Les Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos

28 mai 1980
03m 52s
Réf. 05441

Notice

Résumé :

Adaptation du roman de Choderlos de Laclos Les Liaisons dangereuses, par Charles Brabant en 1979 : Tourvel, Valmont et Emilie.

Type de média :
Date de diffusion :
28 mai 1980
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Contexte historique

Pierre Choderlos de Laclos est né en 1741, dans une famille de haut fonctionnaire du roi, que sa charge a anobli. Il rêve de faire une brillante carrière dans les armes, mais son nom n'est pas assez illustre pour accéder à un haut rang militaire. Il entre en 1760 à l'Ecole royale d'artillerie de la Fère (future Ecole polytechnique), avant d'être envoyé en garnison à La Rochelle. En 1763, le traité de Paris met fin à la Guerre de Sept Ans. Il mène alors une triste vie de garnison. Pour s'occuper, il s'adonne à l'écriture et à la littérature. Il découvre avec enthousiasme La Nouvelle Héloïse, roman épistolaire de Jean-Jacques Rousseau, qui est, selon lui, «le plus beau des ouvrages produits sous le titre de roman ». Il entreprend en 1778 la rédaction des Liaisons dangereuses. Le roman connaît un succès public fulgurant. Il est néanmoins très mal perçu par la hiérarchie militaire qui y lit un portrait à charge de l'aristocratie. Par la suite, Laclos se brouille avec ses supérieurs, demande un congé illimité, après s'être marié avec Marie-Solange Duperré en 1786. Il participe à un concours académique consacré à la formation des jeunes filles, où il prône une certaine émancipation féminine (thème qui était déjà en germe dans son roman), dénonçant la servitude à laquelle l'éducation accoutume les jeunes femmes. La Révolution qui éclate en 1789 lui apparaît comme une chance de réaliser ses idéaux. En fervent patriote, il devient un membre actif du Club des Jacobins. Il est promu général en 1792, au lendemain de la bataille de Valmy. Admirateur enthousiaste de Bonaparte, Laclos participe au coup d'Etat du 18 Brumaire. Il meurt en Italie, durant le siège de Tarente, en 1803.

Les Liaisons dangereuses est un roman épistolaire, publié en 1782. Le récit porte la trace des frustrations militaires de son auteur et des nombreuses humiliations qu'il estime avoir subies au long de sa vie, de la part des vrais nobles et des femmes, qu'il trouve inaccessibles. Son succès, immédiat, est lié au scandale qu'il a suscité. L'ouvrage prend la forme d'une correspondance entre des personnages issus du milieu aristocratique. La marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont, anciens amants, sont les deux instigateurs d'un jeu libertin qui aura des conséquences tragiques. Alors que Merteuil demande à Valmont de séduire la jeune Cécile de Volanges, fiancée à un «ennemi» dont elle désire se venger, le vicomte cherche à gagner les faveurs de la belle et dévote Présidente de Tourvel...

Alexandra Von Bomhard

Éclairage média

Charles Brabant est un scénariste, producteur et réalisateur français, né en 1910 et mort en 2006. Il commence sa carrière dans le milieu du cinéma, en amateur tout d'abord, puis en fondant une société de production, Artès Film. Il y réalise six longs métrages. S'il remporte un succès critique certain, l'accueil du public est, quant à lui, plus mitigé. Il se tourne alors vers la télévision qui semble lui offrir une structure plus adéquate aux thèmes qu'il souhaite traiter. Brabant débute comme stagiaire avec Stellio Lorenzi. Il découvre l'école des Buttes-Chaumont, une entreprise de création exclusivement télévisuelle, marquée par des contraintes matérielles et financières particulières et par un fort souci de la théâtralité. Il commence par réaliser des journaux télévisés, puis des documentaires, avant de s'essayer à ce qu'il nomme le «docudrame», qui mêle fiction et documentaire. Il éprouve par la suite le besoin de revenir pleinement à la fiction. C'est dans ce contexte qu'il réalise Les Liaisons dangereuses.

