La bataille du thon rouge

17 novembre 2010
02m 32s
Réf. 05222

Notice

Résumé :

A Paris se tient une réunion entre tous les acteurs de la filière de la pêche au thon rouge de Méditerranée pour fixer des quotas. La surpêche industrielle pratiquée pendant des décennies a conduit à une raréfaction de l'espèce. Les Etats et les écologistes sont favorables aux quotas. Les pêcheurs et les acheteurs qui vivent de ce commerce lucratif sont hostiles aux restrictions.

Date de diffusion :
17 novembre 2010
Source :
A2 (Collection: 13 heures )

Contexte historique

Dans toutes les mers, les variétés de thon rouge sont en forte diminution, voire menacées d'extinction. Le stock thon rouge du sud, pêché traditionnellement par les Japonais dans le Pacifique s'est effondré le premier de 80 % il y a plus de trente ans. L'espèce est en voie d'extinction. La chair de ce poisson qui entre traditionnellement dans la cuisine nippone est très recherchée ; elle est devenue un produit de luxe, coûteux, mais aussi très lucratif pour ceux qui le commercialisent. En 2010, un thon de plus de 200 kg a été vendu 120 000 € aux enchères du marché de Tsukiji à Tokyo ; en 2013, un animal de qualité exceptionnelle a dépassé le million d'euros. Les thonidés de l'Atlantique ont été aussi soumis à la surpêche. Le thon rouge qui vient se reproduire en Méditerranée a perdu 74 % de son stock depuis les années 1950. La pêche industrielle est largement responsable de cette diminution. La technique la plus productive est celle des thoniers senneurs qui utilisent de puissants navires équipés de sonar et d'un filet (la senne) qui couvre plusieurs dizaines d'hectares. La surpêche a conduit les autorités politiques à intervenir dès la fin des années soixante. La Commission Internationale pour la Conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA) est une organisation internationale qui, aux termes d'une convention adoptée depuis par 47 pays, agit pour la conservation de l'espèce. Elle est la seule habilitée à conduire des études sur l'état des stocks. Des mesures ont été prises comme l'interdiction des filets dérivants en 2002. Surtout, c'est l'instauration de quotas de pêche par zone et par espèce qui doit préserver la ressource. En 2013, les limites fixées étaient de 1750 tonnes dans le Golfe du Mexique, 11800 tonnes pour le Pacifique et 13 500 pour la zone Atlantique-Méditerranée.

Pourtant, le stock de thonidés a continué à décroître. Des organisations écologistes dont le WWF ont dénoncé ce que tout le monde savait : la pêche illégale et le marché noir ont systématiquement contourné la politique des quotas. De 2000 à 2010, c'est 18 000 tonnes de thon rouge hors quotas que l'on a retrouvées sur les marchés japonais. Une simple comparaison entre les ventes commerciales et les pêches déclarées permettait de révéler des circuits qui allaient de la Méditerranée au Japon en passant par Panama. Depuis 2010, les contrôles se sont renforcés et la pêche illégale s'est réduite. Les tractations entre pays riverains pour la répartition des quotas par flottille nationale sont très tendues. Les pêcheurs français qui ont été accusés de surpêche en 2007 ont vu leur quota réduit à 958 tonnes par an jusqu'en 2013, ce qui provoque une opposition entre pêcheurs artisans et senneurs industriels, Greenpeace soutenant les premiers contre les seconds au nom de l'emploi local. D'autres moyens de régulation existent : une bague électronique sur les thons pêchés évite la fraude. Pour satisfaire la demande japonaise, les thoniers senneurs capturent de jeunes thons vivants qui sont transférés dans 12 fermes piscicoles où ils sont engraissés, au large de l'Espagne de l'Italie et de la Croatie. 110 000 tonnes ont été produites en 2012. Cette technique a aussi ses revers. Il faut 10 kg de poissons de « fourrage » pour produire 1 kg de thon rouge ; le problème de la réduction des stocks se reporte sur d'autres espèces, car la reproduction de thon en élevage n'est pas maîtrisée malgré des recherches en cours.

Claude Robinot

Éclairage média

Elise Lucet lance le sujet sur les négociations de répartition des quotas de pêche au thon rouge par une formule convenue : « le sujet qui fâche ». En effet, le marchandage et les oppositions entre acteurs nationaux et professionnels sont violents, chaque pays défend les intérêts de ses ressortissants. Les flottilles coupables de fraude sont dénoncées par les enquêtes et leurs quotas sont réduits. Le huis-clos a été demandé et les journalistes ne peuvent pas assister aux affrontements et aux négociations. Des images d'archives sur des bancs de poissons, des senneurs en activité et le folklore du marché au poisson de Tokyo servent à planter le décor et à dresser le constat. Sur une infographie, 74 % du stock de poisson a disparu. Les accusations sont plus suggérées que réellement énoncées, l'appât du gain est l'explication avancée, mais les bénéficiaires restent dans l'ombre. En opposition, on montre un autre type de pêche : la pêche artisanale à la ligne qui ne concerne qu'une infime partie des prises, 20 % dit le commentaire, moins en réalité. Il s'agit là d'un produit de luxe bénéficiant d'une traçabilité garantie. A côté du poissonnier, un représentant écologiste défend ce type de pêche artisanale, pour trois raisons : les prélèvements respectent les quotas, ils préservent des emplois nationaux et le poisson est consommé dans le pays producteur. Les ONG Greenpeace et WWF ont conduit une enquête indépendante pour dénoncer la pêche industrielle. Il est de bonne guerre de s'associer aux pêcheurs artisanaux qui représentent 80% des emplois et 10 % des prises ! L'enquête dénonce la collusion entre les intérêts des industriels et l'administration qu'elle accuse de fausses déclarations. Les chiffres publiés, y compris ceux du CICTA, leur donnent raison.

Claude Robinot

Transcription

Présentatrice
C’est toujours un sujet qui fâche, les 48 pays pêcheurs de thon rouge se retrouvent à Paris pour une séance de négociation qui va durer 10 jours. Il s’agit de fixer les quotas pour l’année 2011 et les discussions sont tellement tendues qu’aucun journaliste ne peut suivre les débats. En fait, entre les Etats, les pêcheurs, les écologistes et les scientifiques, personne n’est d’accord sur les chiffres et sur la politique à adopter. Nicolas Châteauneuf et Thierry Breton.
Journaliste
C’est un poisson puissant et majestueux, l’un des plus grands prédateurs des océans. Mais aujourd’hui, le thon rouge est devenu une proie qui se revend à prix d’or. Au Japon, sa chair est un mets d’exception. Un spécimen adulte peut atteindre 100000 Euros. Résultat, pendant des années, le thon rouge de Méditerranée a été victime d’une gigantesque surpêche. Depuis 1957, la population a chuté de 74 %. En France pourtant, l’essentiel du thon consommé ne vient pas de Méditerranée mais des Océans Indien et Pacifique. Quand on trouve du thon rouge, il doit normalement être bagué, ce qui est le cas dans cette poissonnerie.
Matthieu Debusne
Voilà, quand on achète le thon. Donc, les thons rouges de Méditerranée sont toujours vendus entiers, et on a donc cette bague qui nous dit comme quoi c’est bien un thon qui rentre dans les quotas de la pêche française et des quotas, donc, autorisés pour la pêche du thon rouge.
Journaliste
Pour les écologistes, ce type de pêche artisanale qui représente 20 % des prises et acceptable.
Charles Braine
Si on veut conserver un des emplois en mer et une activité, une filière en France, il faut conserver la pêche artisanale et une sécurité, un contrôle efficace, comme ce type de bague.
Journaliste
En fait, les écologistes sont en guerre contre la pêche industrielle, responsable de 80 % des prises. Une filière longtemps florissante mais qui s’est livrée à des pratiques illégales dénoncées dans une enquête récente, notamment en violant massivement les quotas ou en livrant des fausses déclarations.
Jean-Pierre Canet
Les différents Ministres et les Administrations qui étaient au sein du Ministère de l’Agriculture et qui s’occupaient de la pêche ont clairement fermé les yeux sur la fraude. Il y avait parfois des complicités réelles entre certains pêcheurs et carrément des hauts fonctionnaires…
Journaliste
Du côté des pêcheurs, on reconnaît les erreurs du passé mais on estime avoir fait le ménage.
Raphaël Scannapieco
On va détruire toute une économie, tout un métier ? Quand l’avis scientifique préconise, en restant à 13000 tonnes pendant 10 ans, on va s’en sortir. Alors, on ne comprend pas…
Journaliste
Depuis plusieurs années, les quotas de pêche diminuent. Les négociations s’annoncent délicates. La bataille du thon rouge n’est pas prête de s’arrêter.

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