La Place d'Annie Ernaux

06 avril 1984
10m 41s
Réf. 05442

Notice

Résumé :

Entretien avec Annie Ernaux après la parution de La Place sur le plateau d'Apostrophes en 1984. La langue d'Ernaux.

Type de média :
Date de diffusion :
06 avril 1984
Source :
A2 (Collection: Apostrophes )
Lieux :

Contexte historique

Annie Ernaux est une écrivain contemporaine, connue pour ses écrits autobiographiques.

Née en 1940 en Seine-Maritime, à Lillebonne, elle passe son enfance et sa jeunesse à Yvetot, dans un milieu modeste. Dès avant sa naissance, ses parents se sont affranchis de leur condition d'ouvrier en achetant un café-épicerie à Lillebonne. Ils rêvent d'ascension sociale, pour eux et leur fille. Alors que celle-ci a cinq ans, ils acquièrent un café-alimentation à Yvetot. Annie, qui grandit dans ce café, au milieu de la clientèle, obtient de bons résultats à l'école. Après des études universitaires à Rouen, elle devient institutrice puis professeur certifiée en 1967. Elle est reçue à l'agrégation de lettres modernes en 1971. Au début des années 1970, elle enseigne dans un collège d'Annecy, puis à Pontoise, avant d'intégrer le CNDP. En 1974, son premier roman autobiographique, Les Armoires vides, signe son entrée en littérature. En 1983, elle rencontre le succès avec La Place. De nombreux récits autobiographiques vont suivre, dont Passion simple, en 1991, qui relate une liaison à l'âge adulte ou La Honte en 1997, davantage centré sur le couple parental et la quête d'un traumatisme originel, social et sexuel. Dans Les Années qu'elle publie en 2008, l'auteur commente des photographies d'elle-même qu'elle intercale, dans son récit à la troisième personne, avec des souvenirs choisis pour leur portée historique ou sociologique. « Les images réelles ou imaginaires » construisent une vaste fresque qui court de l'après-guerre à nos jours. Dans L'Autre fille, Annie Ernaux adresse en 2011 une lettre à sa sœur qu'elle n'a pas connue, morte de la diphtérie à l'âge de six ans. La même année paraît son anthologie, Ecrire la vie, qui réunit la plupart de ses écrits autobiographiques, précédés de cent pages de photos et d'extraits de son journal intime et inédit.

L'autobiographie au sens strict, telle que la définit Philippe Lejeune, est un « récit rétrospectif en prose qu'une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu'elle met l'accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l'histoire de sa personnalité. » Elle requiert une homonymie explicite entre auteur, narrateur et personnage. En scellant un « pacte autobiographique », l'autobiographe s'engage à être sincère sur son identité, et le lecteur à le croire. L'autobiographie passe par des étapes-clés, comme le portrait physique, social et moral de la personne, le récit des origines et de l'enfance, les épreuves affrontées... Les Confessions de Rousseau, qu'on considère comme le modèle fondateur du genre, pose déjà un des problèmes de l'autobiographie : celui de la véracité et de la bonne foi de l'auteur. Deux cents ans plus tard, Sartre, avec Les Mots et le recours à l'intertextualité et la parodie, mine définitivement les principes du récit autobiographique. À la définition de Philippe Lejeune, on pourrait donc préférer une notion plus large, qui inclurait l'autofiction, mais aussi les correspondances et les interviews, les albums de photos... À partir des années 60, le récit autobiographique se diversifie et se généralise dans les bibliographies des écrivains. Il prend plus récemment une nouvelle orientation : pour se dire, l'auteur se décentre. Le récit autobiographique initie alors un va-et-vient entre soi et autrui, identité et altérité, comme en atteste La Place d'Annie Ernaux.