L'adaptation de Charles Brabant est réalisée en 1979. Librement inspirée de l'oeuvre originelle de Laclos, la dramatique met en scène l'auteur dans sa cellule de Picpus (où il fut emprisonné en 1793), en prise avec les personnages de son roman qui peuplent son imagination. L'écrivain dialogue avec Merteuil, son héroïne, défigurée par la petite vérole. Ils s'entretiennent sur l'amour et la Révolution en cours, faisant ainsi revivre les aventures libertines du Vicomte et de la Marquise. Par ce choix structurel, Brabant renoue avec une situation proche du principe classique des trois unités. La geôle de l'écrivain est le lieu unique de l'action, dont l'auteur s'échappe grâce à sa mémoire. Pour Christian Bosséno, cet enfermement permet de donner « son plein sens à une dramaturgie télévisuelle dont le propre n'est pas de découvrir de grands paysages, mais d'être un moyen d'auscultation des lieux clos et des intériorités » (Christian Bosséno, 200 téléastes français, CinémAction, Editions Charles Corlet, 1989, p. 65). De fait, l'extrait proposé est tourné en studio, dans un décor assez sommaire, orné d'une toile peinte en arrière-fond. Pour adapter cette oeuvre complexe, le réalisateur, nécessairement «infidèle» (Caroline Benjo, Esthétique d'une infidélité. Du texte à l'image : l'adaptation des Liaisons dangereuses. Choderlos de Laclos-Charles Brabant. Mémoire de maîtrise de Lettres Modernes, Université de Paris VII-Jussieu, 1985), bouscule la chronologie du livre. Afin de donner vie à la correspondance, le scénario découpe une épître et sa réponse (ici, entre autres, les lettres XLVII et XVIII) pour constituer un dialogue entre les protagonistes. Ce procédé, associé à un travail sur le son (usage de la voix off pour donner à entendre l'épistolier), fait coexister l'émetteur et le récepteur de la lettre et donne à voir les réactions du destinataire (on peut voir la Présidente pleurer en lisant les mots de Valmont, ce qui serait impossible à la lecture). Enfin, ce qui, dans le roman, n'était lisible que dans la succession des missives, est rendu immédiat grâce à la simultanéité du texte et de l'image. La lettre écrite sur le dos d'Emilie en est l'exemple le plus frappant. Plus discrètement, les mouvements de la Présidente (interprétée par Maïa Simon), qui demande à Valmont de quitter le château et repasse derrière le Vicomte en lui adressant des regards dérobés, permettent de suggérer un amour qui n'ose encore s'avouer.

Alexandra Von Bomhard

Transcription

(Bruit)
Jean-Pierre Bouvier
D’où peut naître ce désir de promenade ?
(Bruit)
Simon Maïa
J’ai beaucoup écrit ce matin et ma tête est un peu fatiguée.
Jean-Pierre Bouvier
Je ne suis pas assez heureux pour avoir à me reprocher cette fatigue-là.
(Bruit)
Simon Maïa
Je vous ai bien écrit mais j’hésite à vous donner ma lettre. Elle contient une demande mais vous ne m’avez pas habitué à en espérer le succès.
Jean-Pierre Bouvier
Oh, je vous jure que s’il m’est possible.
Simon Maïa
Et quoique vous dussiez me l’accorder comme justice, je consens à l’obtenir comme grâce.
(Bruit)
Maïa Simon
La chaleur est plus vive que je ne croyais, je préfère rentrer.
(Bruit)
Simon Maïa
Votre obstination à vouloir m’entretenir sans cesse est un sentiment que je ne veux, ni ne dois écouter. L’abus que vous n’avez pas craint de faire de ma bonne foi, ou de ma timidité pour me remettre vos lettres ; le moyen surtout, j’ose dire, peu délicat, dont vous vous êtes servi, pour me faire parvenir la dernière ; tout devrait donner lieu de ma part à des reproches aussi vifs que justement mérités. Je désire donc que vous ayez la complaisance de vous éloigner de moi, de quitter ce château où un plus long séjour de votre part ne pourrait que m’exposer davantage aux jugements d’un public toujours prompt à mal penser d’autrui.
Jean-Pierre Bouvier
Croyez-moi, Madame, la froide tranquillité, le sommeil de l’âme, image de la mort, ne mène point au bonheur. Quelques dures que soient, Madame, les conduites que vous m’imposez, je ne refuse pas de les remplir. Je sens qu’il me serait impossible de contrarier aucun de vos désirs.
Simon Maïa
M’éloigner de vous comme on détourne ses regards d’un malheureux qu’on ne veut pas secourir. Mais tandis que l’absence va redoubler mes tourments, à quel autre qu'à vous puis-je adresser mes plaintes ?
Jean-Pierre Bouvier
Et malgré les chagrins que vous me faites éprouver, je crois pouvoir vous assurer sans crainte qu’en ce moment, je suis plus heureux que vous.
(Bruit)
Jean-Pierre Bouvier
Jamais je n’eus tant de plaisir en vous écrivant. Jamais je ne ressentis d’émotions si douces. L’air que je respire est plein de volupté. Emilie, Emilie, Emilie, ne riez pas autant, je ne peux plus écrire, non, non. La table même sur laquelle je vous écris, consacrée pour la première fois à cet usage, devient pour moi l’autel sacré de l’amour.