Déchets plastiques dans le Pacifique : un 7e continent ?

09 mai 2012
01m 44s
Réf. 05232

Notice

Résumé :

Les Océanographes ont observé la formation d'un « continent de plastique » accumulé par les rejets humains et concentré par le mouvement des courants dans le Pacifique nord. Ces déchets souvent invisibles représentent un danger pour l'environnement marin et la chaîne alimentaire.

Date de diffusion :
09 mai 2012
Source :
A2 (Collection: 20 heures )
Personnalité(s) :

Contexte historique

Le phénomène est ancien. Le rejet de détritus plastiques dans les océans existe depuis 50 ans, mais sa visibilité dans le Pacifique nord est plus récente. Des marins ont observé cette mer de déchets à la fin des années 1990. Cette plaque couvre 3,5 millions de km², entre la Californie et Hawaï. Une autre concentration est aussi observable au large du Japon. L'océan dilue, digère et détruit les déchets qui sont ensuite sédimentés dans les fonds marins ou recyclés dans la chaîne alimentaire et biologique. L'action du soleil et de la mer fragmente le polyéthylène ou le polypropylène des emballages ou des fibres en microplastiques d'une taille inférieure à 5 mm. Le plastique est donc fragmenté, mais non dissous ; sa durée de vie est comprise entre 500 et 1000 ans. D'après le programme des Nations-Unies pour l'environnement, 46 000 morceaux de plastiques par miles carré flottent sur une profondeur de 30 mètres. Dans le Pacifique, cette soupe plastique est six fois plus présente que le plancton. Des scientifiques ont même inventé le terme de « plancton plastique ». C'est dans le Pacifique nord que le phénomène est le plus identifié mais il est présent ailleurs. Dans la Méditerranée, une étude évalue à 250 milliards le nombre des microparticules. Les rejets annuels de plastiques dans les eaux marines ont deux origines principales : 25 millions de tonnes proviennent des littoraux et 6 millions de tonnes sont imputables à la navigation maritime. La présence de plastiques dans le Pacifique nord s'explique par une série de courants marins qui entre l'Alaska, la Californie et Hawaï forme une gigantesque boucle qui rabat et concentre dans son sillage toutes les microparticules. Les conséquences se manifestent dans la chaîne alimentaire par l'ingestion de ces déchets par les poissons, les oiseaux, les tortues et les cétacés. Les particules peuvent aussi véhiculer des polluants, des bactéries ou des espèces végétales d'un continent à l'autre.

Le grand public avait pris conscience de la nocivité des sacs et autres macro déchets jetés dans les rivières et les mers. Depuis une dizaine d'années, le nombre de sacs plastiques a diminué de 90 % dans la grande distribution. En revanche, il est plus difficile de lutter contre les micro-déchets qui sont dispersés avec les eaux usées comme les fibres textiles artificielles. La lutte contre cette pollution plus sournoise commence à s'organiser ; des ONG comme Greenpeace lancent l'alerte, d'autres conduisent des explorations scientifiques. Au niveau intergouvernemental et institutionnel, la prise de conscience du problème s'est traduite en Europe par une directive-cadre de 2008 : «stratégie pour le milieu marin». C'est dans ce dispositif que l'Ifremer a mis en place un réseau de surveillance des côtes européennes et observe la densité de déchets. A terme, l'objectif est de conseiller les autorités sur les mesures à prendre pour limiter cette pollution.

Claude Robinot

Éclairage média

Le reportage présenté par David Pujadas au JT de France 2 trouve son origine dans le rapport publié par l'université de San Diego à la suite d'un voyage que les biologistes avaient organisé pour les journalistes vers le « Garbage Patch » afin de sensibiliser le grand public sur l'état de l'océan. Ils conduisent des travaux depuis 2009. En France, l'Ifremer a la même année entrepris des travaux similaires en Méditerranée. Le montage image du reportage associe des vues conventionnelles et illustratives du milieu marin et des images venues du monde scientifique, comme celle de l'insecte « Halobates sericeus » responsable d'une modification des équilibres de la chaîne alimentaire. L'insecte pond ses œufs sur des micro-déchets plastiques qu'il confond avec du duvet d'oiseau, les Halobates sont ensuite mangés par les crabes qui prolifèrent... Le représentant de Greenpeace interviewé explique le processus. Les images montrent les déchets importants qui sont spectaculaires mais il est plus difficile de faire comprendre l'expression « éponge à polluant » employée dans le commentaire : les microparticules sont imprégnées de substances chimiques, de polluants et de molécules pharmaceutiques. Cependant le reportage assure son objectif de vulgarisation scientifique en montrant par une infographie assez claire le fonctionnement du « Pacific Gyre » qui finit par rabattre les déchets dans un tourbillon qui les piège. On aperçoit également sur l'infographie que ce mécanisme fonctionne aussi au large du Japon.

Claude Robinot

Transcription

Présentateur
On reste en mer avec cette étude de l’Université de Californie à San Diego sur un phénomène peu connu. Ces millions de tonnes de déchets plastiques agglomérés par les courants et qui flottent au milieu du Pacifique. L’étude montre que leur masse a été multipliée par 100 en 40 ans, Nabila Tabouri, Alexis Fischer.
Journaliste
Des sacs, des bouteilles, des gobelets que l’homme rejette tous les jours. Depuis des années, ces déchets dérivent et s’accumulent au gré des courants dans une zone de l’Océan Pacifique. Cette zone est grande comme six fois la France, on l’appelle le Continent Plastique. Ces déchets ne sont pas toujours visibles à l’œil nu. La plus grande partie a été transformée en millions de petites particules diluées dans l’eau. Leur concentration a même été multipliée par 100 en 40 ans. Cette pollution a évidemment des conséquences, d’abord sur la chaîne alimentaire.
François Chartier
Ces petits morceaux de plastiques agissent comme des éponges à polluants et ces polluants sont absorbés par les animaux les plus en bas de la chaîne alimentaire. Les animaux étant mangés par des animaux plus grands, il va y avoir des effets d’accumulation de ces polluants qui ne sont jamais éliminés. Et puis nous, quand on va manger des carnivores, on va retrouver finalement ces déchets toxiques.
Journaliste
Autres conséquences, cette petite araignée de mer a trouvé sur la gigantesque plaque de déchets un milieu propice à sa reproduction. Résultat, elle prolifère et menace l’équilibre marin en dévorant le plancton et les œufs de poissons, sans parler des autres animaux qui meurent, l’estomac rempli de plastique. Cette pollution progresse et inquiète les scientifiques. Plusieurs expéditions partiront dans les prochains mois étudier le phénomène.

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