L'agriculture bio

24 novembre 2010
04m 14s
Réf. 05223

Notice

Résumé :

A travers l'exemple de deux agriculteurs, un producteur de lait et un maraîcher, le reportage suit les étapes de la conversion d'une production conventionnelle en une exploitation certifiée biologique. Ce passage dure trois ans. Un pari difficile qui se justifie par la hausse de la demande en produits biologiques et une rémunération plus avantageuse.

Date de diffusion :
24 novembre 2010
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Dans les pays industrialisés, l'agriculture biologique est longtemps apparue comme une survivance de l'agriculture traditionnelle ou comme un secteur marginal à côté d'une production massive liée à l'industrie agro-alimentaire. Si l'on regarde les chiffres à l'échelle mondiale, on peut le croire : 37 millions d'hectares cultivés en biologique soit 0,9 % de la superficie agricole mondiale. L'Europe à elle seule couvre 10 millions d'hectares pour 277 000 exploitations engagées dans cette pratique. En France, la part du biologique, malgré des progrès rapides, reste modeste. Un peu moins de 4 % de la SAU sont convertis en bio (1 million d'ha en 2012) pour environ 24 000 exploitations. L'Espagne, l'Italie et l'Allemagne sont plus engagés dans cette voie tant pour les superficies que pour le nombre d'exploitants. D'autres pays (Suède, Suisse et Autriche) qui ne sont pas réputés pour leur agriculture, ont une proportion de SAU en bio plus importante qu'en France.

Le poids économique et le marché des produits biologiques occupent une place non négligeable.

Le chiffre d'affaire du bio alimentaire représentait 45,4 milliards € en 2010 avec une croissance rapide puisqu'il a doublé en 10 ans. Le monde développé se taille la part du lion, la moitié pour les Etats-Unis et 44 % pour l'Europe dont 18,5 milliards € pour l'U.E.

En France, 17 % de la superficie en bio est en phase de conversion avant d'obtenir le label, ce qui concerne 42 % des exploitations. Ce chiffre traduit à la fois le retard et les progrès rapides de la filière. La superficie moyenne de l'exploitation est de 41 ha (la moitié de la moyenne italienne). En ce qui concerne les activités en 2012, 65% étaient des surfaces en herbe ou des cultures fourragères, les grandes cultures en couvraient 20 % et les vignes et arbres fruitiers près de 9%. En ce qui concerne les fruits et légumes frais, la France a un net retard par rapport à ses voisins italiens et espagnols, une partie de la demande doit être importée. En revanche, nous sommes mieux placés pour les oléagineux, le vin ou la volaille bio (1er rang européen). Pour le lait, la France n'est que le 5e collecteur européen de lait bio qui ne représente que 1,4 % du total collecté, malgré tout le marché représente 480 millions €.

Le secteur de l'agriculture biologique a des traits caractéristiques qui en font une activité économiquement et socialement rentable. Les agriculteurs bio sont en général plus jeunes (45 ans en moyenne) que dans le conventionnel, ils emploient plus de main d'œuvre (7 % du total agricole). D'autre part, une partie importante de la valeur ajoutée vient de ce que la transformation des produits est effectuée « à la ferme » surtout pour le vin, fromage, charcuterie et même la boulangerie. La vente directe concerne un agriculteur sur deux, la production est aussi écoulée sur les marchés et dans le circuit associatif de type AMAP.

L'agriculture biologique, c'est aussi une filière qui alimente un secteur de transformation et de distribution agro-alimentaire. On compte un peu plus de 12 000 transformateurs dont un peu plus de la moitié concerne les céréales (farines, pâtes, boulangerie), la viande 13 %, le reste est réparti entre toutes les productions (boissons, plantes aromatiques, huiles...)

Pour la distribution, 47 % des ventes sont réalisées en grandes surfaces alimentaires, 36 % dans les magasins spécialisés bio en réseau ou indépendants, 12 % en vente directe. Sur les 4 milliards de chiffre d'affaire, 169 millions € étaient réalisés par la restauration collective certifiée bio.

Claude Robinot

Éclairage média

David Pujadas lance ce que la rédaction dans son vocabulaire éditorial appelle « un dossier ». Il s'agit d'un reportage illustrant par deux exemples concrets le passage en agriculture certifiée biologique de deux exploitations situées dans la région Rhône-Alpes. La phrase introductive - appuyée sur une infographie - énonce le thème et l'oriente : « Le bio, ce n'est pas une mode : 20 000 exploitants, une progression de 20 % par an ». Les chiffres sont des ordres de grandeur, c'est simple et efficace. L'association de Marianne Philit, qui aide les agriculteurs à la conversion en bio, a probablement guidé le choix des journalistes. Le film est structuré par la visite de deux lieux principaux : un élevage laitier biologique dans la Loire et un maraîcher en Savoie. Le montage est soigné ; les plans travaillés ont une intention pédagogique, le message est même délivré avec un certain humour, pas toujours fréquent dans ce genre de sujet. Les plans de la visite de l'exploitation en journée porte ouverte montrent que ce sont les agriculteurs qui sont intéressés par l'activité et que l'exploitation biologique dispose d'un matériel performant professionnel et moderne (salle de traite, levage du foin...).

