Torquemada, de Victor Hugo

02 septembre 1976
03m 48s
Réf. 05436

Notice

Résumé :

Adaptation du drame romantique Torquemada de Victor Hugo par Jean Kerchbron en 1976. Le dénouement.

Type de média :
Date de diffusion :
02 septembre 1976
Source :
A2 (Collection: Torquemada )
Lieux :

Contexte historique

Poète, romancier, dramaturge, Victor Hugo a mis sa plume au service de tous les genres littéraires et d'un engagement politique qui, du royalisme au républicanisme, épouse tous les régimes du XIXe siècle.

Né en 1802 à Besançon, Victor, fils de Léopold Hugo, un général de Napoléon, grandit à Paris et s'adonne rapidement à la poésie. Ses Odes sont remarquées par Louis XVIII en 1822, l'année de son mariage avec Adèle Foucher. Après avoir théorisé le drame romantique dans sa préface de Cromwell, en 1827, il s'affirme comme le chef incontesté du Cénacle romantique. Remettant en question, au nom de la vraisemblance, le cloisonnement des genres et les unités de lieu et de temps, il s'oppose à l'esthétique classique et provoque en 1830, avec la représentation houleuse d'Hernani, la célèbre bataille où s'affrontent les jeunes « chevelus » et les « chauves » de la vieille école. Avec Marion De Lorme ou Ruy Blas, les années trente sont fécondes en drames romantiques mais aussi en poésies. Son roman historique Notre-Dame de Paris, dont l'univers du Moyen-Âge séduit les romantiques, connaît aussi un grand succès en 1831.

Au comble de sa gloire, Hugo est frappé en 1843 par la mort tragique de sa fille préférée, Léopoldine. Pendant dix ans, il semble alors délaisser la littérature pour la politique, aux côtés des « libéraux » et des républicains. Louis-Philippe le nomme Pair de France en 1845. Il est élu député à l'Assemblée constituante de 1848. Partisan de la liberté dans la société comme dans l'art, il s'oppose au coup d'Etat de Louis-Napoléon, le 2 décembre 1851, qui le contraint à fuir dans les îles anglo-normandes, où, pendant dix-huit ans, il se mure en légende vivante de la contestation. Les Châtiments, qui dénoncent sur un ton satirique la tyrannie et la bassesse de Napoléon III,Les Misérables, mais aussi le recueil lyrique des Contemplations naissent pendant l'exil.

À la chute de l'Empire, il est triomphalement accueilli à Paris, élu député en 1871 puis sénateur en 1876. Il lutte notamment pour l'amnistie des communards, l'abolition de la peine de mort, le droit des femmes, et parallèlement publie, dans une veine épique, la nouvelle série de La Légende des siècles. En 1885, sa mort fait l'objet de funérailles nationales qui s'achèvent au Panthéon.

Torquemada a été composé en 1869, mais publié seulement en 1882, en réaction à de nouveaux pogroms en Russie. À travers le personnage éponyme, Hugo dénonce en effet un fanatisme religieux d'autant plus effrayant que le bourreau visionnaire est persuadé de faire le bien de ses victimes.

L'intrigue se déroule en Espagne, au XVe siècle, sous le règne de Ferdinand d'Aragon. Torquemada, un moine qui croit avoir trouvé le moyen de sauver l'humanité pécheresse par le feu, est condamné par le roi, pour son hérésie, à être enterré vivant. Il est sauvé par doña Rose et don Sanche, qui ouvre sa tombe grâce à une croix dont il se sert comme d'un levier. Soutenu ensuite par le pape Alexandre Borgia, Torquemada devient grand inquisiteur et met l'Espagne à feu et à sang. Désireux de rendre leur bienfait à ses anciens sauveurs, il délivre Don Sanche et doña Rose, que le roi, pour empêcher leur mariage, avait condamnés au couvent. Mais apprenant par hasard le péché qu'ils ont commis en le délivrant – la croix arrachée – il décide de sauver leur âme... en les brûlant.

Johanna Pernot

Éclairage média

Jean Kerchbron, engagé dès 1949 à l'ORTF, croit fortement au pouvoir culturel de la télévision, où il adapte de grands textes, dont de nombreuses pièces de Racine, Corneille et Molière. De Hugo, il adapte Hernani, Marion de Lorme puis L'Homme qui rit avant de s'attaquer en 1976 à Torquemada.

