L'expansion économique de l'Angola

22 mai 2008
03m
Réf. 05213

Notice

Résumé :

L'Angola connaît une forte croissance économique grâce à ses ressources pétrolières. Le directeur d'une entreprise française installée à Luanda en témoigne. Total exploite du pétrole offshore. La production pétrolière et les grands chantiers à Luanda n'effacent cependant pas les inégalités sociales : de nombreux Angolais vivent dans des bidonvilles comme celui de Prenda.

Date de diffusion :
22 mai 2008
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

L'Angola connaît une très forte croissance qui en fait actuellement une des économies africaines les plus dynamiques. Ce pays d'Afrique australe a pourtant subi quatre décennies de guerre. Ancienne colonie portugaise, l'Angola a acquis son indépendance en 1975 à l'issue d'un conflit débuté en 1961. Puis elle a été ravagée par une guerre civile qui a opposé le gouvernement marxiste du MPLA (Mouvement populaire de libération de l'Angola) et l'UNITA (Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola) de 1975 à 2002.

Depuis le cessez-le-feu qui a mis fin à cette guerre en avril 2002, la croissance économique de l'Angola est exceptionnelle : elle dépasse les 10 % chaque année. Cette croissance s'appuie principalement sur les immenses ressources pétrolières du pays. L'Angola est en effet devenu le deuxième producteur de pétrole en Afrique derrière le Nigéria. Sa production est ainsi passée de 740 000 barils par jour en 2001 à 1,8 million en 2012. La plupart des observateurs estiment qu'elle dépassera celle du Nigéria dès 2014. Le pétrole représente par conséquent 60 % du produit intérieur brut (PIB) et 90 % des recettes d'exportations du pays. Même si c'est bien le pétrole qui tire la croissance économique de l'Angola, ses ressources naturelles ne s'y réduisent pas. Le pays dispose également de diamants, de fer, de cuivre, de manganèse, d'uranium et de phosphates.

Profitant de ses richesses naturelles, l'Angola est devenu un immense chantier. De nombreux gratte-ciels ont par exemple été édifiés à Luanda, la capitale qui rassemble à elle seule près d'un tiers des 20,8 millions d'habitants du pays. En outre, la croissance économique a attiré des dizaines de milliers de migrants chinois. Ils seraient quelque 103 000 à s'être établis en Angola. Ce sont eux qui construisent les gratte-ciels de Luanda et les infrastructures édifiées partout dans le pays. L'Angola est par ailleurs devenu l'un des principaux fournisseur de pétrole de la Chine.

L'ex-colonie portugaise accueille en outre un nombre croissant de migrants en provenance de son ancienne métropole. Plus de 100 000 Portugais, dont une majorité de jeunes diplômés, travailleraient en 2013 en Angola contre seulement 21 000 en 2010. Ils espèrent profiter de la fulgurante croissance de l'ancienne colonie alors que le Portugal est frappé par une sévère crise économique depuis 2008.

La croissance économique de l'Angola ne doit cependant pas masquer ses inégalités sociales criantes. La majorité des Angolais ne tirent ainsi aucun bénéfice de la manne pétrolière : 70 % de la population dispose de moins de 2 dollars par jour pour vivre selon une étude publiée en 2012 par l'assureur-crédit Euler-Hermès. En outre, le chômage demeure très important : il frapperait entre 25 % et 30 % de la population. Les inégalités entre les espaces urbains et ruraux comme entre le littoral et l'intérieur du pays sont également très importantes. Elles le sont aussi au sein même de Luanda, deuxième ville la plus chère au monde après Tokyo. Des quartiers riches y coexistent avec des bidonvilles comme celui de Prenda.

L'Angola est par conséquent encore très loin de réduire l'extrême pauvreté. Le pays ne possède ainsi que le 148ème Indice de développement humain selon le classement établi en 2012 par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Dirigé par José Eduardo dos Santos depuis 1979, l'Angola n'investit notamment pas assez dans les domaines de la santé et de l'éducation. Les dépenses de santé ne représentent que 2,4 % de son PIB. De la sorte, l'espérance de vie à la naissance demeure faible : elle est estimée à 51,5 ans par le PNUD. De la même manière, l'Angola ne consacre que 3,4 % de son PIB à l'éducation.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet a été réalisé en Angola en mai 2008 par deux envoyés spéciaux de France 2, le grand reporter Dominique Derda, correspondant permanent de la chaîne française à Dakar, au Sénégal, depuis 1995, et le journaliste reporter d'images Frédéric Ranc. Ils travaillaient alors tous les deux pour le bureau africain de France 2 à Dakar. Chargés de couvrir l'actualité des pays d'Afrique, ils parcouraient régulièrement le continent pour traiter de différents sujets.

Ils ont réalisé ce reportage en Angola en raison de la visite officielle effectuée par Nicolas Sarkozy à Luanda le 23 mai 2008. Les déplacements à l'étranger des présidents de la République sont fréquemment l'occasion pour les rédactions des chaînes de télévision françaises de proposer des sujets consacrés au pays visité. Il s'agit alors de faire mieux connaître les caractéristiques de celui-ci. C'est d'autant plus le cas ici que l'Angola, ancienne colonie portugaise, fait très rarement l'objet de reportages dans les journaux télévisés français. La grande majorité des sujets réalisés dans des pays africains concernent plutôt d'anciennes possessions françaises.

