La Polynésie française menacée par la montée des océans

15 juin 2012
03m 23s
Réf. 05233

Notice

Résumé :

La Polynésie française est menacée par la montée des océans provoquée par le réchauffement climatique. Des écoliers sont sensibilisés à cette question. À Tahiti, le ministre de l'Environnement de la Polynésie française Jacky Bryant décrit les zones menacées par la montée des eaux. Des scientifiques du Centre Ifremer du Pacifique étudient les réactions du réchauffement sur les huîtres perlières.

Date de diffusion :
15 juin 2012
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Le réchauffement climatique est un phénomène indéniable selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Ces experts jugent en effet très probable que l'élévation de la température sur la planète de 0,85 °C depuis 1950 est le fait de l'accumulation des gaz à effet de serre. Ils estiment en outre que la température terrestre va continuer à augmenter au cours du XXIe siècle.

Le réchauffement climatique a d'importantes conséquences. Il est d'abord à l'origine de la multiplication d'épisodes météorologiques exceptionnels : sécheresses, ouragans et inondations. Surtout, il provoque la fonte généralisée des glaces dans le monde. La glace arctique se réduit ainsi de 2,7 % par décennie d'après le premier volet du cinquième rapport du GIEC publié en 2013. Sa fonte est même de plus en plus rapide l'été : elle a perdu, en surface, entre 9,4 % et 13,6 % depuis 1979. En outre, la diminution des calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique s'accélère. Les glaciers de montagne ont quant à eux perdu en moyenne 275 milliards de tonnes de glace par an entre 1993 et 2009.

L'accélération de la fonte des glaces entraîne celle de l'élévation du niveau moyen des océans. Ces derniers ont déjà vu leur niveau augmenter de 19 centimètres en moyenne entre 1901 et 2010. Mais selon les experts du GIEC, il devrait s'élever de 26 à 82 centimètres lors de la période 2081-2100 par rapport à la période 1986-2005. Les simulations les plus pessimistes évoquent même une élévation moyenne de 98 centimètres.

La hausse du niveau des océans risque d'accroître d'abord l'érosion côtière. Surtout, elle expose les littoraux à la menace d'inondations et de submersions marines. Or, 60 % de la population mondiale vit à moins de 20 kilomètres d'une côte. 30 des 50 plus grandes villes de la planète sont situées sur un littoral. Certains pays se trouvent plus spécialement menacés par l'élévation du niveau des océans. Les deux-tiers du territoire du Bangladesh sont ainsi situés à moins de 5 mètres au-dessus du niveau de la mer. La montée des eaux risque donc d'accroître encore le nombre des réfugiés climatiques dans le monde. Déjà, entre 2008 et 2012, quelque 144 millions de personnes ont dû être déplacées à cause de phénomènes météorologiques exceptionnels d'après l'Organisation internationale pour les migrations.

Îles et atolls de l'océan Pacifique sont eux aussi très vulnérables aux changements climatiques. Ils subissent de plus en plus souvent des catastrophes naturelles. Ils voient également leur milieu marin se dégrader progressivement, à commencer par leurs récifs coralliens. L'élévation du niveau des océans les menace tout particulièrement. C'est par exemple le cas des Maldives. Près de la moitié des 300 000 habitants de cet archipel aux 1 200 îles et aux 26 atolls vit en effet à moins de 100 mètres du rivage. La hausse du niveau de la mer fait donc craindre un engloutissement de ce petit État insulaire.

La Polynésie française, constituée de 118 îles situées dans l'océan Pacifique Sud, dont 67 habitées en tout par 268 000 personnes, se trouve également très exposée à la montée des mers. Selon un colloque organisé à Tahiti en 2011 sur l'aménagement du littoral dans une perspective d'adaptation au changement climatique, certaines de ses îles sont même menacées de disparition. C'est le cas de l'archipel des Tuamotu, dont les atolls peuplés d'environ 15 000 habitants sont à un ou deux mètres au-dessus du niveau de l'océan Pacifique. En outre, 84 des 118 îles de la Polynésie française ont une altitude qui ne dépasse pas 3 mètres. Pourtant, même des îles hautes et montagneuses se trouvent menacées. Ainsi, Tahiti et Moorea ont beau posséder un relief élevé, leurs habitants et équipements, dont l'aéroport international de Papeete, sont très majoritairement établis sur le littoral. Ils seraient par conséquent eux aussi inondés si la montée du niveau des océans se poursuivait.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé dans la dernière partie du journal télévisé de 20 heures de France 2 le 15 juin 2012, ce reportage a été réalisé afin d'illustrer de manière concrète les enjeux du développement durable, à cinq jours de l'ouverture du cinquième Sommet de la Terre. Baptisé « Rio+20 », ce sommet doit réunir 191 pays sous l'égide de l'Organisation des Nations unies, à Rio de Janeiro, vingt ans après celui qui avait déjà été organisé dans la ville brésilienne.

Ce reportage a la particularité de ne pas avoir été réalisé par des journalistes de la rédaction de France 2. C'est en effet une équipe de Têtemba Productions, Jenny Briffa, journaliste reporter d'images et rédactrice, et Gweltaz Kergoat, opérateur de prise de son et monteur, qui l'ont tourné à Tahiti, en Polynésie française. Fondateurs de cette société installée à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, ils réalisent en effet des reportages et des sujets magazines pour les chaînes de télévision métropolitaines dans la zone Asie-Pacifique et notamment dans les îles de l'océan Pacifique. Têtemba Productions réalise en particulier des reportages pour les journaux télévisés de 13 heures et de 20 heures de France 2. La chaîne de télévision publique française lui fait appel afin d'illustrer certains questions sans avoir à dépêcher d'envoyés spéciaux sur place.

