Le FRAC fête ses 20 ans

28 juillet 2003
02m 37s
Réf. 05341

Notice

Résumé :

A l'occasion de ses vingt ans, visite du FRAC de Poitou-Charentes. Présentation du projet et des réserves de ce lieu de conservation. Le FRAC est en relation étroite avec le musée des beaux-arts de Nantes qui expose ses collections et dont les personnels expliquent la mission.

Date de diffusion :
28 juillet 2003

Contexte historique

Les Fonds Régionaux d'Art Contemporain (FRAC) sont un dispositif original de soutien à la création et de diffusion culturelle, apparus en 1982 sous l'impulsion du ministre de la Culture, Jack Lang. L'Etat propose alors de mettre des crédits en commun à part égale avec les régions pour constituer une collection d'art contemporain, mener des actions de sensibilisation en direction du public et faire connaître les artistes vivants. C'est une étape précoce de la décentralisation culturelle, l'Etat remettant une partie de ses crédits à des collectivités territoriales pour mettre en œuvre sa politique de développement.

Le financement paritaire induit de grandes différences entre les FRAC, certains devenant des pôles de conservation de premier plan (Dijon, Bordeaux, Nantes, Nice). Les FRAC sont organisés sous forme d'associations et gèrent les crédits alloués pour acheter ou passer commande d'oeuvres dans tous les domaines de la création (arts plastiques, arts décoratifs). Bien qu'ils ne soient pas des établissements publics, à l'image des musées, ils ne peuvent jusqu'en 2010 revendre les œuvres acquises. Ces achats sont le plus souvent réalisés par des comités d'achats constitués de « personnalités qualifiées » (artistes, conservateurs, critiques).

Trente ans plus tard, les vingt-trois FRAC ont acquis plus de 25 000 œuvres de plus de 4 000 artistes, dont plus de la moitié de créateurs hexagonaux. En privilégiant les artistes vivants, les fonds se revendiquent comme « laboratoire » de l'art en mouvement et de l'art de demain et sont une originalité française.

On leur reproche parfois d'être des institutions influencées par quelques grands prescripteurs du monde de l'art et de promouvoir un art « officiel ». Ils feraient également croître artificiellement les côtes d'artistes par leur politique d'achat, faisant le jeu des galeristes privés en amorçant une bulle spéculative.

Mais les FRAC sont surtout un puissant moyen de développement de l'art contemporain en France. A l'occasion des trente ans des FRAC en 2013, des fonds « de deuxième génération » sont prévus dans six villes (Rennes, Marseille, Besançon, Orléans, Dunkerque et Bordeaux). S'inspirant des musées dans lesquels des fonds exposent leurs collections (MAC/VAL à Créteil, MAMAC de Nice), ils veulent contribuer à l'organisation et la mise en valeur du territoire.

Ils mènent des projets qui attirent à eux le public : certes la fréquentation des FRAC varie de 15 à 30 000 visiteurs par an selon le fond, souvent avec des publics captifs comme les scolaires. Mais le prêt d'oeuvres irrigue de nombreux lieux et multiplie les occasions de mettre les publics au contact de l'art contemporain.

Alexandre Boza

Éclairage média

Le reportage s'ouvre sur la Colonial Tea Cup (1983-1994) du plasticien américain Paul McCarthy, une immense tasse à thé rose en fibre de verre posée sur un moteur qui la fait tourner. En apparence c'est un objet amusant, comme les tasses du chapelier fou dans Alice au Pays des Merveilles. C'est une image dérisoire et cruelle de la colonisation : les Britanniques conquièrent l'Inde pour assurer leur approvisionnement en thé. McCarthy qui a commencé par réaliser des performances avant de développer une œuvre plastique agressive, joue avec l'univers enfantin (Pinocchio, les sept nains, Alice) pour provoquer le spectateur. L'oeuvre acquise en 1994 fait partie des huit cents oeuvres du FRAC de Poitou-Charentes. Elle est exposée au musée des beaux-arts de Nantes.

Christophe Cesbron, du service d'action culturelle du musée, affirme la dimension artistique et pas exclusivement ludique de l'oeuvre. Elle ressemble certes à une attraction de foire, « sympathique et acidulée au départ », mais elle est en réalité nettement acide. Cette œuvre est une des plus importantes exposées, issue des réserves du FRAC - montrées en quelques plans. Le FRAC est un lieu de conservation des œuvres, et celui de Poitou-Charentes a exposé successivement à Fontevraud, Clisson et Carquefou. De nombreux fonds ont tardé à se doter de réelles structures d'exposition, mettant en place des dispositifs itinérants dans les bâtiments publics, avec les risques de dégradation qu'ils comportent.

