La catastrophe industrielle de Bhopal

15 décembre 1984
02m 39s
Réf. 05238

Notice

Résumé :

Le 3 décembre 1984, à Bhopal, en Inde, une explosion est survenue dans l'usine de pesticides de l'Union Carbide qui a provoqué la libération d'un nuage de gaz toxique. La catastrophe a fait de très nombreuses victimes, soignées avec des moyens de fortune. La plupart sont originaires du bidonville situé à côté de l'usine. Le maire de Bhopal met en cause l'absence de précautions.

Date de diffusion :
15 décembre 1984
Source :
Personnalité(s) :

Contexte historique

Les risques industriels et technologiques n'ont cessé de croître. Ils sont caractérisés par l'exposition d'une population ou d'un environnement à des substances dangereuses. Les pays du nord, très industrialisés, sont les plus concernés par ces risques. Ils ont ainsi été touchés par plusieurs grandes catastrophes industrielles, comme à Seveso (Italie) en 1976 ou à Toulouse (France) en 2001. L'Union européenne compte par exemple environ 10 000 établissements industriels qui sont classés Seveso, c'est-à-dire qu'ils produisent, manipulent ou stockent des matières dangereuses. Les pays du sud ne sont toutefois pas épargnés par les risques industriels. Ceux-ci y prennent même plus d'ampleur et font davantage de victimes. Les normes de sécurité y sont en effet souvent peu élaborés et les installations industrielles plus vétustes.

La ville de Bhopal, située au centre de l'Inde, a ainsi connu l'une des plus grandes catastrophes industrielles de l'histoire. Dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, une explosion a eu lieu dans l'usine de pesticides de l'Union Carbide, firme multinationale américaine établie à Bhopal. Cette explosion a été provoquée par une fuite accidentelle d'eau dans un réservoir de stockage de méthyl isocyanate. Un nuage de quarante tonnes de gaz toxique mortel a alors gagné l'atmosphère et est retombé pendant deux heures sur Bhopal.

Cette pollution chimique a immédiatement fait de très nombreuses victimes, principalement installées dans les bidonvilles situés près de l'usine. 2 000 à 3 000 personnes auraient été tuées par le gaz toxique dans la seule journée du 4 décembre 1984. Au total, le nombre de victimes serait compris entre 15 000 et 30 000 personnes d'après les ONG. Le bilan humain de la catastrophe est en effet impossible à dresser avec exactitude en raison de la pauvreté de la population touchée et d'un chiffrage officiel qui a été minimisé (6 500 victimes) afin de diminuer les indemnisations. En outre, près de 550 000 habitants auraient été affectés à différents degrés par le gaz toxique.

Pendant plusieurs années l'Union Carbide et l'État indien s'affrontèrent devant les tribunaux au sujet de l'indemnisation des victimes. S'abritant derrière l'hypothèse d'un sabotage par un employé licencié, la multinationale américaine ne proposait ainsi que 350 millions de dollars. De son côté, le gouvernement indien en réclamait 2,6 milliards. Désireuse d'obtenir une augmentation des investissements américains dans son pays, l'Inde décida d'abandonner les poursuites judiciaires contre l'Union Carbide en 1989 et accepta de ne recevoir que 470 millions de dollars de la part de l'entreprise américaine. 570 000 habitants de Bhopal n'ont ainsi touché en moyenne que 500 dollars de compensation.

Les conséquences sanitaires de la catastrophe demeurent encore importantes aujourd'hui. Des dizaines de milliers de victimes continuent en effet de souffrir de nombreuses maladies : troubles respiratoires, malformations, maladies gynécologiques ou cancers. Une étude de l'Indian Council of Medical Research en 1994 avait estimé à 50 000 le nombre des personnes affectées par des effets à long terme par la contamination au gaz toxique. Selon d'autres études, ce seraient en fait plus de 100 000 victimes qui souffriraient encore de ses séquelles.

En outre, le site de l'usine de l'Union Carbide n'a toujours pas été décontaminé. Entre 4 000 et 12 000 tonnes de pesticides y seraient encore entreposées. Ces déchets chimiques continueraient de polluer les nappes phréatiques autour du site.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Consacré à la catastrophe industrielle de Bhopal, survenue dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, ce reportage a été diffusé sur Antenne 2 moins de deux semaines après, le 15 décembre suivant. Il ne traite donc pas cet événement à chaud mais avec un peu de recul. Ce sujet n'a par ailleurs pas été réalisé pour le journal télévisé de la deuxième chaîne de télévision française. Il l'a en effet été pour l'émission hebdomadaire d'information de la rédaction d'Antenne 2 Le Magazine du samedi dont le responsable était le réalisateur Michel Honorin. Ce sujet, dont n'est présenté ici qu'un extrait, a le format d'un magazine : il dure plus de dix minutes contre deux à trois pour les reportages habituellement diffusés dans les journaux télévisés.

