ORLAN présente ses "auto-hybridations" à New York

01 octobre 2005
02m 23s
Réf. 05322

Notice

Résumé :

L'artiste plasticienne française ORLAN quitte Paris pour New-York en 2005 après dix ans d'absence. Elle vient présenter ses nouveaux travaux de Self-hybridation ou « auto-hybridation », nouvelle étape de sa recherche plastique sur son corps comme œuvre d'art.

Date de diffusion :
01 octobre 2005
Source :
Personnalité(s) :

Contexte historique

Mireille Suzanne Francette Porte, née le 30 mai 1947 à Saint-Etienne, pose la même question dans tout son travail : « Qu'est-ce qu'être une femme ? ». Ayant adopté le pseudonyme ORLAN (en lettres capitales) en 1967, ses travaux se développent dans deux directions : le corps de l'artiste comme œuvre d'art et l'intervention ou la performance comme mode d'expression artistique.

Depuis les années 1960 ORLAN érotise fortement son travail. Elle ne craint pas de choquer le public comme lors de sa performance à la FIAC de 1977 où, la tête posée sur une photographie de son buste nu, elle vend ses baisers cinq francs aux visiteurs. Dans les années 1970, elle propose des opérations de « MesuRAGES », convertissant des distances – par exemple les dimensions du Centre Georges Pompidou – en « mètre-Orlan », ramenant ainsi le monde à son échelle intime.

Une inflexion forte de son travail est faite dans les années 1990. ORLAN décide de transformer son corps par la chirurgie esthétique. Les opérations sous anesthésiants deviennent des performances filmées et commentées en direct ; elles produisent des "résidus" (tissus, graisses) qui sont pour elle autant de trophées ou de reliques. Dans son Manifeste de l'Art Charnel, ORLAN propose une définition de son art : « L'Art Charnel est un travail d'autoportrait au sens classique, mais avec des moyens technologiques qui sont ceux de son temps. Il oscille entre défiguration et refiguration. Il s'inscrit dans la chair parce que notre époque commence à en donner la possibilité. Le corps devient un "ready-made modifié" car il n'est plus ce ready-made idéal qu'il suffit de signer. ». Elle fait des références à deux éléments importantes dans l'histoire de l'art du XXe siècle : l'héritage de Marcel Duchamp et de son questionnement sur le statut de l'oeuvre d'art et le rapport de l'art au quotidien et à l'ordinaire.

L'ordinaire qu'ORLAN exploite est son corps comme un matériau vivant et qui se transforme. On retrouve chez elle l'art du portrait. Mais alors que d'ordinaire le portrait est fondé sur la ressemblance à son modèle, Orlan rompt avec cet esprit en proposant d'elle des portraits fictifs produits à la palette graphique, les Self-Hybridations. Ces portraits ne sont pas complètement ressemblants, ils ne sont pas vraiment elle : elle entend se réinventer en s'inspirant de traditions plastiques et culturelles diverses, notamment des civilisations extra-européennes. Alors que les portraits sont le reflet d'une personnalité particulière dont ils sont le témoignage ou le souvenir, ORLAN revendique au contraire l'universalité des portraits qu'elle fait d'elle-même.

Alexandre Boza

Éclairage média

Le reportage propose un portrait hommage d'ORLAN alors que l'artiste prépare après dix ans d'absence son retour à New-York, comme si ses nouvelles expositions marquaient l'aboutissement de son parcours créatif. La plasticienne confirme cette idée en signalant que ses diverses opérations lui ont permis de se « faire une nouvelle image pour faire de nouvelles images ». D'ailleurs selon le galeriste new-yorkais Stefan Stux qui accueille ses œuvres et intervient en fin de reportage, « les Etats-Unis sont prêts à accueillir le retour d'ORLAN ».

La construction du reportage repose sur une série de raccords analogiques et plastiques entre les images de la préparation des expositions à Paris, des expositions une fois installées à différents endroits de New-York, mais aussi d'archives des performances passées d'ORLAN. Le lien est fait entre une de ses opérations chirurgicales pratiquée à New-York dans les années 1990 et le nouveau vernissage à New-York : un raccord commence sur dos d'ORLAN qui va être opérée en 1993 et se poursuit sur son visage en gros plan en 2005, insistant sur un implant temporal souligné de paillettes argentées. Pourtant le dispositif de l'opération de 1993 n'est pas très « glamour » : la salle d'opération ne ressemble pas vraiment à un bloc opératoire, le carrelage blanc sur les murs rappelle davantage les couloirs du métro. Il y a peu d'éléments chirurgicaux ; ils sont remplacés par des photographies d'ORLAN disposées au sol rappelant les différentes périodes de sa création. Le cadreur en débardeur noir semble déplacé au milieu du personnel médical et achève de rendre la performance malsaine.

