Le manque d'accès à l'eau potable en Inde

16 mars 2012
03m 13s
Réf. 05231

Notice

Résumé :

L'Inde manque cruellement d'eau potable. À New Dehli, une famille aisée n'a pas accès à l'eau municipale et doit s'approvisionner par le biais d'une cuve. Les nappes phréatiques et les rivières sont très polluées. Les habitants des bidonvilles doivent faire appel à des camions-citernes qui appartiennent des marchands d'eau. De nombreuses maladies graves liées à l'eau polluée se développent.

Date de diffusion :
16 mars 2012
Source :
A2 (Collection: 20 heures )
Personnalité(s) :
Lieux :

Contexte historique

L'accès à l'eau est très inégal dans le monde. Cette inégalité reflète celle du développement. Les pays du Nord disposent ainsi d'un accès continu à l'eau. Leurs systèmes d'assainissement, c'est-à-dire l'ensemble des moyens de collecte, de transport et d'épuration des eaux usées, sont généralement modernes et efficaces. À l'inverse, les pays du Sud n'ont pas toujours un accès à l'eau potable. Et lorsqu'ils en disposent, il n'est pas toujours continu. En outre, les inégalités sont particulièrement fortes au sein même de ces pays. Les citadins ont ainsi plus facilement accès à l'eau potable que les ruraux. Et dans les villes, les bidonvilles ne sont pas reliés au réseau d'adduction d'eau alors que les quartiers riches le sont bien davantage. Cet accès inégal à l'eau pose de graves problèmes sanitaires. Une eau contaminée transmet en effet des maladies, telles que le choléra, la typhoïde et la diarrhée.

Désireux de remédier à cette situation, les États membres de l'Organisation des Nations unies (ONU) s'étaient mis d'accord en 2000, lors du Sommet du Millénaire, pour réduire de moitié d'ici à 2015 le pourcentage de la population sans accès durable à un approvisionnement en eau potable ou à des services d'assainissement de base. Il s'agissait d'une des ambitions comprises dans le septième Objectif du Millénaire, consacré à l'aménagement d'un « environnement durable ».

Or, cet objectif est encore loin d'être atteint : un tiers des habitants de la planète n'ont toujours pas accès à l'eau potable. Selon l'ONU, 2,4 milliards de personnes en sont encore privées en 2013. D'après Gérard Payen, auteur de l'ouvrage De l'eau pour tous, paru en 2013, et conseiller du secrétaire général des Nations unies pour l'eau et l'assainissement, le chiffre serait même plus élevé : 3,6 milliards d'habitants consommeraient une eau « non sûre » - dont 1,8 milliard une eau dangereuse. De fait, si 600 millions de personnes ont obtenu un accès à l'eau potable chez elles entre 2000 et 2010, cela n'a pas suffi à compenser l'augmentation de 770 millions qu'a connu la population mondiale dans le même temps.

L'Afrique demeure le continent le moins bien pourvu. D'après l'ONU, moins de la moitié des habitants des espaces ruraux africains auraient accès à l'eau potable. L'Afrique subsaharienne souffre plus particulièrement d'un manque d'accès à l'eau potable : seuls 60 % de ses habitants disposent d'une source d'eau potable près de leur domicile. À l'opposé, 94 % de la population d'Afrique du Sud a dorénavant accès à l'eau potable.

Celle-ci manque également dans plusieurs pays d'Asie, à commencer par l'Inde. 150 millions d'Indiens n'y ont en effet toujours pas accès. Les nappes phréatiques indiennes sont par ailleurs menacées d'épuisement. Elles sont polluées par l'agriculture intensive qui consomme 90 % de l'eau extraite. Elles sont par ailleurs surexploitées : 19 millions de puits auraient été forés. Dans les bidonvilles indiens, les habitants doivent s'approvisionner auprès de camions-citernes qui appartiennent à de petits entrepreneurs privés, des « marchands d'eau ».

Enfin, le problème de l'assainissement demeure majeur dans de nombreux pays du Sud. Des progrès importants ont certes été accomplis en la matière : selon les Nations unies, de 1990 à 2011, 1,9 milliard de personnes supplémentaires ont eu accès à des installations sanitaires améliorées, soit essentiellement des latrines et des toilettes à chasse d'eau. Pourtant, 2,5 milliards de personnes n'ont toujours pas accès à un équipement sanitaire dans le monde dont 625 millions en Inde, c'est-à-dire plus de la moitié de la population de ce pays. 40 millions d'Indiens sont chaque année touchés par des maladies provoquées par une eau polluée. Dans le monde, ce sont plus de 2 millions de personnes qui meurent chaque année de maladies liées à l'absence ou à la mauvaise qualité de l'eau. 4 000 enfants décèdent quotidiennement des suites de diarrhées après avoir bu une eau non potable.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé dans la dernière partie du journal télévisé de France 2 de 20 heures du 16 mars 2012, ce reportage a été réalisé par le correspondant permanent de France 2 à New Dehli, la capitale de l'Inde, Pierre Monégier, et le journaliste reporter d'images Dominique Marotel. La chaîne publique française dispose en effet de bureaux permanents dans les principales capitales mondiales, telles que Washington, Londres, Berlin, Bruxelles, Moscou, Pékin et New Dehli. Les journalistes qui y sont envoyés sont chargés de couvrir l'actualité de leur pays d'affectation. Dans certains cas, ils peuvent également traiter celle des pays voisins. Ainsi, le bureau de la rédaction de France 2 à New Dehli ne se limite pas au cas de l'Inde mais couvre également ceux des autres pays d'Asie du Sud. L'équipe de ces bureaux se constitue le plus souvent d'un journaliste correspondant permanent et d'un journaliste reporter d'images. Elle peut aussi comporter des personnes chargées d'organiser les tournages, les producers, ou des interprètes et chauffeurs.

