La déforestation en Amazonie

28 mars 2005
01m 14s
Réf. 05242

Notice

Résumé :

L'Amazonie, qualifiée de poumon vert de la planète, est au cœur des préoccupations environnementales. La déforestation accélérée de ces dernières décennies inquiète tous les observateurs du réchauffement climatique. Au Brésil et dans les pays voisins, la déforestation est perçue comme une conséquence du développement et de la mise en valeur d'un espace national qu'il faut protéger.

Type de média :
Date de diffusion :
28 mars 2005
Source :

Contexte historique

L'Amazonie est un terme imprécis qui recouvre des réalités différentes. Le bassin fluvial s'étend sur neuf pays, sur 7,3 M de km2. La forêt ne couvre que 5,5 M de km2. Le Brésil possède 63 % du couvert forestier ; vient ensuite le Pérou, avec 13 %. Les autres pays se partagent le reste. En 1953, le Brésil a délimité une région administrative qui sert de cadre à son action qu'il appelle « Amazonie légale » qui comprend tous les Etats de la région nord et une partie de ceux qui bordent la forêt à l'ouest et à l'est. Sur l'ampleur de la déforestation, des chiffres approximatifs circulent : « un terrain de football toutes les deux secondes » ; ils ont le mérite de frapper les esprits mais la réalité est moins dramatique. La vitesse de déforestation serait 3 à 4 fois moins rapide. Les chiffres exacts de la déforestation sont difficiles à établir car il faut agréger les données pas toujours fiables de 9 pays ou se baser sur l'observation des images satellitales. Les ordres de grandeur et les prévisions les plus alarmistes (données par les sources WWF ou Zerodeforestation) parlent de 80 000 km2 de forêt équatoriale qui disparaissent chaque année dans le monde, dont 53 % pour l'Amazonie - soit un rythme de 0,6 % pour le Brésil et 1,7 % pour l'Equateur. Une disparition totale est prévue entre 2070 et 2150 ! D'autres chiffres brésiliens montrent les écarts annuels entre le record de 2004 avec 27 000 km2 défrichés, 4 571 en 2012 et 5 843 km2 en 2013. En d'autres termes, on peut dire que la forêt amazonienne a perdu depuis 40 ans environ 20 % de sa superficie et que les dévastations ont tendance à se réduire depuis quelques années.

La réduction de la couverture forestière a un impact écologique et humain incontestables. Cet espace renferme 10 % de la biodiversité mondiale : 60 000 espèces végétales, 1300 sortes d'oiseaux et 2500 essences d'arbres. D'autre part 2,7 millions d'Amérindiens vivent en Amazonie.

La déforestation a des causes multiples dont l'importance et les effets varient avec le temps et les sollicitations du marché.

La volonté du gouvernement brésilien de mettre en valeur la périphérie forestière a ouvert la voie à une colonisation agricole. Des fronts pionniers ont progressé le long des axes routiers comme la transamazonienne. Ces défrichements ont servi à l'installation des paysans pauvres du Nordeste, profitant des programmes de réformes agraires, ou aux grandes entreprises d'élevage extensif destiné à l'exportation. L'Etat du Rondônia a été un des plus touchés par cette mise en coupe. Le front pionnier se traduit par un arc de déforestation qui progresse vers le nord, du sud de l'Amazonie à la frontière péruvienne. Depuis les années 90, c'est la culture du soja qui menace la forêt après avoir dévoré les savanes de Cerrado, (voir ce document) comme dans le Mato Grosso devenu le centre de la production d'aliment pour bétail. Cette monoculture qui utilise beaucoup de pesticides et d'engrais contribue à la pollution de l'Amazone par les rejets chimiques dans les affluents du fleuve. Troisième source de destruction, l'industrie forestière dont une partie, illégale, pille les essences les plus rares, sans parler de l'orpaillage et son utilisation du mercure. Les dégâts qu'ils occasionnent sont moins visibles mais ils ont lieu dans des régions protégées et encore denses. Le Brésil a du mal à résister à la pression des marchés. L'UE, les Etats-Unis et la Chine sont des consommateurs de soja, de viande et de bois précieux. On a calculé que la demande de l'Europe représentait un tiers de l'empreinte forestière sur l'Amazonie. Depuis la fin de la dictature et la création d'un institut de l'environnement, le gouvernement brésilien s'est engagé dans une politique conservatoire. L'Amazonie est interdite au défrichement pour 31 % de sa superficie. Grâce aux militants écologistes comme Chico Mendès, les Indiens obtiennent des espaces protégés. La conscience d'un développement durable progresse.

Claude Robinot

Éclairage média

Le magazine de géopolitique de France 2 Un œil sur la planète, en mars 2005, traitait du Brésil de Lula. Un reportage intitulé : « l'Amazonie à tout prix » s'attachait à montrer la difficulté de concilier développement et gestion durable de la ressource forestière. Les images sont commentées par Martine Laroche-Joubert, grand reporter de la télévision française. Les images commencent par des vues aériennes d'un défrichement par le feu en Amazonie. Quand on observe les images, on s'aperçoit que le front de défrichement par incendie est fait à partir d'une route dont on devine le tracé sous la fumée. Il s'agit donc d'une opération concertée et organisée. Le fondu enchaîné qui suit montre le découpage parcellaire de l'espace à mettre en valeur et ensuite le résultat au sol de l'incendie. A côté des opérations de grande ampleur, il existe aussi des incendies et des défrichements sauvages pratiqués par des paysans sans terre ou des squatters venus des villes du Nordeste qui s'installent illégalement sur un front pionnier, voire dans des grandes propriétés. Mais le commentaire n'aborde pas cette question ; il évoque les cultivateurs de soja et les fazendas (grandes propriétés) d'élevage. Il aurait été plus juste pour respecter la chronologie d'inverser l'ordre : les bovins sont arrivés avant le soja, cette dernière culture se faisant plutôt en lisière d'Amazonie. Les images sont précieuses car elles montrent l'élevage extensif des buffles sur les pâtures obtenues après défrichement. La deuxième cause d'agression sur la forêt est le bûcheronnage clandestin. Les dégâts ne sont pas immédiatement visibles car les essences les plus nobles sont recherchées. L'Europe a instauré une règlementation très stricte pour l'importation des bois précieux, la traçabilité est exigée. Malheureusement, les trafiquants trouvent assez de demande sur le marché local pour continuer leur activité prédatrice. C'est surtout dans le nord de l'Amazonie, là où la forêt est encore vigoureuse, qu'on trouve les activités illégales.

Claude Robinot

Transcription

(Musique)
Journaliste
Ces dégâts, les voici.
(Musique)
Journaliste
Chaque année, plus de 20000 kilomètres carrés de forêts partent en fumée, la superficie de la Sardaigne. De grands fermiers font brûler la forêt pour faire place à la culture du soja sous toutes ses formes, et à l’élevage de bovins.
(Musique)
Journaliste
Autres prédateurs de l’Amazonie, les forestiers. Ils tracent d’abord une piste, puis vont chercher les bois précieux. On peut compter huit arbres abattus pour en récupérer un seul. 20 % du bois est coupé légalement, le reste clandestinement, principalement aujourd’hui dans l’Etat du Pará. La demande est forte au Brésil même. La presque totalité du bois abattu en Amazonie est utilisé pour la construction de maisons dans d’autres parties du pays. Les bois les plus rares sont exportés. Un commerce qui rapporte des centaines de millions de dollars, il ne fait pas bon s’y opposer.

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