La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette

04 août 1960
04m 29s
Réf. 05400

Notice

Résumé :

Interview du réalisateur Jean Delannoy et des acteurs sur le tournage pour le cinéma du film La Princesse de Clèves en 1960.

Date de diffusion :
04 août 1960
Source :
ORTF (Collection: JT NUIT )

Contexte historique

Madame de Lafayette n'a pas été sans raison surnommée « le Brouillard » par ses amis : sa vie est nimbée de paradoxes et de mystère. Cette habituée des intrigues de cour a prôné la solitude et le repos, tandis que la femme de lettres a écrit sur la passion qu'elle ne semble guère avoir elle-même vécue.

Née en à Paris en 1634, Marie-Madeleine Pioche de la Vergne reçoit une éducation soignée. Comme son héroïne, son père meurt lorsqu'elle n'a que quinze ans. Mais le second mariage de sa mère, qui ouvre un salon réputé, l'introduit dans le monde. Elle apprend les codes de l'esprit et de la galanterie, découvre les romans précieux de Mlle de Scudéry, obtient même en 1650 une place de demoiselle d'honneur auprès d'Anne d'Autriche. Mais à dix-huit ans, elle doit suivre en exil sa mère et son nouveau mari, qui s'est compromis dans la Fronde des nobles contre le roi. Elle se console difficilement de cet éloignement parisien par la lecture, l'étude de l'histoire, et des échanges épistolaires nombreux. Un an avant la mort de sa mère, en 1655, elle épouse, dans un mariage d'intérêt, le comte François de Lafayette, un veuf bien plus âgé qu'elle, et qu'elle doit suivre dans son château d'Auvergne. Dans cette réclusion forcée, elle développe son imaginaire. Heureusement, la gestion de la fortune de son mari, qui reste sur ses terres, lui permet de regagner Paris quelques années plus tard. Elle fréquente alors avec assiduité les salons, s'imprègne du jansénisme austère de l'Hôtel de Nevers, sacrifie à la mode des portraits en faisant celui de sa grande amie, Madame de Sévigné, dans un style précieux. Elle se lie avec La Rochefoucauld et Henriette d'Angleterre, l'épouse de Monsieur. Cette amitié lui permet d'acquérir cette parfaite connaissance de la Cour qui caractérise ses œuvres. À l'époque, l'écriture collective de romans est un jeu de société, et en 1662 paraît sans nom d'auteur La Princesse de Montpensier, auquel deux des amis de Madame de Lafayette, Ménage et Segrais, ont sans doute collaboré. Après ce vif succès, il faut attendre sept ans pour voir publié Zaïde, qu'elle signe cette fois du nom de Segrais. Les amours malheureux et les analyses brèves de ce roman encore pastoral et précieux annoncent déjà son chef d'œuvre, qu'elle écrit entre 1671 et 1678. La Princesse de Clèves, qui paraît une nouvelle fois sous l'anonymat, suscite des controverses passionnées. Madame de Lafayette écrit encore La Comtesse de Tende et les Mémoires de la cour de France pour les années 1688 et 1689, qui paraissent à titre posthume. Mais après la mort d'Henriette d'Angleterre en 1670, celles de La Rochefoucauld en 1680 et de son mari en 1683, elle s'éloigne progressivement de la vie mondaine pour se consacrer à la carrière de ses deux fils et méditer, dans une attitude pleine de résignation et de mélancolie.

Considéré comme le premier roman d'analyse, aux antipodes des fictions extravagantes de la littérature pastorale, La Princesse de Clèves apparaît comme un texte fondateur par sa rigueur esthétique et morale. La belle et vertueuse Mademoiselle de Chartres a seize ans lorsqu'elle épouse le prince de Clèves, qu'elle estime mais n'aime pas. Peu de temps après son mariage, elle fait la rencontre à un bal du séduisant duc de Nemours, dont elle s'éprend en secret passionnément. Comment vivre cet amour, que son éducation et sa vertu lui interdisent, dans la cour des Valois où tout se sait ? Pour échapper aux affres de la passion et préserver son idéal, elle fait le choix provocant d'avouer sa flamme à son mari, puis, à sa mort, de préférer la solitude au mariage avec son « amant ».

Johanna Pernot

Éclairage média

Le reportage de cette édition de la nuit du JT est composé d'une succession d'interviews avec le réalisateur puis les acteurs principaux du film, entrecoupée par des plans sur le décor. Les cadreurs, souvent issus du cinéma, ont l'art de la mise en scène. Après des plans qui soulignent la majesté de Chambord et d'un cheval au trot, la caméra filme des images du tournage avec Jean Delannoy pour enchaîner habilement sur son interview devant le château. Le réalisateur, qui s'est fait une spécialité de l'adaptation littéraire au cinéma, collabore de nouveau avec Jean Cocteau pour proposer une adaptation fidèle du roman de Madame de Lafayette. Le projet initial, interrompu en 1944, est donc repris seize ans plus tard, mais cette fois, en couleur. Delannoy justifie son choix de La Princesse de Clèves par son rejet de l'étalage obscène des passions au cinéma. Il recherche la discrétion et la pudeur, et exprime le désir d'inspirer aux jeunes le sens des grandes histoires d'amour.