Le reportage ne cache pas les difficultés de l'installation en bio puisqu'il faut deux à trois ans pour remplir un cahier des charges assez fourni avant d'obtenir la certification bio. On voit le regard dubitatif et inquiet de l'agriculteur. Les avantages sont aussi montrés : un prix d'achat supérieur, la valorisation des parcelles en herbe, une alimentation saine, moins de chimie. Le deuxième exemple vient en complément puisqu'il s'agit d'un maraîcher qui a franchi depuis longtemps le pas et qui est satisfait du passage en bio. On le voit successivement dans ses serres et dans le magasin de vente directe, typique de l'agriculture biologique. Le reportage suggère aussi une qualité de vie supérieure à celle des partisans de l'agriculture productiviste (plans en accéléré).

Claude Robinot

Transcription

Présentateur
Le dossier de cette édition, le Bio n’est pas une mode passagère. De plus en plus d’agriculteurs continuent à faire ce choix. Voyez ces chiffres, 20000 exploitations y sont consacrées aujourd’hui, une hausse de 20 % chaque année. Alors, quelles sont, précisément, concrètement, les règles imposées aux agriculteurs qui font ce choix, qui font cette conversion ? Le Bio, mode d’emploi, dossier signé Benoît Gadrey, Philippe Evêque, Philippe Fivet.
(Bruit)
Intervenante
S’il vous plait, un premier groupe en fait, si vous pouvez suivre Laurent.
Journaliste
Ils sont une centaine de visiteurs pour cette nouvelle journée portes ouvertes. Dans cette exploitation modèle, on produit du lait biologique.
Claude Villemagne
Par rapport aux débouchés, quand vous êtes parti, il y avait déjà quelque chose, il y avait une collecte dans la région, là ?
Intervenant 1
Il n’y avait pas des boulevards, entre guillemets, comme il y a aujourd’hui.
Journaliste
Ces visiteurs, pour la plupart agriculteurs, souhaitent convertir leur exploitation en Bio. C’est le cas de Claude Villemagne.
Claude Villemagne
Hop, eh Babiole, dépêche-toi !
Journaliste
Sur les monts de La Loire, cet éleveur s’est installé il y a quelques années, 100 bêtes sur 100 hectares. Mais depuis la crise du lait, sa production se vend mal, alors tout s’est accéléré. Avec son associé, il a décidé de passer au Bio.
Intervenant 2
Bonjour, ça va ?
Journaliste
Ce jour là, les deux producteurs reçoivent des techniciens spécialisés en agriculture biologique. C’est la première étape de la conversion.
Marianne Philit
Alors, vous êtes prêts pour le verdict ?
Journaliste
Les éleveurs vont découvrir toutes les contraintes du Bio à travers un cahier des charges.
Marianne Philit
Donc, voilà le cahier des charges de l’agriculture biologique. Donc, c’est un outil de travail très important que l’agriculteur doit connaître parce que s’il fait une action non conforme à ce cahier des charges, sa production peut être déclassée.
Journaliste
Première obligation, le changement d’alimentation. Tout ce que consomment les vaches doit être Bio, cela entraîne un surcoût. Exemple, ce tourteau de soja.
Claude Villemagne
Le tourteau conventionnel aujourd’hui est aux alentours de 350 Euros la tonne, le tourteau de soja hein, entendons-nous bien, alors que en Bio, il est à 720 Euros la tonne.
Journaliste
Sur les parcelles cultivées, les semences devront être Bio. Et pour le désherbage, oubliés les pesticides, il faudra utiliser un matériel qui arrache les mauvaises herbes.
Claude Villemagne
En conventionnel, on passait une fois au printemps avec un produit chimique, alors que aujourd’hui, et bien, on va passer deux, trois, voire quatre fois avec, en mécanique.
Journaliste
Changement radical également pour les médicaments. L’utilisation d’antibiotiques sera limitée, place à l’homéopathie et aux médicaments à base de plantes. C’est donc pour Claude Villemagne une refonte en profondeur de son exploitation. Mais en contrepartie, il y a un avantage décisif, celui du prix du lait vendu aux industriels.
Claude Villemagne
Parce que aujourd’hui, le lait conventionnel est payé approximativement à 30 Centimes le litre et en Bio, nous espérons aux alentours de 45 centimes.
(Bruit)
Journaliste
Dans cette exploitation, la conversion va durer deux ans. Pour certaines productions, cela peut aller jusqu’à 3 ans. Une phase délicate pour les agriculteurs car pendant cette période, ils supportent toutes les contraintes sans pouvoir vendre leurs produits au prix du Bio. Sa conversion, Franck Vuillermet l’a réalisée il y a 5 ans. Ce maraîcher a, lui aussi, suivi le cahier des charges. Il n’utilise plus de désherbant ni d’engrais chimique dans ses cultures. Certes, cela s’est traduit par un surcroît de travail manuel, mais il ne regrette rien.
Franck Vuillermet
Avec l’expérience, on s’est rendu compte que ce n’est pas du tout une obligation et que la nature est quand même bien faite et que la salade, elle peut pousser sans engrais chimique et sans pesticide.
(Bruit)
Journaliste
Pour valoriser au mieux sa production, le maraîcher a, comme beaucoup de nouveaux convertis, ouvert une boutique sur son exploitation.
Franck Vuillermet
Beaucoup de gens viennent acheter leurs légumes ici et on n’arrive même pas à fournir, donc…
Journaliste
Donc, il n’y a pas de problème de débouché alors ?
Franck Vuillermet
Non, il n’y a aucun souci pour le débouché.
Journaliste
En débit de toutes les contraintes, l’agriculture biologique connaît actuellement un engouement à l’image de ces journées portes ouvertes. Chaque mois, ce sont 400 agriculteurs qui passent du conventionnel au Bio, un rythme jusqu’alors jamais connu en France.