Réalisé par Jérôme Bony et Bruno Carette, envoyés spéciaux d'Antenne 2 sur les lieux de l'accident, il s'ouvre sur une image arrêtée d'un enfant vendeur de lait. Cette image sert d'illustration au bref résumé de la catastrophe fait par Jérôme Bony en guise d'introduction. Elle suggère également les deux principales lignes directrices du reportage. Celui-ci vise d'abord à montrer l'ampleur de la catastrophe de Bhopal : toute la population a été touchée, y compris des enfants. En outre, le reportage insiste sur la pauvreté des victimes, pour la plupart issues des bidonvilles.

Il s'apparente en effet en partie à un reportage de guerre. Jérôme Bony avait d'ailleurs lui-même couvert plusieurs conflits, notamment en Afghanistan. Le reportage montre en effet plusieurs plans poignants de victimes du nuage toxique qui s'est répandu sur Bhopal. Certaines de ces victimes, dont une femme qui hurle de douleur et un enfant couché, sont montrées en gros plan. Ces gros plans sont utilisés pour concentrer l'intérêt du téléspectateur sur l'horreur de la catastrophe qui atteint des innocents. Les images des victimes hospitalisées ont également pour but de montrer les moyens de fortune avec lesquelles elles sont secourues. Un gros plan sur le seul masque à oxygène dont dispose l'hôpital illustre ainsi le sous-équipement hospitalier. De même, l'image de deux victimes tête bêche sur le même lit atteste du manque de moyens des secours comme de l'ampleur de la catastrophe.

Un autre élément renforce l'assimilation de ce sujet à un reportage de guerre. De la même manière qu'il est souvent impossible aux journalistes de se rendre sur les lieux mêmes de combats, l'équipe d'Antenne 2 ne peut pas pénétrer dans l'enceinte du site où est installée l'usine de l'Union Carbide. Celle-ci étant interdite d'accès, elle ne peut la présenter à l'écran que par des zooms avant filmés depuis le bidonville. Ils donnent notamment à voir les réservoirs de stockage où a eu lieu la fuite.

Enfin, ce reportage met en avant la pauvreté de la plupart des victimes de la catastrophe. Le plan d'un homme qui porte un cadavre dans ses bras à travers le bidonville jouxtant l'usine le montre bien. Une séquence a même été entièrement tournée dans le bidonville voisin de l'usine. Toute une série d'images d'habitants du bidonville illustrent ainsi le récit que fait Jérôme Bony sur le déroulement de la catastrophe.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
Bhopal, 3 décembre 1984, 1 heure 30 du matin, plusieurs Tonnes d’un gaz particulièrement toxique s’échappent des cuves d’une usine de pesticides. Bilan, encore provisoire aujourd’hui, au moins 3000 morts.
(Bruit)
Journaliste
La plus grande catastrophe de toute l’histoire de l’industrie chimique frappe la ville y étant la moins préparée. Pendant les deux jours suivants, les hôpitaux de Bhopal sont assaillis par des familles accompagnant des malades. Les plus atteints sont surtout des vieillards et des enfants. Il n’y a pas d’antidote au gaz toxique, le MIC, Isocyanate de méthyle, fabriqué avec du phosgène. Seules des abutions d’eau et des inhalations d’oxygène peuvent soulager les victimes. Mais l’Hôpital Central ne dispose au départ que d’une bouteille, une bouteille d’oxygène pour des milliers de bouches suffocantes. Dans les premières heures de la tragédie, on sort un mort par minute des hôpitaux de Bhopal.
(Bruit)
Journaliste
La plupart des victimes habitaient dans ce bidonville situé juste à côté de l’usine de l’Union Carbide, cette grande multinationale américaine spécialisée notamment dans la production de pesticides. Au moment de l’accident, le vent soufflait vers le bidonville et sa fraîcheur fit ramper le gaz mortel qui s’est infiltré par toutes les ouvertures des baraquements. S’il avait fait plus chaud, le gaz se serait volatilisé, mais tout était contre les habitants du bidonville cette nuit-là. Ils ont aussi été victimes de leur statut social, tout en bas de l’échelle. Ce sont des [badly], des petits manœuvres sans qualification. Ils étaient venus s’installer aux portes de l’usine dans l’espoir de trouver au jour le jour, en se présentant chaque matin, un quelconque travail de manutention payé 12 roupies, soit 10 francs pour la journée. Quand l’usine a été construite, le site se trouvait en dehors de la ville, puis petit à petit, le bidonville s’est développé à côté. Mais alors pourquoi les autorités locales n’ont-elles pas essayé d’empêcher ce voisinage entre des habitations et des réservoirs contenant 45 tonnes de gaz mortel ?
R-K Bisarya
Personne ne nous a jamais dit que l’usine était dangereuse. Les gens vivaient en se disant qu’il n’y avait aucun danger.

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