Le projet MOSE : protéger Venise des inondations

05 février 2013
02m 44s
Réf. 05236

Notice

Résumé :

Venise est régulièrement inondée par la mer. Elle a notamment été dévastée par une très grande inondation le 4 novembre 1966. Le projet MOSE a ainsi pour but de protéger Venise par la construction de gigantesques digues flottantes. Le dispositif de digues mobiles flottantes est présenté.

Date de diffusion :
05 février 2013
Source :
A2 (Collection: 20 heures )
Lieux :

Contexte historique

Le niveau des mers de la planète a augmenté en moyenne de 19 centimètres entre 1901 et 2010 selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. Située en moyenne à un mètre au-dessus du niveau de la mer, la ville de Venise, en Italie, se trouve ainsi de plus en plus vulnérable face aux marées exceptionnelles de la mer Adriatique : l'acqua alta, les hautes eaux, venues du large. La Cité des Doges a ainsi été dévastée le 4 novembre 1966 par une marée catastrophique qui a atteint la hauteur de 194 centimètres au-dessus du niveau de la mer. Depuis, le phénomène d'acqua alta apparaît de plus en plus fréquent : entre 1996 et 2005, Venise a subi plus de 50 inondations supérieures à 110 centimètres, soit deux fois plus que la moyenne du demi-siècle précédent. La Sérénissime a par exemple été inondée le 1er décembre 2008 par une marée de 156 centimètres au-dessus du niveau de la mer, tout comme le 11 novembre 2012 par une marée de 149 centimètres.

Afin de préserver la Cité des Doges et son patrimoine monumental exceptionnel, le projet MOSE, ou MOÏSE en italien, acronyme de « module expérimental électromécanique », a été lancé à partir de 2003. Il s'agit d'un gigantesque chantier de construction de digues flottantes qui doivent protéger Venise contre les plus hautes marées. Il prévoit en effet l'aménagement sur près de 20 kilomètres de trois barrières mobiles de digues. Posées au fond des passes qui font communiquer la lagune vénitienne avec la mer Adriatique, les digues seront élevées par injection d'air comprimé lorsque la hauteur de la mer dépassera les 110 centimètres. Cette situation se présente cinq fois en moyenne chaque année.

Ce projet pharaonique prévoit ainsi l'installation de 78 digues flottantes géantes de 300 tonnes chacune fixées sous l'eau dans des caissons de béton armé de 20 000 tonnes. 41 digues sont prévues pour fermer la passe du Lido, 19 pour celle de Malamocco et 18 pour celle de Chioggia. La totalité de ce gigantesque ouvrage de protection de Venise doit être achevé d'ici à 2016. Les quatre premières digues flottantes mobiles, hautes de 4 mètres, ont été mises en service en octobre 2013 à l'entrée de la passe du Lido. Le projet MOSE a toutefois suscité des critiques. Elles sont d'abord relatives à son coût : 4,8 milliards d'euros ont été dépensés. Les critiques visent par ailleurs la menace éventuelle que MOSE fait peser sur l'écosystème de la lagune vénitienne.

Ce projet ne constitue pas le seul moyen de protection de la Cité des Doges et de sa lagune contre l'acqua alta. Le littoral vénitien fait en effet l'objet de différents aménagements destinés à le préserver des hautes eaux depuis 1987. Une centaine de kilomètres de quais des îles habitées de la lagune ont été rehaussés de 15 à 20 centimètres. De plus, 45 kilomètres de plages et 8 kilomètres de dunes littorales ont été renforcés.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé dans le journal télévisé de 20 heures de France 2 le 5 février 2013, ce reportage a été réalisé par deux envoyés spéciaux à Venise, le journaliste Renaud Bernard, correspondant de France 2 en Italie, et la journaliste reporter d'images Karine Guillaumain. Tous deux sont installés à Rome, au sein du bureau permanent de France 2 en Italie. Ce bureau est chargé de couvrir toute l'actualité italienne ainsi que celle du Vatican.

Entièrement consacré au projet MOSE de protection de Venise contre l'acqua alta, ce reportage se compose en grande partie d'un montage de plans tournés pour l'occasion et d'images d'archives. Les images d'archives insérées dans le sujet portent sur deux périodes très espacées dans le temps, dont la date est précisée en incrustation sur l'écran. Les premières montrent brièvement une inondation dans la Cité des Doges le 28 octobre 2012, soit quelques mois avant la réalisation du présent reportage. Les secondes images sont quant à elles beaucoup plus anciennes : elles donnent à voir l'inondation catastrophique du 4 novembre 1966, lorsque le niveau de la mer avait atteint 194 centimètres. L'ensemble de ces images d'archives visent à montrer la vulnérabilité de Venise face à la montée des eaux.