Dans le cas présent, le reportage des journalistes de Têtemba Productions est consacré aux répercussions de la montée des eaux à Tahiti, la plus peuplée des îles de la Polynésie française avec 183 000 habitants. Ils l'ont donc tourné sur place. Un plateau extérieur de Jenny Briffa sur une plage tahitienne devant les vagues de l'océan Pacifique clôt du reste le sujet. Ce reportage constitue le « grand format » de l'édition du journal télévisé de 20 heures de France 2 du 15 juin 2012 : muni d'un titre (« La menace de l'océan »), il s'apparente davantage à un sujet magazine de courte durée qu'à un reportage réalisé dans l'urgence pour traiter d'une actualité immédiate.

Il se veut par ailleurs très concret. Il vise en effet à aborder de la manière la plus claire possible les répercussions de la montée des océans sur les îles polynésiennes. Ce reportage se compose ainsi de trois séquences qui traitent différents aspects de la question : la sensibilisation de la jeunesse à ce problème, la menace sur les infrastructures et les habitations, les conséquences du réchauffement climatique sur l'évolution des huîtres perlières. Chaque séquence adopte par ailleurs un point de vue différent. La première présente celui d'un écologiste qui lutte notamment pour la défense du corail. La deuxième séquence embrasse le point de vue institutionnel du ministre de l'Environnement de la Polynésie française Jacky Bryant. Enfin, la troisième séquence opte pour un regard scientifique sur la question du réchauffement climatique : elle présente une expérimentation conduite sur les huîtres perlières par le laboratoire Écosystème Perlicole au Centre Ifremer du Pacifique, installé à Tahiti.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
Notre grand format maintenant et cap sur la Polynésie. Alors que dans quelques jours, les gouvernements du monde entier se retrouveront à la Conférence de Rio pour tenter de sauver la planète. Illustration de ces risques écologiques avec l’Archipel du Pacifique qui est de plus en plus menacé par la montée des eaux. Sur la centaine d’îles que compte la Polynésie française, beaucoup sont amenées à disparaître selon les scientifiques. Alors sur place, la population commence, vous allez le voir, à s’organiser. Jenny Briffa, Gwendal Kergoat.
Journaliste
Sur cette plage de Tahiti, chaque semaine, Vavitu Mooria sensibilise les scolaires à l’environnement. Dans ce décor de rêve, il évoque son plus grand cauchemar.
Vavitu Mooria
Alors si l’eau va monter, va monter, va monter, qu’est-ce qui va se passer ?
Inconnu 1
Titanic.
Vavitu Mooria
En fait comme Titanic, voilà.
Journaliste
L’eau devrait monter en moyenne d’un mètre d’ici 100 ans selon les scientifiques. Pour protéger le littoral, ce jour-là, les enfants apprennent à planter du corail. La technique est simple, il suffit d’attacher un bout de corail vivant sur un support, puis de le planter dans du corail mort. Il va ainsi recoloniser le milieu.
Vavitu Mooria
Parce que plus, il y a des coraux qui sont vivants, plus cela maintient la force de la houle, la force de la mer, la montée des eaux.
Journaliste
A priori, les plus menacés, ce sont les atolls, ces îles complètement plates. Mais même Tahiti va être durement touché par la montée des eaux car toutes ses infrastructures sont situées sur le littoral, à commencer par l’aéroport international. Donc, Monsieur Bryant, cette zone-là dans quelques années, elle sera sous l’eau ?
Jacky Bryant
Elle sera complètement sous l’eau. On estime que nous perdons la sécurité de l’aéroport international qui est notre seul lien avec le monde extérieur.
Journaliste
Dans 50 ans, selon le ministre, il faudra carrément trouver un nouveau site pour l’aéroport. Un peu plus loin, il est interpellé en tahitien par des riverains.
Inconnu 2
Le banc de sable là-bas, il a disparu sous l’eau. Tuamotu, c’est 2 mètres au-dessus de la mer. Si la mer monte de 1 mètre et demi…
Inconnu 3
Un tsunami ou…
Journaliste
Direction maintenant, le centre-ville avec le ministre. Il va nous montrer ce qui devrait être sous l’eau à Papeete dans 100 ans. Sur cette carte en bleu clair, une partie de la ville et l’ensemble du port sont condamnés.
Jacky Bryant
On est avant tout des victimes d’un développement. Que même, si nous devions atténuer notre quote-part, elle est minime cette quote-part dans l’ensemble des dégâts qui sont provoqués par les émissions de gaz à effet de serre.
Journaliste
En Polynésie, le coût de la montée des eaux risque d’être colossal avec des dégâts sur terre mais aussi dans la mer. Ce jour-là, des chercheurs de l’Ifremer remontent des huîtres perlières pour leur faire subir toute une batterie de tests en laboratoire. Ces coquillages vont rester pendant 3 mois dans des bacs à 32 et 35 degrés.
Yannick Gueguen
C’est des températures extrêmes qui pourraient, d’ici 20 à 50 ans, dans les scénarios les plus catastrophiques, être les températures que l’on pourrait retrouver.
Journaliste
Les perles produites par les huîtres représentent la deuxième industrie de Polynésie. Or, le réchauffement climatique risque de fragiliser les coquilles et ralentir la croissance des huîtres.
Yannick Gueguen
Economiquement, ça peut avoir un impact parce que si le professionnel est obligé de laisser plus de 2 ans son huître perlière dans l’eau pour la faire fabriquer une perle, ça peut jouer un rôle sur la rentabilité de son entreprise.
Journaliste
Les dernières études des experts internationaux sur le climat ne sont guère optimistes. Ils estiment, en prenant en compte la fonte des calottes glacières, que d’ici 2100, la mer pourrait monter de 60 centimètres à 1,80 mètre.

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