La catastrophe industrielle de Seveso

05 août 1976
03m 17s
Réf. 05237

Notice

Résumé :

Le 10 juillet 1976, une explosion dans l'usine chimique Icmesa a entraîné la formation d'un nuage de dioxine qui a gagné la ville de Seveso en Italie. La zone contaminée a été condamnée. On ne peut plus y pénétrer qu'avec un équipement protecteur. De nombreux animaux ont été tués. Des enfants brûlés sont hospitalisés à Milan. Les adultes doivent passer des examens médicaux.

Date de diffusion :
05 août 1976
Source :
TF1 (Collection: IT1 13H )

Contexte historique

Le 10 juillet 1976, une catastrophe industrielle se produit dans la commune italienne de Seveso, en Lombardie. Un réacteur explose en effet dans l'usine chimique Icmesa installée à Meda qui produit du chlorophénol. Cette explosion provoque la formation d'un nuage toxique contenant des dioxines. Poussé par le vent, le nuage gagne quatre villes voisines dont Seveso.

15 000 habitants de Seveso doivent ainsi être évacués. À la suite de la fuite de dioxine, des cas d'affections cutanées sont relevés mais aucun décès humain n'est recensé. En revanche, 3 300 animaux sont tués. Quelque 70 000 têtes de bétail sont en outre abattues. Les sols agricoles et les habitations doivent par ailleurs être décontaminés. Les frais de dépollution et d'indemnisation des victimes de l'accident sont ensuite payés par l'exploitant de l'usine chimique.

Inédit par son ampleur, l'accident chimique de Seveso entraîne l'essor d'une prise de conscience des risques industriels et technologiques. Il conduit notamment la Communauté économique européenne (CEE) à mettre en place une politique commune de prévention de ces risques. Ainsi adopte-t-elle le 24 juin 1982 la directive 82/501/CEE sur les risques d'accidents majeurs de certaines activités industrielles. Cette directive dite Seveso oblige les États membres de la CEE et les entreprises à identifier les risques présentés par les sites industriels aux activités dangereuses. Elle les contraint aussi à prendre des mesures préventives.

À la suite d'autres catastrophes industrielles majeures, telles celles de Bhopal (Inde) en 1984 ou de Bâle (Suisse) en 1986, la réglementation européenne sur les risques industriels est ensuite encore renforcée. La directive Seveso est ainsi modifiée une première fois le 9 décembre 1996. Avec la directive 96/82/CE, dite Seveso II, les industriels doivent prendre davantage de mesures de prévention. Ils sont notamment contraints de fournir un inventaire exhaustif des substances utilisées de même qu'un plan d'urgence en cas d'accident.

Puis une nouvelle directive 2012/18/UE, dite Seveso III, est adoptée le 4 juillet 2012 afin de remplacer la précédente à partir du 1er juin 2015. Elle renforce encore les règles de prévention dans les installations qui utilisent des substances dangereuses. Les inspections des sites industriels classés « Seveso » sont ainsi renforcées. Les établissements classés « seuil haut », c'est-à-dire ceux qui présentent les risques les plus élevés, devront dorénavant être inspectés au moins une fois par an. Les établissements classés « seuil bas » devront quant à eux être inspectés au moins une fois tous les trois ans. Des inspections non programmées pourront également être conduites en cas de plaintes ou d'incidents.

Au total, ce sont quelque 10 000 installations industrielles qui sont classées Seveso dans l'Union européenne. La France en compte 1 250 dont 642 classés Seveso seuil haut, soit des établissements qui utilisent des quantités importantes de substances dangereuses. L'adoption d'une politique commune de prévention des risques industriels et la transposition des directives Seveso dans le droit des États de l'Union européenne n'écartent cependant pas tout risque industriel. C'est ainsi que la plus importante catastrophe industrielle en France a eu lieu le 21 septembre 2001 à Toulouse. Une explosion est en effet survenue dans l'usine AZF, pourtant classée Seveso : un stock de 400 tonnes de nitrate d'ammonium a explosé, creusant un immense cratère d'une quarantaine de mètres de diamètre et de 7 mètres de profondeur. L'explosion a provoqué la mort de 30 personnes et en a blessé environ 2 500 autres. 20 000 logements ont par ailleurs été détruits ou endommagés, de même que de nombreux édifices publics.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé en ouverture du journal télévisé de 13 heures de TF1 le 5 août 1976, ce reportage est consacré à la catastrophe industrielle de Seveso qui a eu lieu près d'un mois auparavant, le 10 juillet 1976. Il a été réalisé par Jean-Paul Flory, envoyé spécial de la première chaîne française sur les lieux de l'accident. Ce journaliste est du reste montré à l'écran assez longuement durant le reportage. Tel un reporter de guerre présent sur un front, il est filmé devant la barrière qui interdit l'accès à la zone contaminée par la dioxine, équipé d'un équipement protecteur.

Le reportage se veut assez exhaustif sur l'accident de Seveso. C'est ce qu'annonce le présentateur du journal télévisé Yves Mourousi dans son lancement plateau. S'adressant aux téléspectateurs, il évoque en effet la présentation d'« un dossier complet pour que vous compreniez bien ». Il s'agit bien de montrer les conséquences de la catastrophe de la manière la plus complète possible. Aussi le sujet occupe-t-il une durée assez inhabituelle (7 minutes et 39 secondes). C'est un extrait de durée moitié moins longue qui est présenté ici.

