La réinvention des parcs urbains à La Villette

17 juin 1991
03m 11s
Réf. 05355

Notice

Résumé :

Jean-Pierre Le Dantec, professeur à l'école d'architecture, présente la conception architecturale du parc de La Villette conçu par Bernard Tschumi en 1982. Illustré d'images du parc, des folies, des fontaines et de différents jardins, le reportage montre le renouveau de l'art des jardins dans l'espace public parisien.

Type de média :
Date de diffusion :
17 juin 1991
Source :
FR3 (Collection: Les arts )

Contexte historique

Dans les années 1970, l'environnement devient progressivement une préoccupation des citoyens et des pouvoirs publics. En 1971, l'extension du Parc de La Courneuve donne lieu au premier concours international de paysagistes, remporté par Gilbert Samel et Allain Provost, futur concepteur du jardin André-Citroën à Paris. En 1976 le projet de réhabilitation du site des anciens abattoirs de La Villette est proposé et en 1982, François Mitterrand lance un concours pour créer un parc entre les futures cités de la Musique et des Sciences.

C'est le premier parc urbain de grande envergure réalisé à Paris depuis Haussmann dans les années 1850 à 1870. Il s'agit de créer un « modèle des parcs urbains du XXIe siècle » et d'aller à la « recherche d'une civilisation de la ville ». Le directeur de la Mission du parc, François Barré, y ajoute la volonté de réaliser « un équipement culturel de plein air, conçu sous le double signe de la rencontre et de l'union des contraires : la nature et la ville, le corps et l'esprit, la savoir et le faire ». Le concours suscite quatre cent soixante-et-onze projets émanant de trente-six pays.

L'architecte suisse Bernard Tschumi remporte le concours en 1983 avec une proposition géométrique à la manière des jardins des années 1920. Il installe une « trame » organisée en relation avec la présence des vastes bâtiments de la Cité des Sciences (trois cents mètres) et de la Grande Halle de La Villette (deux cent cinquante mètres) ainsi que les différents éléments du paysage (le canal de l'Ourcq, le boulevard périphérique et le boulevard des maréchaux).

Pour « baliser les cinquante-cinq hectares du parc », il propose une articulation de l'espace par un réseau de « folies » et une « promenade cinématique », une « succession d'ambiances paysagères soigneusement orchestrée le long d'un circuit sinueux. Une multiplicité de sensations : voilà ce que nous avons cherché à La Villette. Il y a eu d'emblée la volonté d'éviter la création d'un espace trop homogène » [citations tirées d'un entretien dans Alain Orlandini, Le Parc de La Villette de Bernard Tschumi, Paris, Somogy, 2001].

La trame achevée en 1995 est celle de petits bâtiments cubiques rouges, les folies, distribués tous les cent vingt mètres suivant un quadrillage régulier afin de donner une identité à l'ensemble du vaste parc. Pour accueillir le public, de grandes « prairies » sont plantées, bordées d'arbres et découpées en cercles et triangles.

Des aménagements métalliques (passerelles et galeries à couverture en vague), un mobilier signé par le designer Philippe Stark et des œuvres comme la Bicyclette ensevelie monumentale de Claes Oldenburg et Coosje van Bruggen contribuent à la forte originalité du lieu. Deux passages couverts de cinq mètres organisés en croix, des allées droites, orthogonales ou obliques ainsi que des parcours sinueux dallés en grandes plaques forment un réseau de circulation. Des changements de niveau sont assurés par des escaliers, des rampes et des ponts suspendus menant aux différents jardins. La promenade cinématique de quatre kilomètres de courbes et contre-courbes invite à la déambulation. Elle circule entre les dix jardins réalisés par des concepteurs invités par Tschumi.

Alexandre Boza

Éclairage média

Le reportage s'ouvre sur le symbole du Parc de la Villette : le dôme de la Géode, qui abrite une salle de cinéma à écran hémisphérique. Il reprend ensuite l'idée de déambulation dans les jardins chère à Bernard Tschumi : un homme qui fait de l'exercice, une folie, le ballet des tondeuses. Autant d'éléments qui font à la fois la singularité et la banalité du lieu.

Sur fond d'images du jardin, Jean-Pierre Le Dantec, professeur à l'école d'architecture, présente les circonstances dans lesquelles les jardins et l'espace sont devenus des questions pour les pouvoirs publics : « qu'est ce que pourrait être un parc urbain de la fin du XXe siècle dans une ville de la fin du XXe siècle ? ».

