climatique est très mobilisateur.

Claude Robinot

Transcription

Présentatrice
Il y a trois semaines, le Bangladesh était touché par le cyclone Sidr qui a fait entre 4 et 10000 morts. Depuis, le pays a disparu des titres de l’actualité. L’une de nos équipes est retournée sur place et nous vous proposons une série de reportages sur ce pays souvent frappé par des inondations dues notamment à la fonte des glaciers de l’Himalaya, provoquée par le réchauffement climatique. Conséquence à l’extrême nord du Bangladesh, les eaux du fleuve Brahmapoutre sont devenues si puissantes, qu’elles font apparaître ou disparaître au gré de leur crue les nombreuses îles qui les jalonnent. Marc Dana, Christian Walter.
Journaliste
Un horizon semblable à celui d’un océan. Pourtant, nous sommes sur un fleuve, le Brahmapoutre, au nord du Bangladesh, il peut atteindre 20 km de large. Entre ces rives, une multitude de petites îles habitées comme celle-ci. En les approchant, il nous faudra moins de 5 minutes pour voir à quel point elles sont menacées.
(Bruit)
Journaliste
Gonflé par la fonte des glaciers de l’Himalaya, il ne faut parfois que quelques mois pour que le puissant courant du fleuve fasse disparaître des dizaines d’îles avant qu’elles ne se reforment un peu plus loin.
(Bruit)
Journaliste
Malika vit avec sa famille sur ce qu’on appelle ici les îles nomades.
Malika
Bien sûr que j’ai peur. Quand je vois toutes ces terres s’effondrer, ma maison n’est qu’à quelques mètres, que puis-je faire d’autre que d’avoir peur. Regarde, mon petit, ce que l’eau va faire de nous.
(Bruit)
Journaliste
Nous nous rendons sur une île voisine. Nous croisons Babou. Installé ici depuis quatre mois seulement, il s’apprête à déménager une nouvelle fois.
(Bruit)
Journaliste
De la paille, de la tôle, des planches, de quoi reconstruire sa future maison sur une autre terre tout aussi vulnérable.
Babou
Si je pars, c’est parce que cette terre est trop instable. L’eau nous fait peur, et aussi, on a de moins en moins de terres à cultiver pour survivre.
Journaliste
Dans cette région, la plus isolée et la plus pauvre du pays, Yves Marre a créé une association pour aider les habitants à subvenir à leurs besoins. Il y creuse des puits, fournit des graines mais les cultures sont, elles aussi, menacées. Face aux conséquences du réchauffement de la planète, le Français se sent impuissant.
Yves Marre
Les phénomènes climatiques sont de plus en plus violents. Les inondations sont de plus en plus hautes, de plus en plus longues. Cette année, on a eu une double inondation. Les îles s’en vont, les récoltes s’en vont, les maisons s’en vont. On reconstruit en permanence et on resème en permanence. Donc, ce sont des populations qui sont de plus en plus vulnérables.
Journaliste
Quitter ces îles mouvantes, la tentation est grande pour ceux qui en auraient les moyens, au risque de gonfler les bidonvilles de la capitale. L’association de Runa Khan souhaite limiter cette migration. Elle leur apporte leurs premiers soins médicaux, leurs premières écoles.
(Bruit)
Journaliste
Ici, chaque famille a en moyenne huit enfants.
(Bruit)
Journaliste
Trop de bouches à nourrir. Alors, Runa initie les femmes des villages à la contraception, car ici, déjà 4 millions de personnes vivent au gré des crues du fleuve.
(Bruit)
Runa Khan
A chaque fois qu’ils se déplacent, ils sont plus pauvres. Il y en a qui ont dû migrer 28 ou 30 fois dans leur vie. Vous, les pays industrialisés, vous oubliez que peut-être, dans un an, cet enfant ne sera plus là parce qu’il sera tombé à l’eau. Que cette maison ne sera peut-être plus ici parce qu’elle aura été emportée par les eaux. Ils sont en train d’être vos victimes.
(Bruit)
Journaliste
Dans les prochaines années, un dixième du Bangladesh pourrait disparaître sous les eaux. 50 millions de personnes seraient alors déplacées. Une catastrophe annoncée qui touche un des pays les moins pollueurs de la planète mais aussi un des plus pauvres.

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