Les Trois Mousquetaires, d'Alexandre Dumas

25 décembre 1959
04m 03s
Réf. 05410

Notice

Résumé :

Adaptation des Trois Mousquetaires, d'Alexandre Dumas par Claude Barma en 1959. Une intrigue de coeur.

Date de diffusion :
25 décembre 1959
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Contexte historique

Né en 1802, Alexandre Dumas père est, avec Eugène Sue, l'un des écrivains les plus connus de la littérature populaire. Pourtant, c'est d'abord avec ses drames romantiques inspirés par la lecture de Shakespeare qu'il acquiert, à moins de trente ans, la célébrité. Henri III et sa cour est, un an avant le Hernani d'Hugo, la première pièce romantique jamais représentée.

Grand amateur des romans historiques de Walter Scott, Dumas rêve également d'écrire pour un large public des œuvres où l'Histoire officielle et les destins individuels se mêlent, d'une façon vivante et pittoresque. Il reprend alors l'obscur roman d'Auguste Maquet, écrit à partir des mémoires de d'Artagnan, pour produire, entre 1844 et 1848, la fameuse trilogie : Les Trois Mousquetaires, Vingt ans après, Le Comte de Bragelonne. Le succès de ces romans, que les journaux s'arrachent pour leur publication en feuilletons, le pousse à en proposer d'autres, en collaboration avec Maquet : Le Comte de Monte-Christo, La Reine Margot et La Dame de Monsoreau voient le jour en deux ans.

Cette activité prolifique fait la fortune de Dumas, qu'il dilapide avec une générosité incroyable. Il mène un train de vie fastueux, collectionne les maîtresses, fait des folies pour le plaisir du geste – il se fait même construire un château de Monte-Christo. Fortement endetté, il fuit Paris pour Bruxelles, où il écrit ses Mémoires. Il meurt en France en 1870, en laissant inachevé son Dictionnaire de cuisine, qui célèbre sa passion pour la gourmandise.

Les Trois Mousquetaires reste un roman emblématique de la littérature populaire, dont l'intrigue se noue le plus souvent dans le décor sombre et mystérieux des villes, entre des personnages archétypiques. Très longue en raison des publications en feuilletons, elle accumule les situations dramatiques et les rebondissements forts en émotions, mais finit presque toujours par le triomphe du Bien. Dumas, qui imagine une lutte secrète entre le cardinal de Richelieu et la reine Anne d'Autriche, innove en mêlant au roman populaire l'Histoire de France. À l'image de son créateur, le héros, fougueux et désintéressé, risque sa vie dans des aventures où il se jette avec panache. Secondé par ses amis Athos, Portos et Aramis, trois mousquetaires attachés au service de Louis XIII, d'Artagnan déjoue une première fois les plans machiavéliques du cardinal et sauve l'honneur de la reine, mais ne parvient pas ensuite à éviter l'assassinat de son amant, le duc de Buckingham, lors du siège de La Rochelle. À la fin du roman, d'Artagnan se réconcilie néanmoins avec le terrible cardinal, et devient lieutenant des mousquetaires.

Johanna Pernot

Éclairage média

Comme beaucoup de pionniers de la télévision, Claude Barma affectionne la réalisation en direct, qui privilégie l'événement. Ses tournages complexes, avec de multiples décors et caméras en studio, font de lui le réalisateur par excellence de l'école des Buttes-Chaumont. En 1959, son goût pour l'histoire et les romans de cape et d'épée le porte vers le mélodrame des Trois Mousquetaires, que Dumas a adapté pour la scène en collaboration avec Auguste Maquet. Tourné en direct, le spectacle, qui fait appel à de grands moyens (pas moins de huit caméras et deux studios), constitue une véritable performance. On découvre un débutant, Jean-Paul Belmondo, dans le rôle de d'Artagnan.

L'extrait, qui correspond pour partie au chapitre VIII du roman, s'ouvre sur la visite de Bonacieux, qui surprend d'Artagnan et son valet, Planchet (Robert Hirsch). L'épisode, en deux volets (le récit de l'enlèvement de Madame Bonacieux ; l'arrestation de son mari), en s'achevant sur le pacte des mousquetaires contre Richelieu, signe le début véritable de l'action.

Pendant toute la séquence qui se déroule dans l'intérieur modeste de d'Artagnan, la caméra, presque toujours fixe, sert avant tout le texte de Dumas en mettant en valeur les dialogues et les relations des personnages.

