L'aide publique française au développement du Mali

11 novembre 2008
04m 48s
Réf. 05218

Notice

Résumé :

A Toumadiama, au Mali, l'Agence française de développement (AFD) a financé la mise en place de l'eau courante et l'ouverture de classes dans une école. L'AFD a aussi aidé la Banque nationale de développement agricole à prêter de l'argent à une entreprise malienne de jus de fruits naturels installée à Bamako.

Date de diffusion :
11 novembre 2008
Source :
A2 (Collection: 20 heures )
Lieux :

Contexte historique

État d'Afrique de l'Ouest, le Mali est l'un des pays les plus pauvres de la planète : il a été défini comme un des pays les moins avancés (PMA) par les Nations unies. De fait, son indice de développement humain (IDH), indicateur qui mesure le niveau de développement qu'un pays atteint dans les domaines de la santé, de l'accès à l'éducation et du revenu par habitant, est très faible : en 2012 le Mali avait le 182e IDH sur 186 pays classés par les Nations unies.

Peuplé de quelque 16,3 millions d'habitants, le Mali connaît d'abord d'importants retards en matière de santé. L'espérance de vie à la naissance y demeure ainsi très basse : elle n'est que de 51,9 ans. Le Mali affiche également un taux de mortalité élevé chez les enfants âgés de moins de cinq ans. La mortalité infantile y est de 178 pour 1 000 naissances vivantes en 2012 selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce retard sanitaire s'explique principalement par la faiblesse des investissements sanitaires. De fait, le Mali ne consacre que 2,3 % de son produit intérieur brut aux dépenses de santé. Il souffre par conséquent d'un grand manque d'infrastructures de santé. Il connaît notamment une pénurie de personnel médical. Il n'y avait ainsi en 2012 que 0,8 médecin pour 10 000 habitants selon l'OMS.

Le Mali connaît aussi de grands retards en matière d'éducation. Les dépenses éducatives ne représentent en effet que 4,5 % du produit intérieur brut. De ce fait, la scolarisation demeure insuffisante : selon les Nations unies seulement 72 % des garçons et 63 % des filles fréquentaient l'école primaire en 2011. Le nombre d'adultes analphabètes reste en outre très important : la proportion des Maliens âgés de plus de 15 ans alphabétisés n'atteignait que 31,1 % en 2011.

L'économie malienne est par ailleurs encore peu développée. Dans un pays où 35,6 % seulement de la population est urbaine, l'agriculture emploie quatre personnes sur cinq. Or, c'est une agriculture de subsistance, non mécanisée et peu productive. Les exportations d'arachide et de coton sont encore faibles. Plus de la moitié de la population vit ainsi en dessous du seuil de pauvreté. La guerre qui a embrasé le Mali en 2012 et 2013 a par ailleurs aggravé cette situation.

Le Mali a par conséquent un besoin impérieux de l'aide publique au développement. Celle-ci désigne les dépenses publiques internationales en faveur des pays pauvres. Elles visent à améliorer leur développement économique et les conditions de vie de leurs habitants. L'aide publique au développement s'inscrit dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le développement adoptés en 2000 par les États membres de l'ONU. Les premiers contributeurs mondiaux d'aide publique au développement étaient en 2011 les États-Unis (22,241 milliards d'euros), l'Allemagne (10 136 milliards d'euros), le Royaume-Uni (9,948 milliards d'euros), la France (9,348 milliards d'euros) et le Japon (7,790 milliards d'euros). En pourcentage du revenu national brut, c'est le Royaume-Uni qui est le plus contributeur (0,56 %), suivi par la France (0,46 %), l'Allemagne (0,39 %) et les Etats-Unis (0,2 %).

L'aide fournie par la France est gérée par l'Agence française de développement (AFD) en lien avec les gouvernements et les autorités locales mais aussi avec les organismes internationaux et les ONG. L'AFD finance des projets dans les pays du sud, principalement à l'aide de prêts et de subventions. Elle concentre ses efforts sur l'Afrique subsaharienne : celle-ci reçoit 41 % de l'aide publique au développement française.

