Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand

25 décembre 1960
03m 37s
Réf. 05411

Notice

Résumé :

Adaptation de Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand par Claude Barma en 1960. La tirade du nez.

Date de diffusion :
25 décembre 1960
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Contexte historique

Né en 1868 dans une famille bourgeoise, Edmond Rostand se tourne tôt vers le théâtre où il connaît surtout, à l'exception de sa comédie Les Romanesques, des demi-succès. Sa carrière est protégée par l'immense actrice Sarah Bernhardt, pour laquelle il écrit plusieurs pièces. Le succès éblouissant de Cyrano de Bergerac marque le tournant de sa carrière. Le 28 décembre 1897, la première au théâtre de la Porte Saint-Martin est un triomphe, qui vaut dès le dernier entracte la légion d'honneur à Rostand et le porte au rang de héros national. Deux ans plus tard, L'Aiglon, avec Sarah Bernhardt et Lucien Guitry, remporte un nouveau succès, mais en retrait de celui de Cyrano. Cette même année, la maladie pulmonaire de Rostand, déjà neurasthénique, se déclare. Le dramaturge s'installe alors dans les Pyrénées, à Cambo. Il est élu à l'Académie Française. Mais de plus en plus neurasthénique, il tombe dans une inactivité paradoxale : il embrasse tellement de projets à la fois qu'il n'en aboutit pas un seul. Obsédé par la perfection, Rostand ne parvient pas à mettre un point final à son Chantecler. Commencé en 1901, la pièce est enfin achevée et créée à la Porte Saint-Martin en 1910. Mais son attente est tellement grande qu'à la fin elle déçoit. Rostand cesse alors d'écrire pour le théâtre. Eloigné du front par sa santé, il manifeste sa solidarité avec les soldats français pendant la Première Guerre. Il meurt en 1918 à Paris de la grippe espagnole.

Cyrano de Bergerac, qui a connu plus de 400 représentations consécutives, est l'un des plus durables et universels triomphes du théâtre français. Cette pièce historique, qui tient à la fois du monde des précieux et des Trois Mousquetaires, est un drame en vers rédigé en cinq actes. Même si Rostand la qualifie de « comédie héroïque », les alexandrins disloqués, le mélange des genres et des registres, les nombreux personnages et décors l'inscrivent surtout dans la tradition du drame romantique tel que l'a théorisé Hugo. La pièce raconte l'abnégation et la générosité de Cyrano, qui, affecté d'un physique disgracieux, tait toute sa vie son amour pour sa cousine et se sacrifie pour Christian, l'amant heureux de Roxane, auquel il prête dans l'ombre sa plume et sa voix. S'il s'inspire d'un personnage réel du XVIIe siècle, Rostand fait du personnage de Cyrano un véritable mythe, que ses échecs et ses contradictions rendent particulièrement attachant. Timide et pudique en amour, formidable au combat, Cyrano ne récolte jamais la rançon de ses efforts et de sa gloire. Grotesque par son apparence, sublime par sa bravoure et son sens du dépassement, tant physique que moral, le personnage idéaliste est à certains égards l'héritier populaire des héros romantiques.

Incarné à la première par le célèbre Coquelin, alors âgé de 56 ans, le prestigieux rôle-titre a depuis lors été généralement confié à des hommes d'âge mûr (Pierre Santini, Francis Huster, Jean-Paul Belmondo ou encore Gérard Depardieu) au mépris de la réalité historique et du texte.

Johanna Pernot

Éclairage média

Claude Barma, l'un des pionniers de la télévision française, est, avec ses tournages complexes en direct et en studio, l'un des réalisateurs emblématiques de l'école des Buttes-Chaumont. Après avoir affirmé en 1959 son goût pour l'histoire et les romans de cape et d'épée avec l'adaptation des Trois Mousquetaires de Dumas (voir Les Trois Mousquetaires, d'Alexandre Dumas), il poursuit l'année suivante avec Cyrano de Bergerac. De nouveau, le spectacle mobilise de grands moyens : une cinquantaine de comédiens et cent cinquante figurants, pour quatre studios équipés de cinq décors différents. Seuls les actes II, III et IV sont en direct, les deux autres sont filmés. L'acte premier, qui se déroule à l'occasion d'une représentation à l'Hôtel de Bourgogne, contient la fameuse tirade du nez. À la surprise générale, Cyrano (Daniel Sorano) vient d'interrompre le spectacle. Il fait l'éloge de son nez contre le vicomte de Valvert, qui vient de le provoquer.

