Luca Ronconi met en scène l'Orlando Furioso, d'après l'Arioste, au Théâtre des Nations

05 mai 1970
02m 53s
Réf. 05401

Notice

Résumé :

Le JT de 13 heures du 5 mai 1970 propose un reportage sur la mise en scène de Luca Ronconi qui ouvre la saison du Théâtre des Nations : l'Orlando Furioso, d'après l'Arioste.

Date de diffusion :
05 mai 1970
Source :
ORTF (Collection: JT 13H )

Contexte historique

Issu du Festival International d'Art Dramatique de Paris fondé en 1954 par Aman Maistre-Julien et Claude Planson, le Théâtre des Nations naît en 1956 du traumatisme de la Seconde Guerre mondiale. L'art apparaît alors comme un moyen efficace pour créer une profonde solidarité entre les peuples. L'initiative, soutenue par l'UNESCO et l'Institut International du Théâtre, repose sur l'idée que s'ouvrir à la culture de l'autre, c'est mieux le connaître et, par conséquent, mieux l'accepter. L'expérience du Théâtre des Nations se poursuit une vingtaine d'années, mue par une volonté constante d'ouverture sur le monde. Elle confirme en outre l'existence d'une communauté internationale du théâtre, et fait découvrir les noms de ceux qui devinrent les grands maîtres des XXe et XXIe siècles : Bertolt Brecht, Jerzy Grotowski, Peter Brook, Giorgio Strehler ou Julian Beck.

En 1970, les Italiens du Théâtre Libre de Rome ouvrent la saison du Théâtre des Nations avec l'Orlando Furioso, orchestré par Luca Ronconi. Ce metteur en scène italien, né en 1933, a commencé sa carrière en tant qu'acteur (dirigé, notamment, par Giorgio Strehler), avant de se lancer dans la réalisation de spectacles, puis de devenir directeur de théâtre. Son adaptation du Roland furieux de l'Arioste est la création qui lui vaut une renommée internationale. Ce poème épique du XVe siècle est une gigantesque fresque de plus de quarante mille vers qui chante un monde disparu : celui de la chevalerie. Il importait à Luca Ronconi de perdre son spectateur dans la représentation, de la même manière que le lecteur pouvait se perdre dans cette oeuvre, immense et foisonnante. Aussi le spectacle (qui eut lieu dans le Pavillon Baltard des Halles de Paris) est-il éclaté en plusieurs aires de jeu simultanées, renouant avec les spectacles de foire d'antan.

Alexandra Von Bomhard

Éclairage média

Le reportage plonge le téléspectateur dans la représentation. Il propose des temps assez longs, où les images du spectacle sont diffusées, sans commentaire, ou avec un commentaire discret et élogieux («une redécouverte»). Le document tente surtout de rendre compte de la scénographie labyrinthique qui caractérise la création. Dans ce spectacle en effet, comédiens et spectateurs (parmi lesquels on reconnaît Juliette Greco et Michel Piccoli) ne sont pas face à face : ils coexistent dans le même espace. Les images, filmées en caméra à l'épaule, sont assez chaotiques, épousant ainsi l'impression foisonnante qui naît de la représentation. Les travellings permettent de capter quelque chose du rythme soutenu du spectacle, où les chars en mouvements, les cavaliers fous fendant la foule, tentent d'attirer l'attention d'un spectateur libre de se rendre où il le souhaite. Le traitement du lieu théâtral proposé ici par Luca Ronconi s'inscrit dans le droit fil de ce qu'Antonin Artaud (voir le document sur Antonin Artaud) préconisait dans « Le théâtre de la cruauté » : «Nous supprimons la scène et la salle qui sont remplacées par une sorte de lieu unique, sans cloisonnement, ni barrière d'aucune sorte, et qui deviendra le théâtre même de l'action. Une communication directe sera établie entre le spectateur et le spectacle, entre l'acteur et le spectateur, du fait que le spectateur placé au milieu de l'action est enveloppé et sillonné par elle » (Antonin Artaud, «Le théâtre de la cruauté», in Le Théâtre et son double, Paris, Gallimard, 1964, rééd. 2003, p. 148). Il eut d'ailleurs une influence décisive dans la création théâtrale contemporaine, inspirant, notamment la scénographie éclatée du 1789 d'Ariane Mnouchkine (voir le document Le Théâtre du Soleil répète 1789 à la Cartoucherie de Vincennes).

Alexandra Von Bomhard

Transcription

Présentateur
Nous allons parler d’abord de théâtre.
Jacqueline Alexandre
Oui. Tout d’abord, nous allons parler de théâtre, en tout cas de la saison du Théâtre des Nations 1970 qui a débuté hier soir aux Halles. Cette... vous le connaissez, vous savez que le Théâtre des Nations se consacre généralement aux diverses tendances de théâtre moderne, appelé plus couramment théâtre contemporain. Et cette saison sera très courte puisqu’elle a débuté donc, je vous le disais, hier soir et qu’elle se terminera le 29 mai. Cinq troupes seulement se produiront et ceci répond à une demande du public qui demandait précisément beaucoup moins de troupes que l’an dernier et que les années précédentes et une qualité nettement supérieure.
(Bruit)
Journaliste
Et ce sont les italiens avec le Théâtre Libre de Rome qui inauguraient la saison 70. Au programme, le Roland Furieux , de l’Arioste, un poème écrit en Italie au XVe siècle. L’action de cette fresque gigantesque, le poème original ne possède pas moins de 40 000 vers, se passe au temps de Charlemagne et de la guerre contre les Sarrasins ; et nous conte les amours d’une gente dame du temps jadis, Angélique, et d’un preux chevalier, Roland, celui de Roncevaux. L’histoire fantastique et compliquée multiplie les intrigues, les rebondissements et les personnages, et se présente comme la résurgence moderne des spectacles de foire qui se déroulaient autrefois sur le parvis des églises. Les scènes sont multiples et le spectateur, sans doute un instant dérouté, découvre tout atour de lui un spectacle inouï, grandiose, se déroulant çà et là au gré de sa fantaisie ; car le spectateur décide de ce qu’il lui plaît de voir, il est au centre du spectacle, au cœur de la fête et du drame.
(Bruit)
Journaliste
"Je chante les dames, les cavaliers, les combats et les amours". Ce vers résume l’action de ce spectacle en forme de synthèse, d’un monde fabuleux et oublié, celui de la chevalerie.
(Bruit)
Journaliste
Incohérence, fantasmagorie, tragédie, farce, amour passionné, exploit audacieux, tel est ce spectacle, ce Roland Furieux , présenté aux Halles jusqu’au 15 mai.
(Bruit)
Journaliste
Une redécouverte.
(Bruit)

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