Nourrir la planète

16 octobre 2008
03m 30s
Réf. 05216

Notice

Résumé :

Un rapport soumis à la FAO en 2008 prévoit qu'en 2050 il faudra nourrir 9 milliards d'individus, ce qui suppose que l'agriculture actuelle, pour relever le défi, devra augmenter la production en cultivant plus de terres, en améliorant les techniques productives et en préservant les ressources naturelles.

Date de diffusion :
16 octobre 2008
Source :

Contexte historique

En avril 2008, après deux ans de travaux, des experts de 60 pays ont publié pour le compte de la FAO (Fond alimentaire mondial à Rome) et pour la banque mondiale, un rapport inquiet sur les moyens de nourrir la planète en 2050. Ils écrivaient : « L'augmentation de la population au cours des cinquante prochaines années va entraîner un accroissement de la demande de nourriture [...], notamment des pays émergents, ainsi qu'un changement des habitudes alimentaires. » Cette étude a été faite dans un contexte de hausse des prix agricoles où les céréales avaient augmenté de 126 % en deux ans. Les projections se basent sur une population mondiale de 9 milliards en 2050, il faudra alors prévoir un doublement de la consommation de viande et une augmentation de 75 % des céréales. Ce défi peut-il être relevé avec le modèle de production agricole actuel ? Les agrosystèmes qui sont à l'œuvre aujourd'hui datent pour l'essentiel des années 1960. Les pays développés du nord ont utilisé une méthode productiviste basée sur des semences sélectionnées stimulées par les engrais et la mécanisation. L'industrie agroalimentaire assure la transformation des produits. Dans les pays du sud, c'est la révolution verte qui a joué un rôle similaire en assurant la sécurité alimentaire et l'autosuffisance.

Aujourd'hui, l'agriculture assure 2900 cal/jour pour 7 milliards d'individus vivant sur terre. Les 967 millions de mal nourris qui subsistent sont victimes des conditions politiques et économiques qui les privent d'accès à la nourriture, alors que les conditions techniques et la disponibilité des terres existent pour satisfaire ce besoin. Le rapport « Feeding the world in 2050 » de la FAO, publié en 2009 affirme que : « la sous-nutrition est due à la pauvreté qui prive d'accès à la nourriture, ce n'est pas une question liée à la quantité de nourriture produite ». Pour nourrir le monde d'autres facteurs doivent être pris en compte : en 2050, les hommes vivront pour plus de la moitié d'entre eux dans des espaces urbains, ce qui change les habitudes alimentaires. L'agriculture pratiquée aujourd'hui est trop destructrice des sols et des forêts primaires, les ressources en eaux sont surconsommées. L'agriculture contribue au réchauffement climatique par l'émission de méthane, et modifie les conditions écologiques de l'exploitation des terres. La première solution qui vient à l'esprit est d'augmenter la surface cultivée en la faisant passer de 1,5 milliards d'ha à 4,5 (chiffres de la FAO). Les terres à défricher sont majoritairement situées en Afrique et en Amérique du sud et éventuellement dans certains espaces sibériens rendus cultivables par le réchauffement climatique. Sur l'utilisation des OGM pour nourrir la planète, les experts de la FAO ont une position nuancée. Ils constatent que les modifications génétiques apportées au maïs et au coton servent à limiter l'emploi de pesticides et protègent des parasites pour limiter les coûts de production. Ils ne servent pas pour l'instant à fabriquer des espèces plus productives. L'hybridation et le recours à des espèces anciennes sous utilisées donnent de bons résultats que peut-être les OGM pourraient améliorer.

La méthode productiviste actuelle a atteint ses limites, il faut lui substituer une agriculture écologique et intensive. Utiliser des surfaces pour produire des biocarburants subventionnés ou des aliments pour bétail répond à une logique commerciale. Il s'agit de trouver les cultures adaptées aux écosystèmes locaux et de cultiver toute l'année pour assurer la fertilisation par le couvert végétal. Il faut préserver les petites exploitations vivrières polyculturales qui maintiennent l'emploi en trouvant l'équilibre avec l'emploi des engrais et de la mécanisation. Nourrir la planète en 2050 est aussi un problème de gouvernance politique globale. On doit règlementer les échanges, protéger les consommateurs et les paysans et préserver l'environnement.

Claude Robinot

Éclairage média

Le lancement du sujet par la présentatrice Elise Lucet est plus long qu'à l'habitude, presque une minute. Le temps de justifier le thème par la journée internationale de l'alimentation, de présenter une infographie sur la malnutrition et de se lancer dans une explication sur la hausse des prix agricoles un peu trop malthusienne, alors qu'à cette époque, elle trouve aussi son origine dans la spéculation internationale sur les matières premières. Le reportage prend appui sur une enquête intergouvernementale publiée en avril 2008 : « Alimentation mondiale, l'Etat d'urgence ». La FAO dont on aperçoit le siège à Rome dans un plan, est en charge des prévisions. Les images utilisées dans ce sujet sont souvent des « stocks shots » illustratifs qui servent de support au commentaire et aux infographies. Le planisphère localisant les terres à mettre en valeur dans le futur est très approximatif, toute la Russie ! Et rien en Afrique.

