L'ouverture du MAC/VAL à Vitry-sur-Seine : un musée de banlieue ?

26 novembre 2005
02m 12s
Réf. 05324

Notice

Résumé :

L'inauguration du Mac Val à Vitry-sur-Seine est l'occasion pour les riverains de venir en curieux et de découvrir l'art contemporain dont ils sont peu familiers. Un important dispositif pédagogique est mis en place, s'appuyant entre autres sur la médiation de jeunes de la ville. La création d'un musée en banlieue doit permettre de lutter contre les préjugés sur la périphérie de Paris.

Date de diffusion :
26 novembre 2005
Source :
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Contexte historique

Le MAC/VAL (Musée d'Art Contemporain du Val-de-Marne) plante en novembre 2005 un jalon dans l'entreprise de démocratisation de la culture et de développement territorial. Il s'agit d'un musée d'art contemporain dirigé par Alexia Fabre qui affiche des ambitions culturelles fortes. D'autant plus fortes qu'il est construit à Vitry-sur-Seine, en banlieue parisienne, loin de son public parisien habituel et à la rencontre d'un nouveau public peu familier de ce type d'art, voire de l'art en général.

Il a fallu vingt-trois ans d'engagement pour faire naître ce musée. En 1982 lorsque le ministère de la Culture crée les Fonds régionaux d'art contemporain (FRAC), le conseil général du Val-de-Marne se dote d'un Fonds départemental d'art contemporain (FDAC). Il est né de la volonté de deux hommes, Michel Germa, alors président (PCF) du département, et Raoul-Jean Moulin, critique d'art au journal L'Humanité, qui joue ensuite un rôle essentiel dans la constitution de la collection du FDAC. Cette collection comprend environ mille deux cents oeuvres de deux cent cinquante artistes modernes et contemporains. Elle continue de s'enrichir d'achats et de commandes du FRAC. Mais il manquait alors à cette collection un lieu d'exposition à sa mesure. Les pièces du FRAC sont conservées au Plateau, à Paris, et les pièces du FDAC sont exposées de manière itinérantes dans différents lieux du département.

Dans les années 1990, l'idée d'un espace d'exposition s'impose sur le carrefour de la Libération à Vitry-sur-Seine, où est installée la monumentale Chaufferie avec cheminée de Jean Dubuffet en 1996. Le projet architectural de l'atelier d'architecture Jacques Ripault et Denise Duhart est retenu pour ses « lignes pures et horizontales. Un bâtiment blanc et transparent, ouvert sur l'espace urbain et sur de vastes espaces verts ».

L'arrivée de la conservatrice Alexia Fabre en 1998, puis du critique Frank Lamy pour organiser des expositions temporaires, donne un coup d'accélérateur au projet. La commune fournit le terrain, le Département du Val-de-Marne, la Région Île de France et l'Etat financent la construction pour un coût global de plus de trente millions d'euros. Les travaux commencent en 2002, et en attendant leur achèvement, une structure temporaire de préfabriqués permet d'accueillir le public et de montrer des œuvres.

Des efforts importants sont consentis pour assurer le développement territorial du Val-de-Marne. Le musée est organisé comme un lieu de rencontre de publics très divers sur un territoire populaire dont les habitants sont éloignés de la culture. La direction du musée fait notamment d'importantes proposition de médiation en direction des publics locaux. Elle développe un solide appareil pédagogique autour d'ateliers, de rencontres et de partenariats avec les établissements scolaires des communes alentours.

Lors d'une conférence donnée pour l'ouverture du musée, Christian Favier, président (PCF) du Conseil Général où il succède à Michel Germa, pose les enjeux : « Comment faire d'un équipement culturel majeur un acte urbain important, un vecteur à la fois de cohérence sociale, de valorisation économique et un atout majeur de développement ? ». Avec 400 000 visiteurs en cinq ans, le succès du MAC/VAL apporte des éléments de réponse positifs sur la valorisation du territoire local.

Alexandre Boza

Éclairage média

Le MAC/VAL, musée en banlieue ou musée de banlieue ? Cette ambiguité est au cœur du reportage qui propose une visite du musée du point de vue des riverains. Un travelling illustre le succès de l'opération portes ouvertes pour l'inauguration du musée.

Le micro trottoir dans la file d'attente démontre à quel point le public de cette inauguration n'est pas le public habituel des manifestations culturelles, comme telle femme qui avoue que « c'est la première fois [qu'elle va] au musée », tel jeune homme qui déclare habiter « à côté », tel lycéen qui signale qu'il n'y a « pas beaucoup de sorties au lycée » et tel autre qui signale que « comme c'est gratuit on en profite, c'est tout ». Diversité des motivations d'où il ressort que les visiteurs ne sont pas venus voir de l'art mais sont poussés par la curiosité. Il semble improbable que les six mille visiteurs du jour soient venus « prendre l'art » comme le dit joliment la campagne publicitaire pour le MAC/VAL. Le reportage met en avant tous les clichés sur la banlieue. Pourtant tout le monde joue le jeu de l'évènement avec « curiosité, constance, patience ». Le commentaire aurait-il été le même pour une inauguration en centre-ville ?