Les comédiens principaux sont interviewés tour à tour devant le château en costume d'époque. Jean Marais, qui devait incarner en 1944 le duc de Nemours, réalise son souhait de jouer le rôle du prince de Clèves, qu'il trouve plus humain, plus touchant. Un plan de demi-ensemble met en scène l'arrivée magnifique de Marina Vlady (la princesse de Clèves) le long de l'allée centrale. Les deux comédiens expriment leur bonheur d'incarner de si grands rôles.

Johanna Pernot

Transcription

(Silence)
Journaliste
Jean Delannoy, nous trouvons reconstituée pour La Princesse de Clèves , l’équipe de L’éternel Retour , Jean Delannoy, Jean Cocteau, Jean Marais et même Piéral. Est-ce que c’est un hasard ?
Jean Delannoy
Non, ce n’est pas un hasard, vous pouviez même y ajouter Georges Auric qui avait déjà fait la musique de L’éternel Retour . Non, ce n’est pas un hasard parce que nous avons préparé le film il y a 16 ans avec Jean Cocteau. Et au lendemain de L’éternel Retour , nous avions l’intention de le faire à ce moment-là et puis, l’époque ne s’y prêtait pas, c’était 1944. Et puis surtout, la couleur n’était pas possible à ce moment-là. Alors, nous avons préféré attendre et j’ai choisi cette époque-ci pour faire La Princesse de Clèves , parce que ça me semble beaucoup plus indiqué maintenant.
Journaliste
En effet, cela valait la peine d’attendre, d’autant plus que ce film vient peut-être davantage à son heure. En effet, est-ce que c’est en réaction contre l’étalage exhibitionniste des passions au cinéma que vous avez entrepris le tournage de La Princesse de Clèves , où elles s’expriment d’une façon extrêmement discrète ?
Jean Delannoy
Oui, c’est tout à fait pour aller à contre-courant des films que l’on fait actuellement que je fais La Princesse de Clèves, parce que je suis moi-même personnellement écoeuré, par ce que l’on voit d’une façon générale sur les écrans, par la façon dont on considère l’amour, par ces histoires affreuses et superficielles. Parce que c’est une grande histoire d’amour et que j’espère donner aux jeunes le sentiment encore des grandes histoires d’amour, passionnelles et où l’on respecte la passion, et où l’amour se donne des grandes disciplines.
Journaliste
Par conséquent, inutile de vous demander Jean Delannoy s’il s’agit d’une transposition fidèle du roman de Madame de la Fayette.
Jean Delannoy
Ah oui, tout à fait, tout à fait. Jean Cocteau a, lui-même, respecté beaucoup le texte de Madame de la Fayette tout en y ajoutant son grand talent. Mais il faut dire qu’il a repris beaucoup le texte de Madame de la Fayette.
(Silence)
Jean Marais
C’est très curieux, la vie me donne toujours ce que j’ai souhaité. C’est-à-dire, quand Jean Cocteau a écrit il y a 15 ans le scénario et les dialogues, je devais faire le Duc de Nemours. Et lorsque j’ai lu le scénario, je regrettais de ne pas tourner le Prince de Clèves. J’avais dit à Jean Cocteau à ce moment-là, je trouve que le rôle que j’aimerais mieux jouer c’est le Prince de Clèves. Et voilà mon vœu réalisé, car à l’époque, le film n’avait pas été tourné.
Journaliste
Pourquoi est-ce que vous préférez tourner le Prince de Clèves ?
Jean Marais
Parce que c’est un rôle plus humain et plus vrai et qui me touche davantage.
(Bruit)
Journaliste
Vous permettez ?
Marina Vlady
Oui!
Journaliste
Vous êtes très aimable, merci infiniment. Marina Vlady, vous abordez actuellement une période tout à fait délicate de votre carrière. Jusqu’à présent, vous avez été dirigée, sur le plan professionnel s’entend, le reste ne nous concerne pas, comment est-ce que vous voyez les choses et comment est-ce que vous choisissez vos rôles ?
Marina Vlady
Et bien, j’ai passé d’abord 9 mois sans travailler, je suis restée à Paris et je me suis occupé un peu de moi-même, j’ai lu beaucoup de scénarios, beaucoup d’histoires. Et finalement, j’ai choisi Une fille dans la vitrine , qui est le film que je viens de terminer avant de commencer celui-ci ; parce que c’est un rôle qui me permet d’aborder un genre tout à fait différent. C’est une prostituée, c’est une femme qui souffre, qui pleure, qui rit, qui est beaucoup plus mobile que tout ce que j’ai fait jusqu’à présent. Et naturellement, se posait le problème de la suite, et j’ai eu la chance d’être choisie par Monsieur Delannoy et Monsieur Dorfmann pour interpréter la Princesse de Clèves, et je n’ai pas hésité un instant quand on m’a proposé ce rôle ; parce que je pense que toute comédienne souhaiterait, enfin souhaite jouer de genre de rôle.
(Silence)

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