L'« affaire » de La Villette est dans ces conditions « excitante ». L'architecte Bernard Tschumi a bénéficié d'une grande liberté, fixant quelques grandes règles et contraintes, à la manière de l'Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle), groupe d'écrivains (Raymond Queneau, Georges Pérec) et de mathématiciens estimant que la contrainte libère mieux l'imagination. Tschumi propose donc « une trame carrée » avec à chaque angle « une fabrique, une folie en tôle émaillée qui décline l'idée du cube à travers des règles là encore extrêmement bizarroïdes [sic]. Et à l'intérieur de cette trame vont se tenir à la fois des espaces avec chacun leur caractérisation, leur matière (pelouse, bitume, etc) et une promenade cinématique [car] notre vision même n'est plus celle du XVIIIe ou XIXe siècle ». Le Dantec voit dans le travail de Tschumi une « radicalité [...] à la Wenders » pour sa déambulation, plus qu'un projet tourné vers l'écologie, les deux tendances de la pensée contemporaine en matière de paysagisme.

Tschumi confie à dix paysagistes dix jardins avec chacun leur caractère : le Jardin des Miroirs, le Jardin des Equilibres, le Jardin des Frayeurs enfantines, le Jardin des Voltiges, le Jardin des Îles et le Jardin du Dragon de Bernard Tschumi (avec le concours de François Ghys) ; le Jardin des Vents et des Dunes, d'Isabelle Devin et Catherine Rannou ; le Jardin de la Treille, de Gilles Vexlard et Jean-Max Albert ; le Jardin des Bambous, d'Alexandre Chemetoff, Daniel Buren et Bernhard Leitner ; le Jardin des Ombres, d'Ursula Kurz.

Les plans sur les jardins illustrent la relation entre architecture et verdure pour construire des paysages, par exemple le Cylindre sonore de Bernard Leitner au cœur du Jardin des Bambous. C'est une structure double de dix mètres de diamètre, dont la paroi intérieure est perforée de claustras-fontaines où l'eau circule. L'espace est baigné de sons électro-acoustiques diffusés par haut-parleurs et associés au bruit de l'eau, renforçant l'idée d'un territoire creux, comme le jardin lui-même. Daniel Buren organise dans le jardin une allée avec un décalage introduit par une allée en bande de 4,20 mètres alternant les lignes de galets blancs et noirs.

Le Jardin de la Treille, en bordure de la prairie du Cercle est conçu par Gilles Vexlard et Jean-Marc Albert. Ils organisent huit terrasses en étage depuis un bassin. Un réseau de haubans soutient des ceps de vigne qui ne sont malheureusement pas visibles dans le reportage. Enfin le Jardin de l'eau (ou des Brouillards) d'Alain Pélissier et Fujiko Nakaya est déposé en 2006 et remplacé par l'Artère-le Jardin des Dessins de Fabrice Hyber à la demande de l'association Sidaction.

Alexandre Boza

Transcription

(Musique)
Jean-Pierre Le Dantec
Ce qu’il y a d’intéressant depuis la fin des années 70, c’est que, je crois, à la faveur justement d’un renouveau de la réflexion sur l’espace, qui existe aussi en architecture, eh bien, la question du jardin est revenue. Qu’est-ce que ça pourrait bien être qu’un parc urbain de la fin du XXe siècle, dans une ville de la fin du XXe siècle ? Alors, cette question-là a été posée de façon provocatrice avec l’affaire de la Villette, c’était excitant.
(Musique)
Jean-Pierre Le Dantec
Tschumi a travaillé à peu près comme un écrivain l’OuLiPo, c’est-à-dire quelqu’un qui se donne un certain nombre de règles assez arbitraires. Vous savez, bon, Perec disait qu’il n’écrivait plus un roman sans la lettre e, enfin, et cetera, bon, à la fois pour tenir l’espace à l’aide d’une trame carrée, à partir de laquelle, à chaque angle arrivera une fabrique, une folie, en tôle rouge émaillée ; qui décline l’idée du cube à travers donc des règles là encore extrêmement bizarroïdes, qu’on peut trouver extrêmement bizarroïdes. Et à l’intérieur de cette trame vont se tenir à la fois des espaces avec chacun leur caractérisation, leur matière, pelouse, bitume, et cetera, bon, et une promenade, promenade cinématique. Donc, qui veut intégrer une idée que notre vision même n’est plus celle du XVIIe ou du XVIIIe ou du XIXe siècle. Et dans cette promenade cinématique, il y a un ensemble de jardins qui s’enchaînent les uns et les autres, qu’il a confiés à un certain nombre de paysagistes, parce que lui-même n’est pas un jardinier.
(Musique)
Jean-Pierre Le Dantec
Je pense que Tschumi a joué avec une sorte de radicalité, un aspect de la pensée contemporaine qui est l’univers, si vous voulez, à la Wenders, enfin, bon. Plus dans cette voie-là que dans un autre courant de la pensée contemporaine qui est le courant écolo, mais je veux dire que les deux sensibilités existent.
(Musique)

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