Cette autobiographie de cent pages, rédigée entre novembre 1982 et juin 1983, relate l'ascension sociale des parents d'Annie, leurs conditions de travail et leurs espoirs. L'écrivain rend hommage à son père. Il décède deux mois après qu'elle-même a « trahi » son milieu d'origine en devenant professeur de lettres. Le récit, fait de paragraphes qui s'interrompent brutalement, rend compte de la difficulté de dire. Sa sécheresse révèle la douleur latente et la difficulté de parler, entre membres d'une même famille.

Johanna Pernot

Éclairage média

Créée par Bernard Pivot en 1975, Apostrophes s'impose rapidement comme l'émission littéraire de référence à la télévision. Ce salon littéraire moderne remplit parfaitement sa fonction de démocratisation culturelle. Diffusée tous les vendredi soirs pendant quinze ans, l'émission accueille en direct plusieurs invités venus débattre autour d'ouvrages dont Pivot lit de nombreux extraits. Instigatrice de certains succès, révélatrice de phénomènes littéraires, mais aussi lieu d'affrontement des idéologies, Apostrophes connaît une forte audience (plus de 2 millions de téléspectateurs). De l'ivresse scandaleuse d'un Bukowski à l'interview exclusive d'un Soljenitsyne en passant par les entretiens à domicile de Yourcenar ou Duras, l'émission a fortement marqué la mémoire télévisuelle (voir Florilège de l'émission Apostrophes). Pour les professionnels de l'édition, le passage par Apostrophes est devenu crucial en vertu de sa capacité à lancer le succès d'un livre – à l'instar de La Place, prix Renaudot 1984.

La lecture initiale de Bernard Pivot oriente la discussion sur le style d'Annie Ernaux et son refus du roman. Les plans rapprochés révèlent le visage à peine fardé de l'auteur, qui, l'attitude humble, le regard un peu fuyant, résume la vie très modeste de son père et sa « toute petite ascension sociale », de paysan à petit commerçant.

En refusant délibérément la fiction mensongère du roman, Annie Ernaux respecte l'ambition originelle de toute autobiographie : dire la vérité, sur soi et son entourage. La création d'un personnage aurait nécessairement embelli son père. Au contraire, le choix d'une « écriture plate », sans commentaire, lui permet de raconter objectivement l'histoire paternelle. Le style dépouillé se veut à l'image d'une vie marquée par la nécessité.

Les écrivains et critiques Alain Bosquet et Georges-Emmanuel Clancier soulignent l'un après l'autre le paradoxe de cette écriture : la pudeur, la simplicité des phrases laissent affleurer les émotions. L'ascétisme du style rend le récit d'autant plus touchant.

Le débat s'achève sur l'articulation tragique entre parole et écriture. « On ne parlait plus le même langage » déclare Annie Ernaux. C'est parce que le père ne maîtrise pas « le beau langage » de la culture dominante, et que la communication devient impossible, que la fille se tourne vers l'écriture et consomme la rupture avec son milieu d'origine.

