Vers une agriculture durable ?

24 février 1996
02m 14s
Réf. 05239

Notice

Résumé :

Depuis le sommet de la terre à Rio en 1992, des agronomes et des exploitants s'éloignent du système productiviste qui demande toujours plus d'intrants chimiques et de travail pour arriver à un revenu suffisant. Des agriculteurs entreprennent une démarche d'agriculture durable plus respectueuse des cycles naturels.

Type de média :
Date de diffusion :
24 février 1996
Source :

Contexte historique

En 1992, au sommet de la terre à Rio (voir ce document), la déclaration finale a défini les principes du développement durable. Tout projet de développement est durable s'il est socialement équitable, économiquement viable et vivable pour l'environnement. Cette démarche peut s'appliquer à une activité comme l'agriculture. Les économistes distinguent, entre l'agriculture productiviste et l'agriculture biologique, des situations intermédiaires comme l'agriculture raisonnée et l'agriculture durable. La première se situe au niveau d'une exploitation commerciale où l'on expérimente des pratiques culturales qui visent à réduire l'utilisation des engrais et des pesticides sans remettre en cause la production et la rentabilité. C'est en quelque sorte une modération de la démarche productiviste. La deuxième démarche est plus contraignante et plus ambitieuse. On retrouve les trois volets du développement durable que le ministère décline en trois défis à relever dans les années futures :

- dans le domaine économique, le défi est alimentaire ; il s'agit de nourrir le monde et d'éradiquer la faim.

- dans le domaine environnemental, le défi est de préserver les ressources en eau, maintenir les sols, la biodiversité et les paysages.

- dans le domaine social, le défi est territorial ; il s'agit de maintenir la présence agricole dans les territoires en conservant les exploitations et en préservant l'espace cultivable.

Dans le cadre de la loi de modernisation de l'agriculture votée en 2010, le ministère a décidé d'agir au niveau régional en mettant en place des PRAD, plan régionaux d'agriculture durable, sous la direction du préfet qui réunit tous les acteurs du territoire concernés par l'agriculture ; c'est-à-dire tous les professionnels mais aussi les associations et les consommateurs. Sur les 26 régions, 14 ont signé un PRAD ; pour les autres, il est en cours d'élaboration. Le document établit un diagnostic partagé et dresse une liste d'actions prioritaires sur lesquelles doivent porter les interventions de l'Etat. Elles sont différentes d'une région à l'autre. En Poitou-Charentes, une priorité a été mise sur les activités d'élevage. Les mesures prises vont du soutien aux races locales à l'aide à l'autonomie des exploitations qui doivent produire localement les aliments pour bétail. L'élevage présente l'avantage de créer plus d'emplois que la grande culture. En Languedoc-Roussillon, une des priorités est de préserver les espaces agricoles menacés par le développement urbain, particulièrement dans les zones littorales. Un autre axe est de maintenir l'activité d'élevage qui aère et entretient les paysages, ce qui diminue le risque d'incendie. On pourrait multiplier les exemples. L'Etat, les collectivités locales et les syndicats agricoles ne sont pas les seuls acteurs de l'agriculture durable ; le milieu associatif joue aussi un rôle important. Le Réseau Agriculture Durable (RAD) regroupe 3000 agriculteurs engagés dans cette démarche. Ils échangent leurs informations, diffusent les pratiques et les innovations techniques. Ces associations sont très nombreuses. On y trouve toutes les sensibilités environnementales. Certaines travaillent avec des entreprises comme Monsanto. La plupart essaient de créer un lien avec la recherche agronomique et universitaire pour favoriser l'innovation.

Claude Robinot

Éclairage média

Ces images sont issues d'un magazine de reportage intitulé D'un soleil à l'autre, réalisé par le journaliste Jean Marc Cholet et diffusé sur France 3. Le thème consacré à l'agriculture durable comportait plusieurs séquences montrant une rivière polluée ou des agriculteurs ayant renoncé à l'élevage pour passer à la production intensive de céréales. A l'opposé, l'agriculteur Michel Séon s'inscrit dans une démarche différente qui donne son titre à l'émission « produire sans détruire ».

La caméra le montre dans son travail quotidien, entrecoupé par des prises de paroles qui petit à petit expliquent ses choix professionnels. Le refus de Michel Séon, c'est celui de la logique productiviste qui pousse à la concentration et à des investissements coûteux pour maintenir la rentabilité. Son choix de l'élevage de brebis s'explique par la possibilité de faire des produits de qualité en maintenant le contrôle sur les intrants (aliments, génétique...) L'ingénieur agro-forestier qui l'assiste le fait dans le cadre d'un plan d'agriculture durable négocié au niveau régional. Dans son propos, il emploie le terme de « Norton » qui est un type de rotation des cultures mis au point par les céréaliers anglais pour produire plus en évitant la jachère et l'épuisement des sols. On remarquera qu'il n'est pas question d'agriculture biologique mais durable. Le plan final le montre puisque l'on voit l'agriculteur nourrir ses vaches à partir d'un ensilage, une technique d'alimentation du bétail qui est aussi utilisée par l'élevage productiviste. Pour être durable, l'agriculture doit être rentable sur le plan économique et ne pas détruire d'emplois. C'est ce que montrent les images.

Claude Robinot

Transcription

(Bruit)
Journaliste
Michel Seon est précisément l’un des agriculteurs qui ont choisi de modifier complètement leur exploitation afin de mieux respecter la nature. Il a abandonné la production de maïs, réduit les céréales, pour les remplacer par de la prairie. Une herbe qu’il faut fertiliser, bien sûr, mais beaucoup moins que les autres cultures. Une herbe qui nécessite peu de produits chimiques, qui incite à replanter des haies, qui freine l’érosion des sols, et qui permettra de nourrir les brebis plutôt que d’acheter de l’aliment.
Michel Seon
Toute la réflexion a été basée sur le fait que plus on produit, plus on consomme d’éléments intermédiaires, plus il faut donner à la terre à manger, plus il faut faire d’heures de tracteur, plus il faut faire d’heures de travail. Donc, on a essayé de voir si on ne pouvait pas réduire tout ça. Et en fait, après une longue analyse de notre exploitation, une analyse des possibilités, des différentes hypothèses, on s’est aperçu que il y avait peut être un créneau.
Journaliste
Le créneau consiste à ménager la terre, mais aussi le troupeau. L’insémination artificielle, coûteuse, a été abandonnée au profit de cycles naturels. Les agneaux, qui peuvent maintenant pâturer, bénéficient désormais d’un Label Fermier, qui permet de mieux les valoriser. C’est ce type d’exploitation, où le paysan ne cherche pas à forcer la nature, que les écologistes appellent agriculture durable.
Philippe Pointereau
Je pense que l’agriculture du XXIe siècle ressemblera beaucoup plus à ces plans de développement durable que à ce qu’on voit aujourd’hui. C’est vrai que aujourd’hui, on a à la fois de la culture très intensive, que ce soit en hors-sol ou en céréales. Puis de l’autre côté, de la polyculture élevage, et cetera, qui… Mais je pense que les plans de développement durable seront l’agriculture de demain, oui, j’en suis persuadé, moi.
Journaliste
Cette notion d’agriculture durable est issue de la conférence de Rio en 92. Philippe Pointereau, pour le compte de l’agence toulousaine SOLAGRO, Conseil en Environnement, va tenter de la mettre en pratique avec une dizaine d’agriculteurs de la vallée. Après un diagnostic de chaque exploitation, on envisage différents scénarios pour leur permettre d’être rentables, de préserver la nature et le tissu rural.

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