Le parti pris du musée est celui de faire venir les jeunes publics, et le reportage confirme que c'est un succès. Quitte à détourner les œuvres pour en faire un effet spécial ou une aire de jeu. Les contrastes des motivations sont soulignés par des discours plus construits comme celui d'une adolescente qui rappelle qu'« à Vitry, y'a pas forcément des jeunes qui puissent aller sur Paris et on a la chance d'avoir un peu de culture sur ce qui est peinture, sculpture du vingtième siècle. Donc ça nous apporte un peu question culture générale ».

Les visiteurs sont manifestement satisfaits de découvrir les œuvres en famille dans ce musée qui n'est « pas la sortie habituelle », et pour lesquelles « on nous tend la main » par un accueil bienveillant. De nombreuses images montrent des visiteurs dubitatifs devant des œuvres qui sont censées « faire réfléchir » et « provoquer le dialogue avec les tout nouveaux agents d'accueil recrutés dans le voisinage ». L'une d'entre eux, Chadila, explique qu'elle « aime beaucoup travailler avec le public, être en contact » donc est « très heureuse d'être ici ». Soixante-cinq personnes ont été recrutées sur place pour les différentes tâches au sein du musée et à la mission d'accès à la culture s'ajoute la nécessité de s'insérer dans le territoire local.

La conclusion du reportage revient à la charge en soulignant les maux de la banlieue : « Le musée ne sera peut-être pas à lui seul l'antidote au malaise des banlieue, mais c'est une offre de plus pour lutter contre le désœuvrement des uns et le désespoir des autres ». Il en est pourtant peu question dans les paroles des habitants. Mais cette sortie pas banale parviendra-t-elle à s'installer durablement dans les habitudes vitriotes ?

Alexandre Boza

Transcription

Présentatrice
Les grandes expositions font recette. Un vrai succès populaire pour le nouveau Musée d’Art Contemporain qui vient d’ouvrir à Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne. Déjà, 13000 visiteurs pour le premier week-end portes ouvertes, on y vient souvent en famille. Pour certains, c’est un premier regard, une découverte du musée. Isabelle Baechler, Nathalie Gallet.
Journaliste
Ils ont été plus de 6000 à faire la queue dans le froid près d’une heure, dimanche dernier, pour profiter de la gratuité des portes ouvertes.
Inconnue 1
Je veux rentrer pour visiter, oui.
Journaliste
Est-ce que vous allez au musée d’habitude ?
Inconnue 1
Non, c’est la première fois.
Inconnu 1
Puisqu’on habite à côté, on veut voir ce qui va se passer.
Inconnu 2
Il n’y a pas beaucoup de sorties aussi au lycée, donc…
Inconnu 1
Ben, voilà.
Inconnu 2
C’est génial, on va dire !
Inconnu 3
Ecoutez, comme c’est gratuit, on en profite et puis c’est tout.
Journaliste
Curiosité, constance, patience, les visiteurs venaient de la banlieue sud et au-delà pour découvrir l’art contemporain venu à leur rencontre au MAC/VAL de Vitry. Les œuvres les plus ludiques ont convaincu les plus jeunes bien sûr.
Inconnue 2
A Vitry, il n’y a pas forcément des jeunes qui puissent aller sur Paris et ici, on a la chance de pouvoir avoir un petit peu de culture sur tout ce qui est peinture, sculpture et du XXe siècle en fait. Donc, ça nous apporte un petit peu question culture générale.
Journaliste
La collection du MAC/VAL propose des œuvres créées pour faire réfléchir également, comme cette double chaise électrique. Des œuvres qui peuvent poser question et provoquer le dialogue avec les tous nouveaux agents d’accueil recrutés dans le voisinage.
Chadlia
Moi, j’aime beaucoup travailler avec le public donc, j’aime beaucoup le contact, donc je suis très heureuse d’être ici.
Journaliste
Un éveil aux sens, à la réflexion, au dépaysement que beaucoup ont expérimenté en famille.
Inconnu 4
Il faut des activités comme ça, c’est magnifique.
Inconnu 5
Disons que les musées, ce n’est pas une sortie qu’on fait habituellement et là, le fait que, vraiment, on nous tende la main, on nous dise voilà, vous avez quand même l’opportunité de voir quand même quelque chose, pourquoi pas ?
Journaliste
Le musée à lui tout seul ne sera peut-être pas l’antidote au malaise des banlieues. Mais c’est une offre de plus pour lutter contre le désoeuvrement des uns et le désespoir des autres.

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