Monsanto vient en aide aux agriculteurs du Malawi

24 novembre 2011
03m 48s
Réf. 05230

Notice

Résumé :

Le Malawi est un petit pays enclavé d'Afrique australe classé parmi les plus pauvres. Des famines récurrentes frappent les paysans lors des sécheresses. En 2005, la firme Monsanto a offert des semences hybrides de maïs et des fertilisants distribués par le gouvernement pour permettre la récolte. Cette initiative a suscité une controverse sur les intentions de Monsanto.

Date de diffusion :
24 novembre 2011
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Le Malawi, petit pays d'Afrique australe peuplé de 15 millions d'habitants, souffre de sécheresses récurrentes qui se traduisent par des récoltes insuffisantes et des famines. Ces situations ne s'expliquent pas seulement par des causes naturelles et climatiques, mais aussi par les choix économiques et sociaux engagés depuis l'indépendance en 1960. Au Malawi, l'espace agricole est couvert par de grands domaines commerciaux (tabac, thé, sucre) et des réserves naturelles touristiques qui procurent plus d'un tiers des ressources du pays. Le reste est occupé par les paysans malawites qui cultivent du maïs sur de petites parcelles. Cette céréale est devenue la culture vivrière dominante dont dépend plus de 70 % de la population car elle a été souvent subventionnée par les gouvernements en place qui distribuaient semences hybrides et engrais en période de pénurie. La baisse des revenus du pays dans les années 1990, les demandes d'ajustements structurels du FMI et les sécheresses ont eu raison de ce système. L'appel à l'aide internationale est devenu de plus en plus fréquent dans un pays pauvre, classé 153e sur 169 pour l'IDH. Le budget du pays est financé à 40 % par des aides sous le contrôle du FMI. A partir de 2002, les famines se succèdent. En octobre 2005, plus de 5 millions de personnes sont déclarées en danger.

Le nouveau président, Bingu wa Mutharika, demande l'aide internationale et donne la priorité à l'agriculture en lançant une « révolution verte » financée par 11 % du budget. Dans l'urgence, le gouvernement distribue par un système de coupons des semences hybrides et des engrais subventionnés. Au même moments Monsanto intervient et offre au Malawi 700 tonnes de semences hybrides à haut rendement. Cette générosité intervient à point nommé pour permettre une nouvelle récolte ; par ailleurs elle est habile car il ne s'agit pas d'OGM et la distribution se fait par l'intermédiaire du gouvernement et des ONG. Cette intervention a touché 140 000 fermes et évité la famine d'après Monsanto. Les années suivantes, grâce à une pluviosité plus favorable et au maintien du système de distribution, le Malawi a pu assurer sa subsistance et même devenir exportateur de maïs en 2007. On commence à parler de « miracle » et de modèle à suivre.

Le Malawi constitue pour Monsanto un excellent terrain d'expérience pour ses plants de maïs puisque la production est massive. Ils ont obtenu du gouvernement d'être intégrés dans le système de distribution subventionnée sous la pression du FMI qui a demandé d'ouvrir les portes de la société publique de distribution en échange de son aide financière. Monsanto expérimente grandeur nature pour l'Afrique de nouveaux hybrides économes en eau (WEMA). Cette action est présentée comme un partenariat public-privé dans le cadre de la révolution verte. En 2013, une nouvelle semence (DKC 9053) a été distribuée à 400 fermiers pour expérimentation. Monsanto espère bientôt avoir l'autorisation de passer aux semences OGM. Cette politique a aussi des revers et des opposants. Ceux-ci font valoir que la réussite actuelle dépend en premier lieu d'une conjoncture climatique favorable. En second lieu, ils redoutent que la dépendance des paysans aux semences hybrides et aux engrais ne se retourne contre eux si les subventions s'arrêtent ou si les prix augmentent. En dernier lieu, les opposants dénoncent un système agraire et social qui a peu évolué. Les paysans malawites manquent d'accès à l'éducation et au crédit pour prendre de nouvelles directions. Les fermes sont de petites tailles et les capacités de stockage sont réduites. Il faudrait aussi développer un système d'irrigation pour pratiquer d'autres cultures que celle du maïs pluvial. Les agriculteurs restent sous la coupe des organismes d'Etat et de Monsanto, ce qui limite les possibilités de développement autonome.