Diffusé au cours du journal télévisé de 20 heures de France 2 à la veille de la visite officielle du chef de l'État français, il ne porte donc pas sur celle-ci. Il présente en effet un tableau de la situation économique de l'Angola, décrite comme « le symbole même de l'Afrique qui gagne » par le présentateur du journal télévisé David Pujadas. Constitué d'images factuelles alternant avec des interviews filmées à Luanda, la capitale, et au large des côtes angolaises sur le navire flottant FPSO Girassol, il insiste surtout sur les immenses richesses pétrolières du pays. Deux des trois séquences qui le composent sont ainsi consacrées à l'exploitation pétrolière et à la manne qu'elle procure. La première donne à voir la fabrication de matériel pour l'industrie du pétrole. La deuxième, tournée à l'aide d'une caméra embarquée à bord d'un hélicoptère puis au sein même d'un navire, montre quant à elle directement l'exploitation des immenses gisements pétroliers offshore.

Seule la troisième séquence du reportage n'est pas centrée sur « l'or noir ». Dans cette partie du sujet, les journalistes de France 2 élargissent leur panorama de l'Angola. Ils s'intéressent notamment aux nombreux chantiers de construction sur lesquels travaillent des ouvriers chinois. Plus encore, cette troisième séquence nuance les effets de la croissance économique de l'Angola. Filmée essentiellement dans le bidonville de Prenda, elle met en lumière les grandes inégalités angolaises. Les plans des toits en tôle et des habitations édifiées avec des matériaux de récupération contrastent ainsi avec ceux des gratte-ciels en construction.

Il convient enfin de relever le traitement franco-français privilégié par ce reportage. Les deux premières séquences sont en effet centrées sur des Français et des entreprises hexagonales établies en Angola : Ponticelli, société de fabrication de matériels pour l'industrie pétrolière, et Total, multinationale pétrolière. La croissance économique angolaise n'est donc appréhendée que par le biais de témoignages de cadres français expatriés. L'équipe de France 2 n'abandonne ce prisme franco-français que dans la dernière séquence du reportage. C'est d'ailleurs la seule qui donne à entendre un Angolais à propos de la situation économique et sociale de son pays.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
A propos d’énergie et de pétrole, Nicolas Sarkozy effectue demain une visite en Angola. 16 millions d’habitants, un pays grand comme deux fois et demi la France. Après des années de guerre civile, c’est le symbole même de l’Afrique qui gagne, avec un taux de croissance complètement fou, de plus de 30 %. Et il faut dire qu’elle est presque entièrement alimentée, cette croissance, par le pétrole. L’Angola possède d’immenses gisements. Envoyés spéciaux, Dominique Derda, Frédéric Ranc.
Journaliste
Pour se rendre à son bureau sur le port, Olivier Laurendeau part de chez lui aux premières lueurs du jour.
Olivier Laurendeau
Passé 7 heures du matin, ça devient impossible de… les temps de trajet sont multipliés par trois ou quatre.
(Bruit)
Journaliste
A Luanda, la capitale de l’Angola, du matin au soir, c’est le grand embouteillage. La preuve par le chaos que l’économie du pays se porte mieux que jamais. 35 % de croissance l’an dernier.
(Bruit)
Journaliste
Olivier Laurendeau est le représentant d’une PME française, Ponticelli, dont la spécialité est la fabrication et l’entretien de tuyaux, de vannes, de soupapes pour l’industrie pétrolière. L’Angola, pour sa société comme pour les autres, est un pays de cocagne.
Olivier Laurendeau
Comme tout le monde a trop de travail, forcement, il y a de la place pour les autres quoi. Et c’est le cas aujourd’hui.
(Bruit)
Journaliste
La fortune de l’Angola, c’est à 150 kilomètres des côtes et par 1500 mètres de fond qu’il faut aller la puiser. Un exploit technologique pour les ingénieurs de chez Total, qui ont fait de ce pays le quatrième pays producteur africain derrière l’Algérie, la Libye, presque à égalité avec le Nigeria. Sous cette gigantesque barge grande comme trois terrains de football, 45 kilomètres de tuyaux reliés à 23 puits arrimés au fond de la mer. Dans les cuves, jusqu’à 2 millions de barils de brut. Tous les deux jours, un supertanker vient faire le plein et repart en direction de l’Europe, de l’Amérique ou de l’Asie. Les réserves paraissent inépuisables.
Guy Boubis
On a déjà estimé ces réserves comme très importantes. Mais je pense qu’on est vraiment qu’au début de cette phase d’estimation. Et je pense que l’avenir le dira mais je crois qu’il y a encore de très, très nombreuses belles années qui nous attendent ici en Angola.
Journaliste
Après 27 ans de guerre civile et six années seulement d’une paix retrouvée, l’Angola a bien besoin des milliards de Dollars que lui procure son pétrole. A Luanda, partout, des grues et des chantiers, ce sont les chinois qui raflent la plupart des marchés et se font payer en liquide cet or noir dont nul désormais ne peut se passer. Mais dans les quartiers pauvres, comme celui de Prenda, on attend toujours de voir les effets bénéfiques du pétrole. Le taux de chômage dans ce pays est de 60 % et l’espérance de vie dépasse à peine les 40 ans.
Antonio (de) Conceiçao
On voudrait nous faire croire que tous les angolais aujourd’hui sont riches puisque notre pays est riche. Mais pour l’un d’entre nous qui a les moyens et qui roule en voiture, combien marchent encore à pied ?
Journaliste
Grâce à l’argent du pétrole, l’Angola pourrait bien vite devenir l’un des pays les plus développés d’Afrique, à moins qu’il ne suive l’exemple de ses voisins, le Gabon, le Congo Brazzaville, ces républiques pétrolières dont les richesses profitent surtout à l’insatiable caste au pouvoir.

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