La méga centrale solaire de Séville

04 octobre 2011
03m 39s
Réf. 05246

Notice

Résumé :

A Séville, profitant des conditions exceptionnelles d'ensoleillement et de l'espace disponible, les Espagnols ont installé une méga centrale solaire dont la technologie permet une production d'électricité en continu. C'est l'occasion d'examiner l'intérêt de cette source d'énergie.

Date de diffusion :
04 octobre 2011
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

La terre n'absorbe qu'une infime partie du rayonnement solaire, 175 millions de mégawatts. Pourtant cette énergie naturelle est 10 000 fois supérieure à la consommation annuelle des hommes. Autrement dit, une heure de rayonnement solaire représente la consommation électrique mondiale. Il est donc bien tentant de capturer une partie de cette source et de la transformer en chauffage ou en électricité pour compléter les sources conventionnelles et pallier la diminution des énergies fossiles. En 2010, les énergies renouvelables modernes (biomasse, solaire, éolien) ne représentaient que 8,2% de la consommation énergétique finale et seulement 5 % de la production électrique mondiale. Cette part minime des énergies renouvelables (surtout si on enlève l'hydraulique) peut pourtant croître, compte tenu du progrès des investissements consentis pour développer ce secteur. Pour le solaire, ils sont passés de 39 milliards de $ en 2004 à 257 milliards en 2011. La capacité électrique offerte par les énergies renouvelables dans le monde est de 393 GW, l'éolien en assure les 2/3 et le solaire photovoltaïque compte pour 70 GW. Si l'on fait une répartition géographique de la capacité solaire, l'Allemagne arrive en tête avec 35 %, suivie de l'Italie (18%), du Japon (7 %), de l'Espagne (6 %). Viennent ensuite les Etats-Unis, la Chine et la France. L'énergie solaire a deux applications principales : le chauffage et la production d'électricité. Le photovoltaïque sert aux deux. 200 millions de foyers sont équipés de chauffe-eau solaires, c'est en Chine qu'on en trouve le plus, avec 100 millions de m2 de panneaux solaires installés.

L'Allemagne et la Turquie sont aussi bien équipées. A Chypre, le chauffe-eau solaire est devenu une norme car il équipe 90 % des foyers. Sur le marché très compétitif des panneaux solaires, les leaders sont la firme chinoise Suntech et l'allemand Q-Cells.

En France, le photovoltaïque compte 10 millions d'installations de 10 m2, (10 m2 = 1 kW de puissance) ; la plupart de ces installations ont été réalisées entre 2009 et 2011, dopées par l'achat de l'électricité produite par EDF à un prix avantageux. La suppression de l'avantage tarifaire a fait chuter le marché de 70 %.

En Californie, une législation protectrice et des conditions naturelles favorables dans les régions désertiques ont permis d'installer d'immenses centrales photovoltaïques comme celle de Catalina Solar qui utilise plus d'un million de panneaux sur 445 hectares. Elle fournit de l'électricité pour 35 000 foyers dans un Etat surconsommateur. Le total de l'électricité d'origine photovoltaïque reste infime, environ 60 TWh, inférieure à 1 % du total mondial.

La dernière application du solaire est l'électricité produite par les centrales héliothermiques à concentration, du type de celle construite en Espagne. Elles sont dites « thermodynamiques » car elles captent le soleil en mouvement, concentrent le rayonnement et sont capable de stocker la chaleur qui est restituée sous forme d'électricité pendant les périodes sans ensoleillement.

Cette technologie, dont la capacité a stagné jusqu'en 2006, autour de 300 megawatt, semble décoller : elle est de 1760 MW en 2011. L'Espagne est très largement en tête avec plus d'une trentaine d'exemplaires sur 50 en service dans le monde. En 2013, la ville de Séville (180 000 foyers) est alimentée en électricité par 8 centrales solaires. La France avait essayé cette technologie avec la centrale Thémis installée en Cerdagne en 1983. Le projet, abandonné, a été repris par la région Midi-Pyrénées ; il fonctionne à titre expérimental. La société Solar Euromed construit une autre centrale thermodynamique en Corse avec des miroirs pivotants « Fresnel » et un stockage de chaleur qui évite les sels polluants. Dans le reste du monde, les centrales en construction ou en projet sont nombreuses (en Chine, aux Etats-Unis) mais les coûts restent élevés en l'absence d'une filière industrielle organisée.

Claude Robinot

Éclairage média

Le sujet du journal télévisé de France 2 est lancé par David Pujadas avec emphase : « la plus grande centrale d'Europe ! » ou « l'équivalent de 260 terrains de football ! ». La centrale andalouse dont le nom officiel est Gemasolar est située à proximité de Séville, sur le territoire de la petite ville de Fuentes de Andalucia. La centrale a été construite par Torresol Energy, une « joint-venture » entre les deux sociétés nationales d'électricité d'Espagne et d'Abu Dhabi, ce qui explique la présence de l'émir Al Jaber et du roi Juan Carlos lors de l'inauguration. Torresol Energy a aussi entrepris la construction de deux autres centrales près de Cadix, Valle 1 et 2, opérationnelles en 2012. Ces dernières utilisent une technologie différente avec des capteurs paraboliques au lieu des panneaux solaires plats et orientables que l'on voit dans le film, pour une performance supérieure, puisque ce sont 40 000 foyers qui sont alimentés contre 27000 pour Gemasolar. Ces centrales sont une réponse au manque de rendement de ces installations puisqu'elles fournissent de l'électricité entre 7 et 15 heures en l'absence d'ensoleillement grâce à la chaleur stockée dans les sels fondus. Le sujet se poursuit en plateau avec une analyse du journaliste François Chateauneuf appuyée par un diaporama infographique.