Claude Robinot

Éclairage média

Ce document est un reportage de 3 min 30 dans le journal télévisé sous forme de dossier. Il traite de la manière de lutter contre la sous-alimentation en Afrique. Le terme d'OGM n'est pas prononcé puisqu'il est absent du sujet présenté mais il est largement sous-entendu dans la thèse présentée à l'écran. Les semences des firmes multinationales (i.e. OGM et Monsanto) sont-elles indispensables pour sortir l'Afrique de la famine ? Le montage et les séquences offerts aux spectateurs sont tout à fait complets et pertinents pour avoir un avis sur la question. On peut regretter quelques plans et quelques séquences un peu trop conventionnelles, qui frôlent le cliché sur l'Afrique. Les interventions des différents acteurs, paysans, institutrice, responsable sont en revanche intéressantes pour illustrer les points de vue. La conclusion du reportage montre que le système est fragile et dépend de la volonté ou de la possibilité du gouvernement de poursuivre l'expérience. Les images montrent la confection et la distribution de sacs de 50 kg d'engrais indispensables au développement du maïs hybride économe en eau. Le commentaire dit que le FMI regarde d'un mauvais œil la distribution subventionnée. Pour être exact, le FMI s'y oppose lorsqu'il y a un seul fournisseur mais l'autorise si la concurrence s'exerce. Monsanto et Seedco, les deux sociétés américaines évoquées par le commentaire, sont favorables à cette situation. Au passage, dans un plan sur une route, on aperçoit une affiche électorale avec le portrait du président Bingu Wa Mutharika décédé en 2012, qui a lancé le programme de révolution verte.

Claude Robinot

Transcription

Présentateur
Mais d’abord, le dossier de cette édition sur les nouvelles politiques contre la famine. Il y a quelques jours, c’était la journée mondiale de l’alimentation. Et bien, nous allons évoquer un pays qui fait figure de pionnier et dont la politique est citée en exemple par l’ONU, il s’agit du Malawi en Afrique. Grand comme un cinquième de la France, peuplé de 15 millions d’habitants, la capitale Lilongwe. Il y a 5 ans, on y mourrait de faim, aujourd’hui on y exporte des céréales, un bon en avant étonnant mais vous allez le comprendre, il y a une importante contrepartie. Dossier signé Dominique Derda, Frédéric Ranc.
Journaliste
Avec les premières pluies, c’est la saison des semailles qui commence pour Lordwell Semu et sa famille. Le maïs qu’il plante est un maïs est un genre nouveau, traité contre les parasites, et surtout, issu de croisement entre différentes variétés.
Lordwell Semu
Le maïs qu’on utilisait auparavant avait besoin de beaucoup d’eau, et ces dernières années, il pleut moins qu’avant. Le maïs hybride, lui, il est mieux adapté à ces nouvelles conditions.
Journaliste
Un maïs qui tombe à point nommé, mais qui aura besoin de grande quantité d’engrais pour donner de bonnes récoltes. De l’engrais, par chance, on en distribue ce matin tout près de là. Depuis la grande famine de 2005, le gouvernement du Malawi a décidé de subventionner massivement les semences et les engrais. Aux plus pauvres, et ils sont nombreux, on a distribué des bons d’achats. Pour l’équivalent de 2 Euros au lieu de 30, chacun a droit à un sac de 50 Kilos de fertilisant. La mesure a fait quelques mécontents du côté de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International notamment, qui voient d’un mauvais œil tout ce qui ressemble à une entrave à l’économie de marché. Ces petits paysans, eux, sont ravis.
Inconnu
50 Kilos, ce n’est pas beaucoup mais avec ça, je devrais pouvoir récolter au moins deux bonnes charrettes de maïs.
Journaliste
Le maïs c’est l’aliment de base dans ce pays d’Afrique australe. Si la viande, depuis longtemps, est réservée aux jours de fête, un repas sans farine de maïs, pour ces mères de famille, est presque inimaginable. A l’école primaire de Mouzou, à en croire l’institutrice, les années de disette ne sont qu’un lointain souvenir, plus aucun enfant n’arrive le ventre vide.
Suzanne Dismater
Leurs parents, maintenant, ont de quoi les nourrir, alors ils leurs donnent un bon petit déjeuner avant de les envoyer à l’école, comme ça en classe, ils sont plus attentifs.
Journaliste
Grâce aux subventions versées par l’état, la production de maïs est remontée en flèche. Le Malawi, qui mourait de fin il y a 6 ans, s’est mis à en exporter des centaines de milliers de tonnes vers les pays voisins. Il s’est aussi constitué des réserves en cas de sécheresse.
Clément Lwanda
On a mis 2 ans pour remplir nos silos. Ensuite, petit à petit, on a pu commencer à expédier du maïs au Zimbabwe par exemple, tout en continuant à en mettre de côté.
Journaliste
Donc aujourd’hui, tout va bien ?
Clément Lwanda
Plus que bien, vous le voyez vous-même !
Journaliste
L’histoire pourrait s’arrêter là, mais il y a un prix à payer pour une telle réussite. Pour sauver son agriculture, le Président du Malawi a ouvert grand ses portes à deux géants américains de l’agroalimentaire. En un temps record, leurs semences hybrides ont séduit les deux tiers des cultivateurs. Mais contrairement aux variétés locales, impossible de les replanter année après année, il faut en acheter d’autres aux mêmes sociétés américaines. Le Malawi se retrouve donc prisonnier de ceux qui ont joué aux bons Samaritains avec leur maïs miracle, et qui aujourd’hui, se frottent les mains.
(Musique)
Journaliste
Comme tous les agriculteurs du monde, ceux du Malawi espèrent que les pluies, cette année, seront abondantes. Mais ils prient surtout pour que le gouvernement subventionne plus encore les semences et les engrais. Le jour où les subventions s’arrêteront, ils en sont convaincus, la famine reviendra.

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