Michel Griffon qui est interviewé dans la vidéo est l'un des experts qui a contribué au rapport international. La question des OGM est abordée par le commentaire sous son angle le plus propagandiste : ils vont contribuer à augmenter la production. M. Griffon exprime l'opinion d'une partie de la communauté scientifique, les OGM ont un rôle à jouer mais il n'y a pas de solution technique aux problèmes agronomiques. De son côté, Sylvie Brunel dit la même chose en montrant que la production de biocarburants est socialement utile au Brésil car elle préserve des emplois agricoles mais qu'elle est économiquement et écologiquement négative dans le cas du maïs américain.

Claude Robinot

Transcription

Présentatrice
Journée internationale de l’alimentation aujourd’hui partout dans le monde. Et avec la flambée du prix des matières premières et notamment des céréales, le bilan a rarement été aussi catastrophique. D’après l’organisation humanitaire britannique OXFAM, les spéculations sur le blé, le riz ou le maïs ont vraiment aggravé la situation. Aujourd’hui, près d’un milliard de personnes sont menacées par la famine. Cette inflation galopante a poussé 119 millions de personnes supplémentaires vers la malnutrition, si ce n’est pire. On a beaucoup dit que si les prix étaient autant montés en flèche, c’est que le niveau de production était désormais trop faible pour nourrir toute la planète. Et pourtant, on pourrait cultiver beaucoup plus de céréales dans les années qui viennent mais comment et où ? Réponse avec Laurence Decherf et Frédéric Delarue.
Journaliste
Produire 50 % en plus pour faire face aux besoins alimentaires d’ici à 2030 et reconstituer des stocks mondiaux de céréales, voire les augmenter, c’est l’objectif international. Mais où y a-t-il des terres inexploitées dans le monde ?
Marion Guillou
Oui, il y a des surfaces qui peuvent être mises en culture. Ça dépend des conditions économiques globales qui sont proposées aux producteurs. Il y a des surfaces qui pourront, à l’avenir, être mises en culture avec le changement climatique, avec l’élévation de la température. Donc, oui, il est possible de nourrir le monde en 2050.
Journaliste
La FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, estime qu’il y a un potentiel au Kazakhstan, en Russie et en Ukraine, mais il existe aussi des surfaces inexploitées en Amérique du Sud, Argentine ou Brésil. 4 milliards d’hectares cultivables pour 1,5 milliard cultivés aujourd’hui, oui, mais avec des conditions.
Michel Griffon
On produit plus avec plus d’engrais, et les engrais coûtent de plus en plus cher et peuvent être relativement polluants si les pratiques agricoles ne sont pas satisfaisantes. Donc, de toute façon, ce n’est qu’une solution de court terme. Ce qu’il faut à plus long terme, c’est mettre en culture pratiquement toutes les régions qui sont susceptibles d’être utiles à la production alimentaire, mais en faisant très attention à ne pas trop déforester. Parce qu’à ce moment-là, on atteint les forêts tropicales humides qui sont des grandes réserves de biodiversité de la planète.
Journaliste
La France détient les records de rendement avec 8000 kilos par hectare, quand l’Afrique n’est qu’à 1000 kilos. Alors, il va falloir augmenter la productivité dans de nombreux pays mais cela a un coût. Or, la majorité des paysans du monde vit dans la pauvreté, sans aucun outil de production. Alors, les organismes génétiquement modifiés peuvent-ils être une solution pour produire plus ?
Michel Griffon
Il ne faut pas attendre des OGM que ce soit une solution miracle. Il n’y a d’ailleurs eu de miracle en agriculture, l’agriculture est une science de la complexité. Pour obtenir des accroissements de rendement, il faut des dizaines de conditions qui doivent s’additionner les unes aux autres. Les OGM peuvent, dans certains cas, attribuer..., apporter leur contribution.
Journaliste
Les agrocarburants représentent aujourd’hui 1 % de nos terres cultivées dans le monde, mais pourraient être multipliés par trois d’ici à 2030. Destinés à nourrir nos voitures, peuvent-ils être un frein à la production de l’alimentation ?
Sylvie Brunel
Ce n’est pas vraiment le cas, sauf effectivement pour le maïs américain dont une grande part est détournée désormais pour alimenter les voitures, avec d’ailleurs un résultat énergétique qui est désastreux. Mais par exemple pour la canne à sucre du Brésil, ce n’est pas un problème parce que cela peut, au contraire, permettre de valoriser des terres semi-arides et de donner du revenu à des petits paysans.
(Bruit)
Journaliste
Historiquement, les accroissements de production agricole ont toujours été lents. Pourtant, il faut agir vite. De plus, il faudra faire avec des aléas climatiques de plus en plus nombreux.

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