Johanna Pernot

Transcription

Bernard Pivot
Alors, on va passer à Annie Ernaux, et qui a peut-être fait le, peut-être, je ne sais pas, le contraire de ce qu’a fait Georges Emmanuel Clancier. Alors, avant de dire ce qu’il y a dans le livre, je voudrais dire, la manière. Parce que évidemment, c’est très important. Je vais vous lire cet extrait de la page 24 : Depuis peu, je sais que le roman est impossible. Pour rendre compte d’une vie soumise à la nécessité, c’est-à-dire celle de votre père, je n’ai pas le droit de prendre d’abord le parti de l’art, et de chercher à faire quelque chose de passionnant, ou d’émouvant, entre guillemets. Je rassemblerais les paroles, les gestes, les goûts de mon père, les faits marquants de sa vie, tous les signes objectifs d’une existence que j’ai aussi partagée. Aucune poésie du souvenir, pas de dérision jubilante, l'écriture plate me vient naturellement, celle-là même que j’utilisais en écrivant autrefois à mes parents pour leur dire les nouvelles essentielles.
Annie Ernaux
Oui, je crois que c’était très important pour moi de ne pas vouloir faire un roman. Avec l’existence de mon père, ça m’est apparu comme une sorte de trahison.
Bernard Pivot
Pourquoi ?
Annie Ernaux
Et bien, parce que quand on fait un roman, d’abord, on prend un personnage, et ce personnage, ça aurait été mon père. J’aurais fait son portrait, j’aurais parlé de lui très certainement, soit en l’embellissant ; vraisemblablement, en embellissant beaucoup de choses, et aussi en faisant des scènes, comme si j’y étais encore. Par exemple, en traçant, en reproduisant un paysage, à toutes sortes de choses qui ne paraissaient pas du tout rendre sa vie. La vie de mon père a été une existence qui était, vraiment, très, très pauvre au départ. Il a quitté l’école à 12 ans pour aller travailler dans une ferme, parce qu’on avait besoin qu’il travaille dans une ferme. Enfin, il n’y avait pas d’autre possibilité. Et, ensuite, il y est resté jusqu’au régiment. Ensuite, eh bien, il est devenu ouvrier. C’était toujours ce que j’appelle la nécessité, il n’y avait pas d’autre choix. Et après, il a été couvreur, enfin, il a fait divers travaux manuels. Enfin, il s’est marié et avec sa femme, ma mère, il a pris un petit commerce qui était vraiment très petit, en Normandie. Ils ne pouvaient absolument pas vivre sur ce commerce tous les deux. Et il est resté ouvrier jusqu’à la guerre 40. Ensuite, il s’est établi, enfin, il y a eu la guerre et, en 45, il a pu avoir un commerce, un café-épicerie qui le laissait vivre. Donc, c’était une vie qui était toujours, vraiment, c’était une toute petite ascension sociale, une vie où il y avait beaucoup de gêne. C’est une vie que j’ai partagée et avec ça, on ne peut pas faire de roman. Je crois que pour retrouver, il fallait que je scrute vraiment, dans ma mémoire, toutes les choses qui m’avaient marquée, travailler sur la mémoire, travailler aussi beaucoup sur tout ce que j’avais entendu étant enfant. Je pense que les mots, les phrases qu’on emploie retracent vraiment le monde où on vit. Par exemple, très souvent, on disait à la maison, on n’est pas malheureux, il y a plus malheureux que nous.
Bernard Pivot
Oui !
Annie Ernaux
Eh bien, rien que de dire cela, ça montre, ça montrera déjà notre limitation. Enfin, toutes sortes de phrases qui m’ont beaucoup marquée. On me disait à moi, tu ne comptes rien, tu ne comptes…. C’était vraiment, c’était une vie où tout coûtait cher, où on était extrêmement limité. Et, je pense que le roman, le livre de souvenir aussi, et cela, ce n’est pas du tout une critique pour Georges Emmanuel Clancier, mais ça embellit toujours. C’est au regard des souvenirs, quand on se laisse aller. Et moi, je ne voulais pas me laisser aller. Je voulais, à travers l’histoire de mon père surtout, c’est…, je pense que c’est aussi la mémoire de beaucoup d’autres gens que je retraçais.
Bernard Pivot
Oui, mais alors, quitte à vous déplaire, je vais vous dire que votre livre, il est beau, il est émouvant, et que cette simplicité, cette extrême simplicité relève de l’art.
Alain Bosquet