Aucun des principaux contributeurs n'atteint toutefois l'objectif préconisé par les Nations unies de consacrer 0,7 % du revenu national brut à l'aide publique au développement. Seuls la Suède, la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas et le Luxembourg le respectent. La crise qui sévit depuis 2008 a en outre réduit l'aide des pays riches : en 2012 leurs dons et prêts ont baissé de 4 % pour atteindre 97 milliards d'euros.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet a été tourné au Mali en novembre 2008 par deux envoyés spéciaux de France 2, le grand reporter Dominique Derda et le journaliste reporter d'images Frédéric Ranc. Ils étaient à ce moment tous les deux basés à Dakar, au Sénégal, où ils travaillaient pour le bureau africain de France 2. Ils ont réalisé un reportage de terrain dans un petit village de l'est du Mali ainsi que dans la capitale du pays, Bamako, afin d'illustrer l'aide publique française au développement, menacée par la crise financière mondiale qui sévit alors. Comme le dit le présentateur du journal télévisé de 20 heures de France 2 David Pujadas, il s'agit de proposer aux téléspectateurs un « exemple concret » : montrer les réalisations permises par l'aide financière de l'Agence française de développement (AFD).

Alternant les images factuelles avec les interviews, ce reportage se veut donc avant tout didactique. C'est ainsi qu'il donne à entendre toutes les catégories d'acteurs concernées par l'aide de l'AFD : habitants, maire, institutrice, responsable de l'AFD, expert en éducation et directeur d'une banque locale. C'est ainsi également qu'il se compose de trois séquences bien distinctes. Chacune vise en effet à présenter un projet concret mis en œuvre grâce à l'argent de l'AFD.

Les deux premières séquences montrent des réalisations qui transforment la vie quotidienne des habitants : la mise en place de l'eau potable courante et la création de salles de classe dans une école. Dans le premier cas, le reportage oppose les images de la pratique ancestrale qui consiste à aller puiser de l'eau dans un puits à celles du remplissage de bidons d'eau à des robinets. La deuxième séquence est quant à elle consacrée à la scolarisation des enfants maliens.

La troisième séquence du reportage concerne la vie économique. L'exemple du financement de l'entreprise de jus de fruits naturels Mam cocktail vise à montrer que l'aide publique française au développement ne concerne pas uniquement les infrastructures sanitaires ou éducatives : elle bénéfice aussi aux entreprises locales et à l'économie du pays. Avec cette dernière séquence, les journalistes de France 2 ont voulu illustrer un aspect de l'aide au développement habituellement peu présent dans les sujets consacrés aux pays pauvres. D'une part, ils présentent une entreprise industrielle alors que la population malienne vit à 80 % de l'agriculture. D'autre part, cette entreprise est dirigée par une femme, Diallo Oumou Sissoko. Celle-ci a en effet décidé en 1996 avec d'autres femmes maliennes de fonder une association pour la promotion de la femme au foyer par la transformation et la commercialisation de jus de fruits naturels. Or, les femmes maliennes qui travaillent sont une minorité : selon les Nations unies, elles étaient seulement 36,8 % dans ce cas en 2011.