Ce reportage a été tourné à New Dehli dans plusieurs lieux principaux : un appartement d'un quartier aisé, les rues de la capitale de l'Union indienne et un bidonville. Pierre Monégier est du reste filmé en plateau extérieur devant un cours d'eau à la fin du sujet. Consacré au manque d'eau potable en Inde, le reportage propose un tour d'horizon assez large sur la question. Il traite ainsi de la plupart des problèmes de l'eau en Inde : la pollution des nappes phréatiques et des rivières, les difficultés d'approvisionnement en eau, même dans les quartiers aisés, la vente d'eau dans les bidonvilles et la transmission de maladies par l'eau polluée.

Le reportage se compose essentiellement d'images d'illustration qui ont pour but de donner à voir les conditions d'accès à l'eau en Inde. Plusieurs plans montrent des habitants qui se lavent dehors avec un seau d'eau ou dans un fleuve pollué. D'autres plans d'enfants s'approvisionnant en eau à l'aide de seaux ou buvant sur une canalisation fuyante mettent également en valeur l'absence d'accès à l'eau pour une part très importante de la population indienne.

L'équipe de France 2 installée à New Dehli a également eu recourt à la technique de l'interview. Elle interroge ainsi plusieurs habitants : ceux d'un bidonville comme des locataires d'un quartier aisé et une représentante d'une association. Cette variété de points de vue vise là aussi à témoigner de l'ampleur du problème de l'accès à l'eau potable en Inde. Une séquence entière s'intéresse du reste à un cas concret, celui d'une famille d'un immeuble bourgeois qui n'a pas accès à l'eau municipale. Des plans très parlants filmés au sein de leur appartement révèlent l'absence d'eau au robinet et l'installation d'un second robinet approvisionné par un réservoir partagé.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
En cela, nous poursuivons ce soir nos coups de projecteur cette semaine sur l’une des richesses de notre planète, une richesse qu’il faut protéger. Plus de 2 milliards d’êtres humains vivent toujours aujourd’hui sans eau potable. On va partir pour l’Inde qui a entrepris d’immenses efforts mais la surpopulation, les méfaits de l’agriculture intensive et les rejets toxiques polluent toujours les nappes phréatiques. Sur place Pierre Monegier et Dominique Marotel.
Journaliste
Toutes les prières du monde n’y suffiront pas, et le problème ne sera pas balayé d’un revers de main. L’Inde manque cruellement d’eau potable. Au pays des rivières sacrées, l’or bleu est loin d’être à la portée de tout le monde, y compris dans les immeubles cossus de la capitale indienne.
Inconnu 1
Maman, on n’a pas d’eau.
Journaliste
Officiellement pourtant, ce quartier de New Delhi est relié au réseau d’eau courante.
Madhuri Ghose
On a deux robinets, quand j’ouvre celui de la municipalité, voici ce qui se passe, alors on a fait installer des pompes électriques pour puiser nous-même notre eau.
Journaliste
Pour que son fils puisse prendre sa douche, Madame Ghose doit guetter en permanence le niveau de sa cuve. Problème, non seulement cette eau reste impure, il faut ensuite la filtrer, mais en plus, la pompe à eau double leur facture d’électricité et tout le voisinage se dispute le même réservoir.
Inconnu 2
En été, c’est encore plus difficile, on n’ose même pas inviter des gens chez nous.
Madhuri Ghose
On a Internet, on a la télévision, tout le confort moderne, mais on doit encore se battre pour l’essentiel.
Journaliste
L’essentiel, 150 millions d’indiens en sont privés. L’eau potable pour tous est un objectif constitutionnel mais un idéal irréalisable, alors que pesticides et déchets industriels se répandent dans les nappes phréatiques. Une situation qui fait la fortune des marchands d’eau. L’approvisionnement d’un seul quartier rapporte 10 000 euros par jour. Le secteur est totalement déréglementé, pas d’obligation sanitaire, pas de prix fixe. Résultat, les habitants des bidonvilles dépensent la moitié de leurs revenus pour une eau non potable.
Inconnue 1
Parfois on attend le camion toute la nuit et lorsqu’il est vide, il y a souvent des bagarres.
Journaliste
Mais c’est le moindre des maux qui les frappent. Les maladies graves liées à l’eau ont touché 40 millions d’indiens l’an dernier. Choléra, diarrhée, malaria sont ici en recrudescence malgré d’importantes campagnes de prévention et de vaccination.
Jaya Singha
Il y a des endroits où les gens gaspillent de l’eau, et d’autres comme ici où les gens ont accès à l’eau pendant une heure seulement tous les quinze jours. Donc la situation dans le pays s’aggrave très nettement.
Journaliste
L’Inde s’était donné jusqu’à 2012 pour offrir l’eau potable à tous ses citoyens, on en est loin. Le gouvernement a revu sa copie et envisage maintenant d’en confier la gestion aux entreprises privées et aux différents Etats, ce qui, pour les associations, risque simplement de creuser encore un peu plus les inégalités d’accès à l’eau.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque