La remise en cause de la politique de l'enfant unique en Chine

03 janvier 2011
02m 59s
Réf. 05224

Notice

Résumé :

En Chine, un père explique qu'il doit verser une forte somme d'argent s'il veut donner un état civil à sa deuxième fille en raison de la politique de l'enfant unique. Un responsable de la Commission nationale de la population justifie le maintien de cette politique. Dans la province du Jiangxi une expérience est menée : les parents sont libres d'avoir un deuxième enfant.

Date de diffusion :
03 janvier 2011
Source :
A2 (Collection: 20 heures )
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Contexte historique

Afin de freiner une croissance démographique très soutenue, la Chine a mis en place la politique dite de l'enfant unique à partir de 1979. La population chinoise s'approchait alors du milliard d'habitants alors qu'elle n'en comprenait que 537 millions en 1945. Les autorités communistes s'inquiétaient de ne pas pouvoir faire face aux besoins d'une population toujours plus nombreuse. Elles craignaient également que la croissance démographique ne freine le développement économique du pays.

Aussi décident-elles d'instaurer une politique de contrôle des naissances. En 1973, des mesures sont ainsi prises afin d'inciter les Chinois à retarder l'âge du mariage, à espacer les naissances d'au moins 4 ans et à réduire le nombre des enfants. Cette politique fait très rapidement chuter l'indice de fécondité : il passe de 5,9 enfants par femme en moyenne en 1970 à 2,7 en 1979.

Cependant, cette chute est jugée insuffisante. Le gouvernement chinois décide alors en 1979 d'instituer la politique de l'enfant unique : les femmes ne doivent plus avoir qu'un seul enfant. Cette politique de contrôle des naissances s'accompagne de mesures coercitives. Les parents qui ont plus d'un enfant doivent payer des amendes. Ils se voient également privés de toute aide sociale. À l'inverse, les parents qui n'ont qu'un enfant bénéficient de primes et de divers avantages sociaux (crèches, logements ou transports). L'avortement et la contraception se voient par ailleurs facilités, voire sont imposés. 281 millions d'avortements et 516 millions d'opérations de pose de contraceptifs et de stérilisations auraient été effectuées de 1980 à 2010 selon le ministère chinois de la Santé.

Toutefois, la politique de l'enfant unique a entraîné de fortes résistances dans les campagnes. En 1983, les mères d'un seul enfant ne représentaient par exemple que 13 % des femmes mariées en âge de procréer. Cette politique a par ailleurs donné lieu à de nombreux abus : des stérilisations et des avortements forcés ont été pratiqués. De plus, les habitants des espaces ruraux ont pratiqué eux-mêmes des avortements sélectifs et des infanticides afin d'obtenir un enfant unique de sexe masculin. La politique de l'enfant unique, dont étaient déjà exemptées les minorités ethniques, a par conséquent dû être assouplie. À partir de 1990, les habitants des campagnes ont ainsi été autorisés à avoir deux enfants si leur premier était une fille.

La fécondité a bien connu une baisse spectaculaire en Chine : l'indice de fécondité n'était plus que d'1,6 enfant par femme en moyenne en 2010. La politique de l'enfant unique n'est pourtant pas la seule cause de cette chute. La libéralisation économique et sociale du pays à partir des années 1990 a conduit les couples, surtout citadins, à limiter eux-mêmes le nombre de leurs enfants.

Cette politique qui concerne 63 % de la population est remise en cause. Les démographes s'alarment en effet du vieillissement accéléré de la population. De fait, si les plus de 65 % représentaient 8 % de la population chinoise en 2008 (soit 100 millions d'habitants), ils devraient en constituer près du quart en 2050 (340 millions d'habitants). Le faible indice de fécondité ne permet plus le renouvellement de la population, atteint à 2,1 enfants par femme. Et si avec 1,35 milliard d'habitants la Chine demeure le pays le plus peuplé du monde, sa population devrait être dépassée d'ici à 2030 par celle de l'Inde. Le vieillissement de la population menace en outre le développement économique du pays. En 2012 la Chine a en effet vu pour la première fois sa population active baisser. Ce vieillissement pose aussi le problème du financement des retraites. Enfin, la politique de l'enfant unique a conduit à une masculinisation du pays : 117 garçons pour 100 filles naissent en Chine.

Ainsi, en novembre 2013, les autorités chinoises ont décidé d'assouplir cette politique. Désormais les couples dont au moins l'un des membres est lui-même enfant unique seront autorisés à avoir deux enfants.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Consacré à la remise en cause de la politique de l'enfant unique en Chine, ce reportage a été réalisé par l'équipe de France 2 installée à Pékin. La rédaction de la chaîne publique française dispose en effet depuis 1995 d'un bureau permanent dans la capitale chinoise. Chargé de couvrir toute l'actualité de la Chine mais aussi celle de toute de l'Asie de l'Est, dont celle du Japon, ce bureau est dirigé par un correspondant permanent de France 2. C'est Alain de Chalvron, en poste depuis septembre 2010 après avoir notamment occupé les mêmes fonctions à Washington de 2003 à 2010, qui réalise le présent sujet en janvier 2011. Il est assisté par le journaliste reporter d'images Sylvain Giaume. Le bureau de la rédaction de France 2 à Pékin emploie en outre deux interprètes, un chauffeur et un comptable, tous de nationalité chinoise.

