Les inégalités de la scolarisation en Inde

10 juin 2010
02m 50s
Réf. 05220

Notice

Résumé :

En Inde, dans la province du Bengale-Occidental, des enfants travaillent au lieu d'aller à l'école. Des enfants d'un bidonville de New Delhi étudient quant à eux dans un bus scolaire transformé en salle de classe itinérante. Des élèves favorisés fréquentent de leur côté une école privée. D'autres enfants font leurs devoirs dans la rue.

Date de diffusion :
10 juin 2010
Source :
A2 (Collection: 20 heures )
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Contexte historique

Malgré d'importants progrès, les inégalités face à la scolarisation demeurent très importantes dans le monde. Les pays du Nord consacrent ainsi une part importante de leur produit intérieur brut (PIB) à l'éducation. De ce fait, la très grande majorité de leur population est scolarisée. Par exemple en Finlande, où l'école est obligatoire de 7 à 16 ans, 98 % des enfants sont scolarisés dans l'enseignement primaire et 95 % dans l'enseignement secondaire. À l'inverse, les pays du Sud ne consacrent qu'une faible part de leur PIB aux dépenses éducatives. Ils souffrent par conséquent d'un manque de locaux et de matériel scolaires ainsi que d'enseignants bien formés. En outre, les enfants des pays du Sud sont fréquemment contraints de travailler pour aider leur famille au lieu d'aller à l'école.

Or, l'éducation joue un rôle déterminant dans le développement économique. Une population éduquée voit ses revenus augmenter et par là-même la pauvreté et les inégalités reculer. Aussi, les États membres de l'Organisation des Nations unies (ONU) ont-ils inscrit parmi les huit Objectifs du Millénaire pour le développement adoptés en 2000 l'engagement d'assurer l'éducation primaire pour tous d'ici à 2015.

Des progrès incontestables ont par conséquent été accomplis en matière d'éducation depuis 2000. Selon l'ONU, le nombre d'enfants non scolarisés dans le monde a diminué de près de moitié : alors que 102 millions d'enfants en âge de fréquenter l'école primaire n'étaient pas scolarisés en 2000, ils n'étaient plus que 57 millions dans ce cas en 2011.

Toutefois, cela n'est pas suffisant. L'objectif de rendre l'éducation primaire accessible à tous sur la planète d'ici à 2015 ne sera ainsi pas atteint. Si la scolarisation des pays en développement a beaucoup progressé au début des années 2000, elle a nettement ralenti depuis. Bien qu'ayant vu son taux net de scolarisation dans le primaire passer de 60 % à 77 % entre 2000 et 2011, l'Afrique subsaharienne demeure le principal foyer d'enfants non scolarisés dans le monde : elle en concentre plus de la moitié.

L'Asie du Sud a quant à elle vu son taux net de scolarisation dans le primaire augmenter de 78 % en 2000 à 93 % en 2011. De la sorte, le nombre d'enfants non scolarisés dans cette région est passé de 38 millions à 12 millions. Abritant le plus grand nombre d'enfants au monde, l'Inde a ainsi enregistré de très importants progrès : le nombre d'enfants en âge d'être scolarisés dans le primaire a chuté de 20 millions en 2000 à 2,3 millions en 2010. Le Parlement indien a notamment adopté une loi en 2009 qui a rendu obligatoire la scolarisation de tous les enfants âgés de 6 à 14 ans.

En outre, les inégalités sociales persistent en matière d'éducation dans le monde. Selon le rapport de 2013 sur les Objectifs du Millénaire pour le développement, les enfants des familles les plus pauvres dans les pays en développement ont trois fois plus de chances de ne pas être scolarisés que ceux des familles les plus riches. Les inégalités sexuelles demeurent également importantes. Même si la part des jeunes filles non scolarisées dans les pays du Sud est passée de 58 % en 2000 à 53 % en 2010, elles sont toujours beaucoup moins nombreuses que les garçons à aller à l'école. L'ONU estime que 61 % des 123 millions des jeunes âgés de 15 à 24 ans qui n'ont pas les bases élémentaires de la lecture et de l'écriture sont des femmes.

Enfin, les progrès accomplis en matière de scolarisation ne peuvent suffire. D'après l'ONU, 250 millions d'enfants dans le monde sont encore analphabètes après quatre années d'enseignement primaire. En outre, près d'un quart des enfants de la planète ne vont pas au terme de leur parcours à l'école primaire. Un peu plus de deux élèves sur cinq qui ont débuté cette dernière en 2010 dans un pays d'Afrique subsaharienne n'achèveront ainsi pas leur parcours scolaire.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé le 10 juin 2010 dans le journal télévisé de 20 heures de France 2, ce reportage a été réalisé par une équipe de journalistes installés à New Delhi, la capitale de l'Inde. La chaîne publique française dispose en effet de bureaux permanents dans quelques-unes des principales capitales mondiales, telles que Washington, Londres, Berlin, Bruxelles, Moscou, Pékin et New Dehli. Les journalistes qui y sont envoyés sont chargés de couvrir l'actualité de leur pays d'affectation. Dans certains cas, ils peuvent également traiter celle des pays voisins. Ainsi, le bureau de la rédaction de France 2 à New Dehli ne se contente pas de traiter de l'Inde mais également de tous les autres pays de l'Asie du sud. L'équipe de ces bureaux se constitue le plus souvent d'un journaliste correspondant permanent et d'un journaliste reporter d'images. Elle peut aussi comporter des personnes chargées d'organiser les tournages, les producers, ou des interprètes et chauffeurs.