Ces derniers, qui incarnent des types, offrent le mélange des genres grotesque et sublime propre à l'esthétique romantique. Le valet et le bourgeois, que d'Artagnan après son départ traite d' « imbécile », inscrivent la scène dans le registre de la comédie. L'importance accordée aux détails triviaux et à l'argent caractérise les deux hommes. Planchet, qui fait mine d'astiquer avec sa chemise les meubles à l'arrivée de Bonacieux (Michel Galabru), qui intervient dans la conversation et gêne les deux interlocuteurs en se glissant, la mine boudeuse, entre eux, ou qui vient prendre la bourse du lâche Bonacieux, a tout du valet de la farce. En prévenant les mousquetaires de l'arrestation de Bonacieux, il occupe également une fonction dramatique.

S'ils sont bons vivants et aiment le vin, ces derniers, à l'inverse, sont nobles, généreux et passionnés, et incarnent de ce fait certaines valeurs des héros. Ils débordent d'énergie et de gaieté. Le lexique de la bravoure caractérise leurs paroles. Au moment où d'Artagnan leur livre la confidence qui les propulse définitivement dans l'aventure, le plan de semi-ensemble qui les réunit suggère également leur fraternité et leur complicité, que couronne le fameux « Un pour tous, tous pour un » de la fin.

Les dialogues, tout en alimentant le suspense, préparent l'action. Au début de la conversation entre d'Artagnan et Bonacieux, la caméra qui se resserre autour des deux personnages, les unissant dans un même plan, suggère leur alliance, mais également la confidentialité des propos. Bonacieux ne livre pas les informations directement, il laisse à d'Artagnan le soin de deviner, comme s'il ne voulait pas prononcer lui-même le nom de la reine, et crée ainsi le suspense. De même, l'exclamation des trois mousquetaires, qui répètent en chœur les mots de d'Artagnan « la reine ! », scande la scène et conduit à sa dramatisation.

La rapidité des décisions, les informations qui fusent, l'arrestation de Bonacieux, catalyseur de l'action – tous ces éléments permettent à Barma, sans adopter un point de vue tranché, de transcrire fidèlement le rythme haletant de l'œuvre de Dumas.