La séquence finale n'est pas sans rappeler la fin d'Hernani, où la nuit de noces du couple est interrompue par le son du cor de Don Ruy Gomez, qui vient rappeler Jean d'Aragon à sa promesse et précipite le couple dans une mort qui les unit. Elle est tournée de façon particulièrement habile et spectaculaire, selon une esthétique de la surprise presque baroque. On peut distinguer trois mouvements : à l'écran, l'intimité du couple amoureux (1) est insidieusement troublée par le cortège de l'Inquisition, qui se profile à l'arrière-plan (2), avant de triompher du couple en envahissant tout l'écran (3).

Au début de cette séquence très lyrique, les plans rapprochés et les gros plans, qu'affectionne particulièrement Kerchbron, nous font pénétrer dans l'intimité des amants. Les visages des deux acteurs, inondés de joie et d'amour, transmettent au spectateur leur bonheur. Mais le très long plan d'ensemble qui suit indique un changement de perspective essentiel : on glisse de l'histoire personnelle à l'échelle de l'Histoire. Ironie du sort, le couple, absorbé dans ses projections (le mariage et le désir d'enfant), est aveugle au présent qui fond sur lui (2). À l'horizon en effet, vision aussi poétique que terrible – un drapeau blanc qui flotte, la vive lueur des torches – la menace se précise aussi doucement que sûrement. L'harmonie est brisée par le fracas des tambours et le changement de plan : la caméra se focalise sur la bannière à tête de mort, les masques et les robes, tandis qu'à la mélodie de l'amour se substituent les chants religieux. La beauté, la douceur de la nuit font ressortir la cruauté absurde et arbitraire de l'Inquisition ; le décor naturel devient le théâtre grandiose de la fatalité en marche, qui sans un mot condamne les deux pécheurs, isolés soudain par un plan rapproché (3).

Le jeu de champ et contre-champ, qui oppose bourreaux et victimes, permet de saisir leur réaction. Aux yeux dilatés d'effroi répondent en gros plan les trous des capuches, dans une allégorie du combat de l'humain contre un destin impassible. Vêtus de longue robes blanches, immobiles, Sanche et Rose semblent attendre résignés comme l'agneau de Dieu leur sacrifice, d'autant plus saisissant qu'il ne sera pas montré. Les deux inserts ultimes, la bannière et les flammes qui tremblent sur le fond noir du ciel, suggèrent habilement le bûcher et la victoire infernale du fanatisme.

Johanna Pernot

Transcription

(Musique)
Yves-Marie Maurin
Nous allons être, oui, mariés, sauvés. Moi, je crois en ce prêtre, il nous rend ce qu’il a reçu de nous. Aimons, vivons, vois s’élever la lune sur les monts, vois ces eaux, vois ces bois qu’emplit une âme immense. Toute cette beauté, Rose, est de la clémence, toute cette douceur éparse en ce beau lieu nous ordonne de croire, et nous répond de Dieu, espérons !
Nathalie Juvet
Oui, je sens que quelqu’un nous délivre. Oui, j’espère, espérer, c’est naître !
Yves-Marie Maurin
Aimer, c’est vivre !
Nathalie Juvet
Qu’avais-je dans l’esprit ! Ah voilà, je voulais te dire que je t’aime.
Yves-Marie Maurin
Approche alors, tout près !
Nathalie Juvet
Oh, Don Sanche ! Oh, mon roi ! Quel beau front que le vôtre.
Yves-Marie Maurin
Rose, nous allons être à jamais l’un à l’autre. Rose, comme c’est vrai, Dieu vient quand vous priez ! Oh, comprends-tu ce mot céleste, mariés, beauté, pudeur. Ton corps sacré, ta chair bénie. Oh, les rêves du cloître, oh, l’ardente insomnie. Etre l’époux, saisir l’ange éperdu qui fuit, te voir à chaque instant, te parler jour et nuit. Tous les mots du bonheur, t’entendre me les dire tremblante, et les venir baiser sur ton sourire ; avoir le paradis pour jour, et pour te voir. Et, qui sait, bientôt Rose, oh, ne rougis pas, voir entre ces petits doigts adorés, un doux être presser ton sein charmant, moi, l’amant, lui, le maître. L’entendre bégayer de ses lèvres de miel, « mère ».
Nathalie Juvet
Il te dira « père », oh, mon bien-aimé.
(Musique)
Yves-Marie Maurin
Ciel !
(Musique)

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