Consacré à la scolarisation en Inde, le présent reportage a donc été réalisé par le correspondant permanent de France 2 à New Dehli, Pierre Monégier, et le journaliste reporter d'images Dominique Marotel. La première séquence a été tournée dans une localité non précisée de la province du Bengale-Occidental, au nord-est de l'Inde, les trois autres séquences ont été filmées à New Dehli. Ce sujet a été réalisé à la suite de l'adoption par le Parlement du pays d'une loi garantissant un enseignement gratuit et obligatoire pour tous les enfants âgés de 6 à 14 ans. Il alterne les images factuelles d'écoliers avec des interviews. Plusieurs enfants et des acteurs du monde éducatif indien ont été interrogés. Le sujet n'intègre en revanche aucune infographie qui préciserait aux téléspectateurs les données principales de la scolarisation en Inde. C'est Pierre Monégier qui se charge de livrer celles-ci dans son commentaire.

L'équipe de France 2 a pris le parti de traiter des inégalités de la scolarisation en Inde. La première séquence montre des enfants non scolarisés : ils sont employés à des tâches ménagères ou aux travaux des champs. Le reportage met en outre en valeur les fortes inégalités entre les différentes catégories d'écoliers indiens. Ceux des bidonvilles de New Delhi étudient ainsi dans un bus scolaire itinéraire. Ils sont également souvent contraints de travailler dehors, en plein air. Les derniers plans du reportage et le plateau extérieur de Pierre Monégier illustrent ces conditions difficiles d'apprentissage : des enfants font leur devoirs assis au bord d'une route ou en écrivant sur des feuilles posées sur un mur, survolés par des avions. Le contraste avec les conditions de scolarisation d'élèves d'une école privée de New Dehli apparaît criant. Revêtus d'un uniforme, ces écoliers étudient en effet dans une salle de classe équipée et clairsemée. Ils disposent également de jeux dans la cour de récréation de leur école. L'équipe de France 2 cherche ainsi à faire prendre conscience des très grandes inégalités sociales qui existent en Inde.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
D’abord donc, un géant du monde en mouvement, le parlement indien a voté l’enseignement gratuit et obligatoire pour tous les enfants de 6 à 14 ans. C’est une avancée, c’est un défi aussi dans ce pays de 1 milliard et 150 millions d’habitants. Reportage Pierre Monegier, Dominique Marotel.
Journaliste
Ils n’ont jamais vu une salle de classe. Pour ces enfants, le quotidien se partage entre corvées ménagères et travaux des champs. Officiellement, le travail des enfants est interdit en Inde. Mais aujourd’hui encore, ils sont plus de 10 millions, comme Buddhadeb, 8 ans, à rapporter quelques roupies essentielles à leurs familles.
Buddhadeb
Moi, j’aimerais aller à l’école parce que j’aimerais devenir docteur.
Journaliste
Dans le meilleur des cas, s’ils ne vont pas à l’école, c’est l’école qui vient à eux ! Dans ce bidonville de Delhi, ce vieux bus scolaire a été réaménagé en classe ambulante ! Un projet financé entièrement par une association privée. Quand il fait vraiment trop chaud, la leçon se poursuit dehors, à l’ombre des manguiers. Sous le regard de leurs parents qui n’ont reçu aucune éducation, ces petits oubliés du système tentent d’échapper à leur destin.
(Bruit)
Neha
Moi, j’adore mon école, et plus tard, je veux être institutrice !
Journaliste
Mais les bénévoles se heurtent souvent aux réticences des adultes.
Livia Treves
Il y a souvent les parents qui n’envoient pas les enfants parce qu’ils ne comprennent pas l’utilité d’apprendre à lire et écrire et pourquoi aller à l’école.
Journaliste
C’est ainsi que se construit une Inde à deux vitesses. A l’autre bout de l’échelle sociale, des écoles privées comme celle-ci, très chères, et à moitié vides. Mais bientôt, ces écoliers devront se serrer sur les bancs. Les autorités veulent y asseoir 25 % d’enfants défavorisés et faire de l’Education pour tous une cause nationale.
Sabita Pandey
Si je peux éduquer tous ces enfants, c’est sûr, mon pays s’en portera mieux !
Journaliste
Officiellement, à la rentrée prochaine, tous les petits indiens auront les mêmes droits. L’école sera gratuite et obligatoire pour 300 millions d’enfants de 6 à 14 ans. Mais selon ce Directeur d’école, cela ne suffira pas !
Docteur Jain
A Delhi, ça va encore, 90 % des enfants vont à l’école. Mais dans les campagnes, près d’un tiers d’entre eux ne sont pas scolarisés du tout.
Journaliste
En attendant, les plus courageux s’organisent pour étudier par leurs propres moyens, même coincés entre l’aéroport de Delhi et une voie ferrée. A la rentrée, ils auront peut-être une place dans une véritable école. D’ici là, ce bout de trottoir fera office de salle de classe.
Inconnue
Ce n’est pas facile avec tous ces avions au-dessus de nos têtes. Mais si on veut étudier, on n’a pas le choix.
Journaliste
Partout en Inde, des milliers d’écoles de la rue comme celle-ci voient le jour. Car derrière les annonces du gouvernement, le manque de moyens est tel que plus de 10 millions d’enfants indiens restent encore au bord du chemin.

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