Ce reportage propose cependant une vision assez idyllique de l'aide publique accordée par la France au développement du Mali. Les critiques récurrentes des organisations non gouvernementales sur le faible montant du revenu national brut représenté par l'aide publique au développement française ne sont ainsi pas évoquées.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
On reste en Afrique avec les conséquences redoutées de la crise financière. Alors que le somment de Washington, le fameux G20, se tiendra en fin de semaine, le continent craint une baisse de l’aide publique des pays riches. Contrairement à ce qu’on entend souvent, l’assistance financière n’a jamais été déterminante pour le développement, l’exemple de la Chine ou de l’Inde le montre tous les jours. Mais elle a un impact direct sur la vie quotidienne de dizaines de millions de personnes. En voici un exemple très concret au Mali. A quoi sert l’aide française ? Envoyés spéciaux, Dominique Derda, Frédéric Ranc.
(Bruit)
Journaliste
Pas question en chemin d’en renverser la moindre goutte ! Dans ce village aride à l’est du pays, c’est une denrée rare et précieuse qu’elle porte sur la tête. Au Mali, 50 % de la population n’a pas accès à l’eau potable. Longtemps, c’est au puits que les femmes de Toumadiama sont allées chercher l’eau, une eau souvent trouble et saumâtre. Aujourd’hui, celle qu’elles puisent ici, plus personne ne la boit.
Intervenante
C’est pour les animaux et pour la lessive. L’eau à boire, on la prend là-bas, aux robinets.
Journaliste
Des robinets, il y en a trois. L’eau claire qui y coule provient directement de la nappe phréatique à plusieurs dizaines de mètres sous la terre. C’est l’AFD, l’Agence Française de Développement, qui a financé le forage, la pompe alimentée par l’énergie solaire, les tuyaux de raccordement et le château d’eau. En tout, il y en a pour 18000 Euros, une fortune ! Pour chaque bidon, chaque bassine, les habitants versent quelques centimes, histoire de dire qu’ils participent un peu aux frais d’entretien. Depuis qu’ils ont l’eau courante à Toumadiama, tout a changé.
Soumaïla Konaté
Avant, il y avait beaucoup de maladies ici, surtout des cas de choléra. Chaque année, il y en avait. Chaque année.
Journaliste
Il y avait du choléra ?
Soumaïla Konaté
Depuis qu’on a installé le point d’eau, on n’a plus de choléra, ni aucune autre maladie.
Journaliste
L’adduction d’eau, l’assainissement, ce sont les priorités de l’Aide Française au Développement en Afrique Subsaharienne.
Haoua Diarra
Vous allez faire ça sous forme de multiplica…
Inconnus
…tion.
Journaliste
Des priorités auxquelles il faut ajouter l’éducation.
Haoua Diarra
Vous allez faire ça sous forme de multiplica…
Inconnus
…tion.
Haoua Diarra
Multiplication, dépêchez-vous !
Journaliste
Haoua Diarra, l’institutrice, n’est pas peu fière de ses élèves, surtout des filles qu’elle pousse à étudier plutôt que d’aller travailler dans les champs. Dans son école en 2005, six nouvelles classes ont ouvert leurs portes. Coût total, 115000 Euros. Là aussi, c’est l’AFD qui a réglé l’addition, mais déjà, les élèves sont à l’étroit.
Haoua Diarra
Ici, dans ma classe, il y a 65 élèves, 65 et il n’y a même pas de banc ! Ils n’ont même pas de banc pour s’asseoir, c’est 4 ou 5 élèves par banc. Ça, c’est trop pour une seule classe.
Journaliste
Entre 2002 et 2006, la France et l’Allemagne ont payé la construction de 375 salles de classe dans 125 écoles de la région. Sans l’aide internationale, jamais le Mali ne parviendrait à scolariser ses enfants.
Vincent Douillet
L’école malienne n’est pas encore partout présente sur le territoire. L’école malienne connaît encore des déficits de qualité et nous avons toujours besoin de continuer à appuyer, à étendre l’école malienne et à améliorer sa qualité.
Journaliste
Mais avec la crise financière qui s’est abattue sur le monde, ici aussi, on craint que les aides se tarissent.
Amadou Degueni
Au lieu de subvention ou d’aide comme ça, peut-être qu’on va aller dans des approches de prêts, de crédits, il faut rembourser. Je ne sais pas quelle va être la nouvelle formule utilisée mais je dis quand même que vraiment, il faudrait faire attention. Les ressources vont certainement manquer, donc il faudrait d’abord compter sur nos propres forces.
Journaliste
Compter sur ses propres forces, c’est peut-être un peu tôt. Lassine Coulibaly travaille à la Banque Nationale de Développement Agricole. Sa banque a reçu l’an dernier un prêt de 6 millions d’Euros de l’Agence Française de Développement. De l’argent destiné à soutenir le secteur privé comme l’entreprise de madame Diallo qui vient d’emprunter 275000 Euros pour augmenter sa capacité de production. A 14 % par an, il paraît que c’est une bonne affaire. Sur le marché malien, l’entreprise de madame Diallo s’est taillé un beau succès avec ses jus de fruits et ses yaourts. De 8, elle est passée à 35 employés. Grâce à l’emprunt qu’elle vient de contracter, ils seront bientôt une centaine à travailler dans ces nouveaux locaux. Moralité, tout le monde y gagne. L’entrepreneur, le banquier, et même la France qui les finance.
Lassine Coulibaly
Il faut qu’ils continuent à mettre encore des moyens supplémentaires pour qu’on puisse, nous aussi, développer nos entreprises. Ces entreprises vont créer des emplois, et ceci fera de telle sorte que l’émigration, je ne dis pas que ça va s’arrêter, mais ça va diminuer.
Journaliste
La lutte contre l’émigration clandestine ne fait, certes, pas partie des objectifs du millénaire pour le développement tels qu’ils ont été définis par les Nations Unies. Mais pour les pays riches qui, sous forme de dons ou de prêts, viennent en aide à l’Afrique, c’est évidemment une motivation supplémentaire pour se montrer un peu plus généreux à l’égard des pays du sud.

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