Johanna Pernot

Transcription

(Bruit)
Michel Galabru
Ah, Monsieur le Chevalier, je suis bien votre serviteur !
Jean-Paul Belmondo
Mais c’est moi qui suis le vôtre, Monsieur ! Planchet, un fauteuil.
Michel Galabru
Non, non, ne vous donnez pas la peine ! Voilà, j’ai entendu parler de vous comme un chevalier très honnête, et surtout, très brave. Et c’est cette dernière qualité qui m’a décidé à m’adresser à vous.
Jean-Paul Belmondo
Parlez, Monsieur, parlez !
Robert Hirsch
Parlez Monsieur, parlez !
Jean-Paul Belmondo
Ah non, Planchet !
Robert Hirsch
Ah, que…
Jean-Paul Belmondo
Ah oui !
Robert Hirsch
Oui.
(Bruit)
Michel Galabru
Il s’agit de ma femme.
Jean-Paul Belmondo
Votre femme !
Michel Galabru
Oui, Madame Bonacieux est lingère chez la Reine.
Jean-Paul Belmondo
Et bien !
Michel Galabru
Ma femme a été enlevée hier, comme elle sortait de sa chambre de travail.
Jean-Paul Belmondo
Enlevée, mais par qui ?
Michel Galabru
Je ne pourrai le dire sûrement, Monsieur, mais je suis convaincu qu’il y a dans cet enlèvement moins d’amour que de politique. Ce n’est pas ma femme que l’on visait mais une dame bien plus haute qu’elle.
Jean-Paul Belmondo
Qui ça, Madame de Combalet ?
Michel Galabru
Plus haut, Monsieur, plus haut.
Jean-Paul Belmondo
Madame de Chevreuse ?
Michel Galabru
Plus haut, Monsieur, beaucoup plus haut.
Jean-Paul Belmondo
Mais alors, il s’agit…
Michel Galabru
C’est ça, la Reine, oui Monsieur. La reine, en secret, aime le Duc de Buckingham.
Jean-Paul Belmondo
Oui, mais comment savez-vous ça ?
Michel Galabru
Ma femme, il y a quatre jours, m’a confié que la Reine, en ce moment-ci, avait de grandes craintes. Elle croit que l’on a écrit à Monsieur de Buckingham en son nom.
Jean-Paul Belmondo
Hein ?
Michel Galabru
Pour le faire venir à Paris, et une fois venu à Paris, pour l’attirer dans quelque piège.
Jean-Paul Belmondo
Oui, mais votre femme, qu’a-t-elle à faire dans tout ça ?
Michel Galabru
On connaît son dévouement à la Reine, et l’on veut l’éloigner de sa maîtresse.
Jean-Paul Belmondo
L’homme qui l’a enlevée, le connaissez-vous ?
Michel Galabru
Je ne connais pas son nom mais ma femme me l’a montré un jour. C’est un Seigneur à la taille fine, l’œil perçant, une cicatrice à la tempe gauche.
Jean-Paul Belmondo
Mais c’est mon homme !
Michel Galabru
Votre homme ?
Jean-Paul Belmondo
Que vous importe ? Où le trouver ?
Michel Galabru
Ben, je ne peux pas vous dire !
Jean-Paul Belmondo
Vous n’avez aucun renseignement ?
Michel Galabru
Aucun, mais cette histoire m’épouvante. Je ne suis pas homme d’épée du tout et j’ai peur de la Bastille. Alors, j’ai pensé qu’en une semblable occasion, je pourrais compter sur vous. Sauvez-moi, Monsieur, sauvez-moi, et tant que vous me ferez l’honneur d’être mon locataire, je ne vous parlerai jamais de loyer. En outre, si vous êtes gêné en ce moment, alors, j’ai là cinquante pistoles qui ne demandent qu’à être à vous !
Jean-Paul Belmondo
Ah non, je ne peux pas les accepter, non Monsieur !
Michel Galabru
Mais si !
Robert Hirsch
Mais si, oh !
Michel Galabru
Ah bon ! Et alors, si vous avez besoin de quoi que ce soit, alors, en huile, en savon, en…
Jean Chevrier
Planchet, on a faim !
Daniel Sorano
Oui, nous venons dévorer !
Michel Galabru
Je me charge de tout. Messieurs, je suis tout à votre service.
Hubert Noël
Nous en userons, Monsieur, comptez sur nous.
(Bruit)
Hubert Noël
Oh, mais il est admirable cet homme-là, qui est-ce ?
Jean-Paul Belmondo
Un imbécile, mêlé bien malgré lui à une histoire redoutable.
Hubert Noël
Quoi qu’il en soit, mettons sa parole à l’épreuve. Planchet, allez donc lui mander quelques bouteilles de vin.
(Bruit)
Jean-Paul Belmondo
Mes amis, je dois vous faire partager un terrible secret. Un secret qui fera notre perte ou notre fortune mais qui va nous lancer dans une aventure noble et généreuse. Messieurs, le Cardinal veut perdre la Reine !
Hubert Noël
La Reine !
Jean-Paul Belmondo
Oui, Messieurs, la Reine !
Daniel Sorano
Il faut l’aider, il faut agir.
Jean-Paul Belmondo
Avant de développer notre plan de bataille, il faut savoir en quoi nous pouvons nous rendre utile.
Jean Chevrier
Je connais le confesseur d’une certaine dame d’honneur de sa Majesté, et il ne me cachera rien de ce qu’il faut savoir.
Daniel Sorano
Moi, je suis lié à un gentilhomme de la Chambre, ce qu’il sait, il me le dira.
Hubert Noël
Pour l’instant, le seul fil que nous tenions, la seule entrée connue du labyrinthe est cette maison. Nous y resterons tous deux, d’Artagnan.
Robert Hirsch
Messieurs, Messieurs, il arrive une chose affreuse.
Jean-Paul Belmondo
Mais quoi donc ?
Robert Hirsch
On est en train d’arrêter Monsieur Bonacieux.
(Bruit)
Michel Galabru
Mais laissez-moi, Messieurs, je n’ai rien fait, je n’ai rien fait, je vous jure !
Comédien
C’est déjà trop, en route !
Michel Galabru
Ce ne peut être qu’une erreur. Je m’appelle Bonacieux.
Comédien
Bonacieux, précisément, et c’est ce qui vous vaut d’aller à la Bastille !
Michel Galabru
A la Bastille, pitié, pitié, Monsieur d’Artagnan ! Monsieur d’Artagnan ! Monsieur d’Artagnan !
Jean-Paul Belmondo
Les évènements se précipitent !
Daniel Sorano
D’Artagnan a raison, il faut faire vite.
Hubert Noël
Mais avant de nous jeter dans l’aventure, plus que jamais, jurons fidélité à notre devise !
(Bruit)
Daniel Sorano
Un pour tous,
Hubert Noël
Tous pour un !