La part du solaire est effectivement faible (0,1 %) dans la production globale d'électricité, y compris quand on la compare aux autres énergies renouvelables, l'hydraulique et l'éolien, beaucoup plus avancés. Le journaliste présente une carte de l'ensoleillement en Europe qui nous montrerait les potentialités des pays. Elle est en fait trompeuse. L'Allemagne, bien plus que l'Espagne et ses méga centrales est le pays le plus avancé en Europe pour l'utilisation du solaire et du photovoltaïque ; c'est moins une question de potentiel que la volonté d'investir et de soutenir cet investissement par des politiques publiques et tarifaires. L'Allemagne a une capacité de 34 gigawatts qu'elle estime suffisante ; elle a décidé de réduire les subventions pour diminuer le coût de l'électricité. Le reportage accorde une petite place à un radio trottoir dans la petite ville andalouse. Sans surprise, on constate que l'approbation d'une démarche écologique est conditionnée par la question des coûts et de l'emploi.

Claude Robinot

Transcription

Présentateur
L’actualité à l’étranger, et d’abord, l’inauguration tout à l’heure de la plus grande centrale solaire d’Europe. Elle couvre l’équivalent de 260 terrains de football et elle fonctionnera, c’est la principale nouveauté, de jour comme de nuit. C’est à Séville en Andalousie. Reportage sur place, Caroline Thébaud, Mathias Barrois.
Journaliste
Vu du ciel, un immense champ lumineux aussi vaste que 260 terrains de football. Au sol, la vision de cette centrale solaire est encore plus futuriste. 2650 miroirs de 120 mètres carrés chacun. Ils pivotent toutes les 20 secondes pour renvoyer au maximum les rayons du soleil vers cette tour presque aveuglante. Après trois ans de chantier, près de Séville, le site commence à vendre son électricité.
Santiago Arias
La production, c’est beaucoup plus élevée à l’été qu’à l’hiver, mais bien sûr que c’est un plan pour travailler toute l’année.
Journaliste
Au sommet de la tour, du sel chauffé par les rayons du soleil à plus de 500 degrés. Au contact de l’eau, le sel fondu produit de la chaleur, de quoi activer une turbine et produire du courant. La prouesse de ce site, c’est qu’au coucher du soleil, la réserve de sel permet au système de fonctionner, même pendant la nuit. A terme, cette usine devrait produire 110 Gigawatt-heure par an, ce que consomment 27000 foyers. En clair, cela permettra d’économiser l’importation de 217000 barils de pétrole et surtout de réduire de 30000 tonnes les rejets de CO2 dans l’atmosphère. Un modèle écologique inauguré ce matin par le Roi d’Espagne et l’Emir d’Abu Dhabi. L’Emirat finance 40 % du projet et commence à développer ce type de centrale, car au Moyen-Orient comme ici, en Andalousie, le soleil ne manque pas. Ces espagnols cherchent même plutôt l’ombre, mais ils apprécient aujourd’hui d’être dans la lumière grâce à cette nouvelle technologie.
Inconnue 1
C’est écologique et ça donne du travail aux gens du coin.
Inconnue 2
On utilise déjà l’énergie du soleil. A la maison, on a des chauffe-eau solaire et ça fonctionne plutôt bien.
Inconnu
Il faut qu’à terme, l’électricité ne soit pas trop chère, même si cette centrale a coûté beaucoup d’argent.
Journaliste
Les rayons du soleil ne sont pas exploitables partout, ce type d’usine ne fonctionne que dans des zones arides ou semi-arides, d’où un nouveau défi, transporter l’électricité solaire d’un continent à l’autre, un défi qui pourrait prendre encore plusieurs dizaines d’années.
Présentateur
Oui, image impressionnante, bonsoir Nicolas Châteauneuf, vous nous avez rejoint, le solaire est-il l’avenir des sources d’énergie ?
Nicolas Châteauneuf
C’est vrai, David, que l’énergie solaire est quasiment inépuisable. Et imaginons un instant que l’on divise la France en quatre grands quartiers, et que l’on recouvre l’une de ces zones entièrement de panneaux solaires. Et bien, on pourrait fournir de l’électricité au monde entier. Alors, en attendant il faut quand même rester un peu modeste, puisque les panneaux solaires ne fournissent actuellement que 0,1 % de l’électricité mondiale, c’est quand même très peu, mais cela augmente très vite, notamment en Europe de l’Ouest. L’Europe de l’Ouest a connu ces dernières années un boum de l’énergie solaire, plus 95 % ces dernières années. Quant au futur, et bien, les experts du climat ont élaboré plusieurs scénarios et dans la plupart de ces scénarios, les énergies solaires représenteraient 10 % de la production d’énergie en 2050.
Présentateur
10 %, pourquoi pas davantage ?
Nicolas Châteauneuf
En fait, ça va dépendre de trois facteurs principaux. D’abord, il y a la réduction des coûts pour faire baisser le prix des panneaux solaires évidemment. Ensuite, il y a l’innovation pour améliorer leurs rendements, les rendements de ces mêmes panneaux solaires. Et puis, il y a aussi, c’est très important, les politiques publiques de chaque pays, parce que le solaire demande en fait de très gros investissements. Et bien, tous les pays ne sont pas égaux en la matière. Et d’ailleurs, si on regarde la carte de l’Europe du potentiel solaire, on voit bien ici que les pays du sud en rouge sont très nettement avantagés, et notamment on l’a vu, l’Espagne.
Présentateur
Et la France, elle est à peu près au milieu.
Nicolas Châteauneuf
Tout à fait.
Présentateur
Merci Nicolas, pour ces explications.

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