Jean-François Taddéi, directeur du FRAC, estime qu'il faut le considérer « comme une cellule de travail expérimental, comme un laboratoire en quelque sorte [...]. Au même titre que dans la recherche scientifique ou la recherche médicale, il y a dans le domaine esthétique aussi à explorer de nouveaux territoires. [...] Le FRAC a été créé un petit peu pour ça ».. Le FRAC soutient la création contemporaine sous toutes ses formes (sculpture, peinture, vidéo, photographie, numérique) en achetant ou commandant des œuvres à des artistes inconnus ou méconnus. Ils prennent un pari sur l'avenir en misant sur des plasticiens et acquièrent ainsi de nombreuses « œuvres de jeunesse ». Elle accueille également des artistes en résidence pour faciliter leur travail. Un caractère « patrimonial » qui est souligné par l'équipe du FRAC.

Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes, admet qu'il y a des choses qu'il aime et des choses qu'il n'aime pas, mais « ce qui est important c'est d'arriver sans préjugés et de se demander ce que l'artiste a voulu exprimer ». Il explique devant une sérigraphie Campbell Soup que dans les années 1960, les artistes exposés « portaient un regard critique, original sur la société de consommation ». Le montage met cette phrase en relation avec un détournement « afro » du Bibendum Michelin (The big one) réalisé en... 2000 par le plasticien français Bruno Peinado. Il y a - volontairement ou non - la mise en scène d'une continuation de l'esthétique pop.

Alexandre Boza

Transcription

Journaliste
Cette tasse qui tourne derrière vous, c’est de l’art ?
Christophe Cesbron
Ah oui. Bien sûr, c’est de l’art. C’est une œuvre importante de l’exposition d’ailleurs. Un petit côté Lewis Carroll, cette tasse immense, on attend de voir Alice aux pays des merveilles . Enfin, quelque chose comme ça. Un côté acidulé, drôle, sympathique au départ mais en même temps, c’est une pièce plus caustique que ça, un peu acide. Et on le trouve par son titre Tasse de thé coloniale .
Journaliste
Pour que des œuvres comme celle-là soit présentées dans des musées, il aura fallu, il y a 20 ans, la création des Fonds Régionaux d’Art Contemporain. A Nantes, le FRAC s’installa d’abord à Fontevraud, puis à Clisson, enfin à Carquefou.
(Musique)
Jean-François Taddéi
Il faut considérer le FRAC comme une cellule de travail expérimental, comme un laboratoire en quelque sorte et permettre, au même titre que la recherche scientifique ou la recherche médicale, et bien il y a dans le domaine esthétique aussi, à explorer de nouveaux territoires et le FRAC a été créé un petit peu pour ça.
(Bruit)
Journaliste
Le FRAC des Pays de la Loire est riche de plus de 800 œuvres. C’est le premier à avoir reçu des artistes en résidence et avoir monté une collection d’œuvres photographiques ou vidéos. Comme celle qui est présentée cet été à Carquefou du lithuanien Narkevicius, l’image en mouvement.
Intervenante
C’était à la fois une manière de présenter un travail vivant, presque expérimental même si cet artiste maintenant commence à être connu et reconnu, si j’ose dire. Et dans le même temps, de prendre un peu non pas le contre-pied mais de venir éclairer les autres missions des FRAC que celles qui sont montrées à travers les expositions nationales qui ont un caractère, je dirais, plutôt patrimonial.
(Musique)
Journaliste
Nantes est l’une des quatre villes françaises à avoir été retenue comme lieu d’exposition des trésors publics contemporains nationaux. Ça n’est pas un hasard car les réserves nantaises figurent déjà parmi les plus riches.
Jean-Marc Ayrault
Il y a des choses que j’aime et des choses que je n’aime pas, et ce n’est pas… On n’est pas obligé d’aimer tout, que ce soit des œuvres classiques ou des œuvres contemporaines. Ce qui est important, c’est d’arriver sans préjugé et de se demander ce que l’artiste a voulu exprimer. Ici, par exemple, au musée des Beaux-Arts, c’est très clair que les artistes qui se sont exprimés dans les années 60 portaient un regard critique, enfin original sur la société de consommation.
Journaliste
Après les expositions et animations de l’été, le FRAC organisera en automne un réseau électronique destiné au public qui s’intéresse au numérique, affaire à suivre.
(Musique)

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