Le reportage a été réalisé dans deux villes différentes même si elles ne sont pas explicitement mentionnées dans le commentaire ou dans un surtitrage. La première partie a sans doute été tournée à Pékin, tandis que la deuxième l'a été dans une ville de la province du Jiangxi.

Ce sujet traite des conséquences de la politique de l'enfant unique et de l'opposition croissante qu'elle suscite en Chine. Le reportage se compose ainsi d'une alternance d'images factuelles, d'images d'illustration et d'interviews. Les images d'illustration servent simplement à éclairer le commentaire général d'Alain de Chalvron sur la politique de restriction des naissances : elles montrent des femmes enceintes, d'autres femmes avec leurs enfants, d'autres encore dans la salle d'attente d'un centre du planning familial ou des élèves dans une classe. Les interviews ont quant à elles pour but de confronter différents points de vue sur la politique de l'enfant unique : un père y est opposé, tandis qu'une mère justifie son choix de n'avoir qu'un seul enfant. Elles donnent également à l'entendre le discours officiel émanant de deux acteurs institutionnels, un membre de la Commission nationale de la population et un directeur du planning familial.

Plutôt que de présenter un sujet de synthèse sur la politique de l'enfant unique, les journalistes de France 2 ont fait le choix de s'intéresser à deux cas concrets. Une première séquence est ainsi centrée sur un couple qui a deux enfants et ne se conforme ainsi pas à la politique de limitation des naissances. La plupart des plans qui les présentent ont été filmés dans leur appartement. Les autres plans qui montrent les deux enfants n'ont pas été tournés par l'équipe de France 2 : ils ont sans doute été filmés en caméra amateur par le couple. En s'intéressant à cette famille, les journalistes souhaitent montrer l'opposition que suscite la politique de l'enfant unique ainsi que les sanctions prises contre ceux qui ne s'y conforment pas. Un deuxième cas concret est ensuite étudié. C'est celui d'une ville de la province du Jiangxi où se déroule une expérience : les parents sont libres d'avoir plus d'un enfant.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
A l’étranger encore la Chine va-t-elle renoncer à la politique de l’enfant unique ? La démographie est en berne, le pays pourrait manquer de bras, le sujet n’est plus tabou et la règle est de plus en plus durement ressentie. Reportage sur place Alain de Chalvron, Sylvain Giaume.
Journaliste
Pour être mignonne, elle est mignonne la petite Zhu Ho Lan. Presque 1 an, presque ses premiers pas, elle fait le bonheur de ses parents. Pourtant, Zhu Ho Lan n’existe pas ou plutôt, elle n’a pas d’existence légale. Elle est un deuxième enfant, interdit par la loi. On la voit ici avec Zhu Ho Yi, sa sœur aînée. Ses parents, pendant la grossesse, ont subi toutes sortes de pressions pour faire un avortement. Son père, professeur d’université, a perdu son travail et maintenant, pour donner à Zhu Ho Lan un état civil, on lui réclame une somme exorbitante.
Yang-Zhi Zhu
Ils me demandent 25000 Euros, cela représente neuf années de revenus moyens dans mon district. C’est hors de question que je paie ! Pourquoi je paierai ? En plus, en Chine, on ne donne rien en échange en termes de nourriture, d’éducation, ou de santé pour les enfants.
Journaliste
La politique de l’enfant unique a été décrétée il y a tout juste 30 ans, dans l’intérêt du pays, pour limiter une croissance démographique exponentielle.
Xue-Jun Yu
En 1970, on avait de 5 à 8 enfants par famille selon les régions. Maintenant, c’est moins de 2. C’est un succès formidable ! Il est indispensable de continuer à contrôler la démographie pour assurer la poursuite du développement économique du pays.
Journaliste
Quoi qu’on dise et quoi qu’on pense, la Chine s’interroge sur l’avenir de cette règle de l’enfant unique qui a aussi ses effets pervers. Vieillissement de la population, problèmes de retraite, déséquilibre inquiétant garçons/filles. D’autant qu’une politique aussi coercitive et impopulaire n’est pas forcément nécessaire. Une expérience a ainsi été menée dans la province du Shanxi. Un district a été exclu du champ d’application de la loi. On y était donc libre d’y avoir deux enfants. Surprise, le résultat est très proche de la moyenne nationale.
Cai-Shang Feng
Avant on pensait, plus on a d’enfants et plus on est heureux ! Maintenant, on préfère avoir moins d’enfants et plus de qualité de vie.
Journaliste
En fait, dans la Chine d’aujourd’hui, c’est l’économie du ménage qui dicte son taux de fécondité. Ainsi, ces jeunes femmes qui font la queue pour une consultation au planning familial pourraient donc avoir un deuxième enfant dans ce district, mais n’en veulent pas.
Inconnue
Je ne veux qu’un enfant. Je pourrai l’élever dans de meilleures conditions avec plus d’argent pour qu’il soit bien habillé, mange bien et reçoive une bonne éducation.
Journaliste
On estime que cette politique a épargné, si l’on peut dire, à la Chine 400 millions de personnes supplémentaires. Impossible, nous dit-on, d’y mettre une fin brutale sans risquer une explosion démographique. Il faut qu’elle reste la règle, qu’elle continue à imprégner l’inconscient chinois même si elle souffre de plus en plus d’exception.

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