La mise en scène, minimaliste, met en avant le discours et les gestes du héros, qui se fait déjà histrion avant la célèbre scène du balcon, où il joue pour Christian le rôle du séducteur (acte III, scène 10). Dans le décor de théâtre, Cyrano se substitue en effet au spectacle initial. Au début, alors que le vicomte se gausse, la caméra le montre de dos : cette posture suscite l'attente du spectateur, qui ignore encore l'effet de la provocation du vicomte et aimerait observer de plus près le fameux « promontoire. » Mais le duel, que signalent au début et à la fin de l'extrait les plans où Cyrano et le vicomte se font face, tourne court. À partir du moment où il se retourne et monopolise la parole, Cyrano éclipse en effet tous les autres : après les comédiens, c'est au tour du vicomte de se faire voler la vedette. La caméra, qui suit sans interruption tous ses mouvements, n'a d'yeux que pour lui, tout comme les spectateurs à l'arrière-plan. Avides de ce nouveau spectacle, ils demeurent immobiles ; même le vicomte écoute sans broncher. Leur fixité contraste avec l'agilité de Cyrano, qui, dans ce décor de théâtre, déploie ses talents de comédien et sa verve, dans un discours humoristique fondé sur l'hyperbole et l'accumulation. Il se déplace, à gauche et à droite, fait de l'esprit, sourit, tourne autour du vicomte et le nargue : finalement, c'est bien son nez le clou du spectacle !

Johanna Pernot

Transcription

Jean Deschamps
Mais à la fin, il nous ennuie.
Pierre Gallon
Il fanfaronne !
Jean Deschamps
Personne ne va donc lui répondre ?
Pierre Gallon
Personne. Attendez, je vais lui lancer un de ces traits. Vous, vous avez un nez, un nez, très grand !
Daniel Sorano
Très !
Pierre Gallon
Ah ah !
Daniel Sorano
C’est tout ?
Pierre Gallon
Mais…
Daniel Sorano
Ah non, c’est un peu court, jeune homme ! On pouvait dire, oh Dieu, bien des choses en somme, en variant le ton. Par exemple, tenez, agressif, Moi, Monsieur, si j’avais un tel nez, il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! Amical, Mais il doit tremper dans votre tasse, pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! Descriptif, C’est un roc, c’est un pic, c’est un cap, que dis-je c’est un cap, c’est une péninsule ! Curieux, De quoi sert cette oblongue capsule, d’écritoire, Monsieur, ou de boîte à ciseaux ? Gracieux, Aimez-vous à ce point les oiseaux que paternellement vous vous préoccupâtes de tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? Truculent, Ça, monsieur, lorsque vous pétunez, la vapeur du tabac vous sort-elle du nez, sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? Prévenant, Gardez-vous, votre tête entraînée par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! Tendre, Faites-lui faire un petit parasol, de peur que sa couleur au soleil ne se fane ! Pédant, L’animal seul, Monsieur, qu’Aristophane appelle hippocampelephantocamélos dut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! Cavalier, Quoi, l’ami, ce croc est à la mode, pour pendre son chapeau c’est vraiment très commode ! Emphatique, Aucun vent ne peut, nez magistral, t’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! Dramatique, C’est la Mer Rouge quand il saigne ! Admiratif, Pour un parfumeur, quelle enseigne ! Lyrique, Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? Naïf, Ce monument, quand le visite-t-on ? Respectueux, Souffrez, monsieur, qu’on vous salue, c’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! Campagnard, Hé, ardé, c’est-y un nez, nanain, c’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! Militaire, Pointez contre cavalerie ! Pratique, Voulez-vous le mettre en loterie, assurément, Monsieur, ce sera le gros lot ! Enfin, parodiant Pyrame en un sanglot, Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître a détruit l’harmonie, il en rougit, le traître ! Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit si vous aviez un peu de lettres et d’esprit : Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres, vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres, vous n’avez que les trois qui forment le mot Sot ! Eussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut pour pouvoir là, devant ces nobles galeries, me servir toutes ces folles plaisanteries, que vous n’en eussiez pas articulé le quart de la moitié du commencement d’une ; car je me les sers moi-même, avec assez de verve mais je ne permets pas qu’un autre me les serve.

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