Le souci d'exhaustivité dans le traitement de l'accident industriel de Seveso se retrouve dans la composition du sujet. Celui-ci comprend trois séquences. La première se présente sous la forme d'une rétrospective des événements. Toutefois, elle ne montre aucune image du jour même de la catastrophe. Celle-ci est donc racontée par le journaliste sur fond d'images d'illustration. Ces plans ont été filmés dans l'usine chimique Icmesa d'où est sorti le nuage de dioxine et devant la barrière qui interdit l'accès à la zone polluée. L'interview d'un ouvrier de l'usine qui fait le récit de l'accident sert à combler l'absence d'images du jour de la catastrophe.

Les deuxième et troisième séquences du reportage se composent quant à elles d'images factuelles tournées sur le terrain, à Seveso et dans un hôpital de Milan. Elles traitent toutes deux des conséquences de l'accident. La deuxième séquence est en effet centrée sur les mesures prises pour lutter contre la contamination par la dioxine. Le journaliste présente lui-même l'équipement protecteur nécessaire pour pénétrer dans la zone polluée. Un gros plan s'attarde sur le principal élément de cet équipement : un masque à gaz.

Enfin, la troisième séquence est consacrée aux victimes de la catastrophe, aussi bien animales qu'humaines. C'est dans cette séquence que le sujet s'apparente le plus à un reportage de guerre. Il présente ainsi des images de victimes qui sont semblables à celle d'un conflit. Les plans des enfants à l'hôpital, et plus particulièrement les gros plans sur les parties brûlées du corps et du visage d'un de ceux-ci, rappellent ceux des victimes de bombardements. Ils évoquent notamment les victimes brulées par le napalm américain pendant la guerre du Vietnam.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
Et puis, à propos de suite, et bien, nous allons tout de suite donner la parole à l’un de nos envoyés spéciaux qui s’est rendu en Italie. En Italie où, vous le savez, si ce n’est pas la panique, c’est du moins l’inquiétude en ce qui concerne ce qui s’est passé à Seveso. Alors, voici un dossier complet pour que vous compreniez bien.
Journaliste
Samedi 10 juillet à la Icmesa, une réaction servant à produire du trichlorophénol s’emballe. Le réacteur chauffe, les valves de sécurité sautent et plusieurs dizaines de kilos de produits toxiques s’échappent. Pour cette banlieue de Milan, c’est le début du cauchemar.
Inconnu
Nous avons vu cette poudre blanche se déposer partout, et tout de suite après, les animaux ont commencé à mourir, les poules, les lapins, les chiens, les chats.
Journaliste
Couverts de poussière blanche eux aussi, les végétaux dépérissent à leur tour. Alors dans la population, c’est d’abord l’inquiétude, puis la panique. Mais personne ne sait encore que 10 jours plus tard, la vie ici sera impossible. A partir de cette barrière devant laquelle je me trouve, il n’y a plus de vie possible. Les quelques animaux vivants qui restent encore dans cette zone sont condamnés à plus ou moins brève échéance. Les hommes ont été évacués et sur plusieurs hectares, c’est le vide, le no man’s land. Pour combien de temps, c’est la question, on ne sait pas encore. Mais en tout cas, pour l’instant, pour se rendre dans ce no man’s land, il faut être équipé comme ceci, des gants, un vêtement protecteur, des bottes, et puis surtout ceci, un masque à gaz. Seuls ont, à présent, le droit de se rendre dans la zone A, la plus touchée et la plus dangereuse, les équipes scientifiques qui effectuent des prélèvements végétaux et minéraux et les animaux que les habitants évacués ont dû abandonner. Les résultats des analyses sont effrayants. L’hectare de terre a reçu ici en quelques minutes 17,5 grammes de dioxine, soit près de deux fois plus que l’hectare de terre vietnamienne pendant toute la guerre. Circonscrite au départ à une trentaine d’hectares, la zone s’étend peu à peu, les animaux morts se comptent par milliers, ils viennent d’endroits de plus en plus lointains, de près de 10 kilomètres de l’usine Icmesa. Quant aux humains, les plus atteints sont les enfants. Dès le troisième jour après la pollution, leur peau s’est boursouflée sur les bras, le visage, les jambes et le plus terrible, c’est qu’on ne sait pas vraiment quoi faire. Ils sont à l’hôpital depuis 15 jours, il n’y a aucune évolution.
(Bruit)
Professeur Nicolini
Pour le moment, on les tient sous observation, et on administre de la cortisone en petite dose et des pommades. On a soin que les lésions ne s’infectent pas, et puis, on va voir l’évolution. On ne peut pas faire beaucoup plus pour le moment.
Journaliste
Vous ne connaissez pas vraiment ni ces lésions, ni le moyen de les soigner.
Professeur Nicolini
On ne connaît pas ni les lésions, ni exactement le moyen de les soigner.
Journaliste
Pour les adultes, une unité médicale a été implantée à Seveso même. La population doit obligatoirement se soumettre aux examens. Mais tout ce que les médecins peuvent faire, c’est détecter les ravages du TCDD, la dioxine, sur les foies, les reins et les chromosomes. Les femmes enceintes devront sans doute avorter sous peine de mettre au monde des monstres. Le gouvernement italien vient d’autoriser ces avortements. Mais les séquelles de l’empoisonnement pourraient se prolonger pendant longtemps encore.

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