Le reportage comporte cependant une majorité d'images factuelles filmées par l'équipe de France 2 à Venise en février 2013. Elles ont principalement été tournées au sein même du dispositif de protection MOSE, dans une galerie qui relie des digues mobiles, sous la mer. Le journaliste Renaud Bernard insiste du reste à deux reprises sur l'exclusivité de ces images. Il cherche ainsi à accroître l'intérêt du téléspectateur en précisant que les journalistes de France 2 sont les premiers à pénétrer à l'intérieur de cet ouvrage gigantesque et à y filmer. Un bandeau « exclusif » incrusté sur l'image le rappelle. Un plateau en situation de Renaud Bernard a d'ailleurs été tourné à l'intérieur de la galerie : coiffé d'un casque et d'un gilet de chantier, le journaliste poursuit ses commentaires tout en s'avançant vers la caméra.

Ce reportage adopte un traitement didactique. Il s'emploie en effet avant tout à expliquer le fonctionnement du projet MOSE. Pour cela, il s'appuie d'abord sur les images factuelles tournées au sein du chantier et commentées par le journaliste. Le dispositif est également expliqué par deux acteurs du projet : un ingénieur et une architecte, qui est aussi responsable de la communication de Consorzio Venezia Nuova, le groupement d'entreprises en charge de la construction des digues. Enfin, des images 3D permettent de montrer la future mise en action des digues mobiles en cas de haute marée.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
On en vient au sauvetage d’un joyau du patrimoine mondial, une colossale opération de travaux publics a commencé à Venise. C’est l’un des plus grands chantiers du monde, il s’agit de lutter contre la montée des eaux et des inondations qui menacent la ville chaque année un peu plus. Renaud Bernard, Karine Guillaumain sur place.
Journaliste
A Venise, l’eau fait autant partie de la carte postale qu’elle est un danger mortel pour la cité. Tous les automnes, c’est le retour de l’Acqua alta, l’inondation. Et elle peut même parfois prendre des proportions dramatiques. 4 novembre 1966, presque 2 mètres d’eau, 7000 habitants sont évacués et la sérénissime est dévastée. Alors, pour sauver Venise des eaux, on a imaginé Moïse, une barrière à l’entrée de la lagune contre la marée. Pendant des années, ce projet est resté à l’état d’images de synthèse. C’est devenu une réalité et pour la première fois, on nous le montre. Plongée sous la lagune, au cœur de l’édifice. Mis à part les ingénieurs et les ouvriers, jamais personne n’a pénétré dans cette galerie sous-marine.
(Bruit)
Journaliste
Tous les 10 mètres, une salle comme celle-ci et dans chacune, un vérin qui fonctionne à l’air comprimé, capable de soulever 500 tonnes, c’est ça Moïse.
Giulio (de) Polli
Ce vérin est relié à un caisson et il le pousse pour le soulever comme ça.
Journaliste
Chaque vérin va soulever l’un de ces caissons jaunes. Leur pose dans les 2 mois qui viennent viendra parachever le chantier. Ce sera un véritable mur contre la mer. Nous sommes dans une galerie sous-marine exactement à moins 13 mètres au-dessous du niveau de la mer. C’est ici que l’on comprend que le rêve des Vénitiens du XVIIe siècle de sauver leur ville de l’engloutissement est devenu une réalité et ça s’est joué au millimètre près. Parce que la galerie, et ses 21 vérins, est composée d’autant de tronçons qui ont dû être assemblés un à un.
Giulio (de) Polli
La seule chose qui nous sépare de l’eau de la lagune, c’est ce joint en caoutchouc qui fait 30 centimètres d’épaisseur.
Journaliste
Une prouesse sous l’eau mais en surface également. Sur cette plate-forme à l’entrée du Lido, il y aura une vigie 24 heures sur 24 pour activer la barrière à la moindre alerte.
Flavia Faccioli
Il nous suffira de 2 heures pour soulever la barrière et bloquer l’avancée de l’eau.
Journaliste
Pour être totalement protégée à terme, Venise aura besoin de trois autres barrières comme celle-ci, et si les chantiers tiennent leur délai, elles seront toutes construites d’ici 2016.

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