Les images des « auto-hybridations » parsèment le reportage : derrière ORLAN quand elle explique qu'elle entame une nouvelle étape de son œuvre ; en gros plan dans un ouvrage (le catalogue ?) qu'elle feuillette pour nous les faire découvrir ; dans des cadres qui servent de toile de fond à Paris et New-York. Son œuvre n'est donc pas composée que de performances mais également d'objets matériels (tableaux, photographies, sculptures) qui soulignent la palette de ses talents. ORLAN explique son travail par la volonté de « casser les murs qui sont dans les têtes entre les civilisations, entre les âges, les arts et les pratiques artistiques ». Elle propose des portraits qui sont également une manière de comprendre la mondialisation culturelle : une même personne s'incarne sous différentes formes et des styles variés empruntés aux quatre coins du monde.

C'est également pour cela qu'ORLAN emménage à New-York, cœur de la mondialisation artistique. Le cadreur du reportage réalise un panoramique circulaire vertigineux qui nous permet avec ORLAN de « tourner le dos au XIe arrondissement de Paris pour de nouveaux horizons » américains (Los Angeles et New-York sont signalées dans le commentaire off), comme si la France était devenue trop petite et provinciale pour l'artiste d'origine stéphanoise. Le long de Central Park, ORLAN confirme que venir aux Etats-unis est un moyen pour elle de toucher davantage le marché international de l'art. Elle le fait avec le concours des institutions culturelles française : l'Association Française d'Action Artistique a financé pendant six mois ses recherches plastiques aux Etats-Unis et le Service Culturel Français sur la Cinquième Avenue lui prête un lieu d'exposition pour faire connaître ses travaux récents.

ORLAN trouve ainsi sa place en tant qu'artiste dans la politique française de promotion internationale de sa production artistique et de développement de son influence culturelle mondiale. Elle expose à New-York devant un public d'acheteurs potentiels des hybridations « à l'amérindienne » dans le cadre d'une institution officielle, puis dans une galerie prestigieuse de Chelsea qui lui donne davantage encore de notoriété. Etrange image pourtant de ce « nouveau départ » car le reportage se conclut sur la grossièreté d'un visiteur titillant la poitrine d'une statue hybridant l'artiste pour amuser la caméra et la galerie le soir du vernissage de l'exposition.

Alexandre Boza

Transcription

Présentatrice
L’artiste plasticienne ORLAN expose pour la deuxième fois après 10 ans d’absence ses œuvres, des photographies et des sculptures, qui partent à la conquête du marché américain. Isabelle Baechler, Philippe Mugerin.
Journaliste
Dernier jour parisien pour ORLAN à la veille d’un saut transatlantique. Derniers préparatifs pour une exposition solo dans sa nouvelle galerie de New York. Voilà 10 ans, c’est là-bas qu’elle avait subi une de ces fameuses opérations chirurgicales très médiatiques. Elle veut y retourner en grande pompe dans une galerie prestigieuse avec les œuvres produites grâce à sa nouvelle image.
ORLAN
Tout le monde pense à moi pour les opérations chirurgicales. Donc, c’était vraiment très, très important que je montre un autre type de travail puisqu’en fait, ces opérations, je les ai faites pour me faire une nouvelle image, pour faire de nouvelles images.
Journaliste
Voilà les photos retravaillées qu’ORLAN appelle des autohybridations. Elle devient poterie colombienne, icône africaine ou squaw amérindienne.
ORLAN
L’idée est de casser les murs qui sont dans les têtes, entre les civilisations, entre les âges, entre les arts et entre les pratiques artistiques.
(Musique)
Journaliste
Elle va tourner le dos au 11ème arrondissement de Paris pour de nouveaux horizons. La maturité pour elle passe par Los Angeles où elle va enseigner à l’université, mais surtout par New York et son marché.
(Musique)
ORLAN
New York, pour moi, c’est la rencontre avec, je pense, le marché plutôt. C’est la possibilité effectivement de passer une étape supplémentaire.
(Musique)
Journaliste
Sur la 5ème Avenue, sa dernière production est visible au Service Culturel Français. Elle a mêlé son image à des portraits de chefs de tribus indiennes pendant une résidence de 6 mois soutenue par l’Association Française d’Action Artistique. Hybridations, suite.
ORLAN
Pour moi, une hybridation, ce n’est pas juste 1 + 1. C’est que les forces de l’un et de l’autre ensemble font du plus, font une troisième force. Voilà.
Journaliste
Et la consécration commerciale, c’est cette exposition dans une galerie prestigieuse de Chelsea.
Stefan Stux
Ça y est, les Etats-Unis sont prêts à accueillir le retour d’ORLAN !
Journaliste
New York, comme un nouveau départ alors qu’on dit trop volontiers que les artistes français sont dévalués sur le marché international.

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