C’est absolument contradictoire ce que vous dites parce que vous avez, vous vous insurgez contre l’art et vous avez fait de l’art. Eh ben, vous n’avez peut-être pas fabulé, vous n’avez pas extrapolé, mais vous avez choisi les seuls mots capables de rendre ce que vous dites, avec, d’ailleurs, un professionnalisme tout à fait extraordinaire ; et qui est un peu le contraire de ce que vous dites.
Bernard Pivot
Oui !
Annie Ernaux
Oui, je pense que, c’est-à-dire, c’est le point de vue roman, peut-être, traditionnel que j’ai refusé. J’ai voulu, d’abord, je voulais vraiment faire une…, bon, l'écriture plate dont vous avez parlé est l’écriture du constat. C’est-à-dire, je ne voulais pas commenter. Ça, ça rejoint, enfin, des préoccupations très importantes, commenter par exemple, eh bien, mon grand-père, mon grand-père qui ne savait pas lire non plus, et qui a fini sa vie à l’hôpital, et bien, mon père allait lui porter ; c'était pas la peine de lui porter des choses culturelles parce qu’il ne savait pas lire ; et bien, il lui portait son petit flacon de goutte, on disait la goutte. Eh bien, je n’ai pas à commenter. Je dis les faits tels qu’ils sont, il me semble que ça suffit, et, voilà. Tout mon livre est comme ça.
Bernard Pivot
Et puis, vous ne voulez pas non plus raconter ce qu’il y a autour. Vous ne voulez pas dire, voilà ce qu’on chantait à cette époque. C’était…, à ça, il y a un refus à, c’est vrai.
Annie Ernaux
Non, oui, il y a un refus, oui !
Bernard Pivot
Et puis, il y a le, effectivement.
Annie Ernaux
Pas de nostalgie.
Bernard Pivot
Et c’est pour ça que c’était un livre très, très court, qui fait 100 petites pages, cette simplicité. Mais, là, je suis de l’avis d’Alain Bosquet, il y a refus de l’art qui débouche quand même sur un art tout à fait épatant d’ailleurs.
Georges-Emmanuel Clancier
Ce que je crois, moi, ce qui me semble, j’ai été extrêmement sensible à votre livre, c’est que vous parlez, en effet, d’écriture de constat. Mais le sentiment que j’ai, c’est en effet que il y avait, il y a un tel amour en vous, en deçà de votre écriture, et une telle émotion que vous contrôlez, que presque malgré vous, dirais-je, cette émotion est là, très forte.
Bernard Pivot
Ah, oui, elle est très forte.
Georges-Emmanuel Clancier
Elle est très forte, et, ce n’est pas une, c’est en apparence une écriture de constat. Mais, ce n’est pas une écriture de constat. C’est un portrait très tenu mais très tendre finalement.
Bernard Pivot
J’en reviens à la phrase moi, qui me, là, il y a une phrase qui est terrible. Vous écrivez à un moment : J’écris peut-être parce qu’on n’avait plus rien à se dire.
Annie Ernaux
Oui, je crois que oui, c’est vrai. C’est parce que mon père ne savait pas parler le beau langage, le langage des classes dominantes. Et, il parlait encore un peu patois. Et, il a désiré par-dessus tout, c’est que je fasse des études, que j’aie des diplômes, que j’aie tout ce qu’il n’avait pas eu. Et, au fur et à mesure que j’obtenais ces diplômes, que je, en même temps, moi, je changeais de monde. Et je n’ai pas été une enfant double, j’étais une enfant déchirée, je pense ; déchirée entre le milieu de mes parents et puis, un milieu petit bourgeois que, automatiquement, je me suis mise à fréquenter. Et, j’avais des intérêts différents des siens. Je lisais, on ne parlait plus le même langage. Je crois que cette question de langage, entre lui et moi, c’était extrêmement important.
Bernard Pivot
Oui, vous dites que c’était peut-être la chose la plus terrible qu’il y avait entre vous.
Annie Ernaux
Oui, c’était la plus terrible.
Bernard Pivot
Oui, mais en même temps, il n’aimait pas que vous dites, par exemple, je ne sais pas, prof, ou bien, bouquin, il n’aimait pas ça.
Annie Ernaux
Non, parce qu’il pensait que si j’avais eu la chance d’apprendre, justement, à bien parler, c’était manquer de respect, finalement, à ce que l’on m'apprenait. Il avait un respect très religieux de l’école.
Bernard Pivot
Mais d’ailleurs, vous aussi, vous dites, le problème de langage était très important dans le…
Georges-Emmanuel Clancier
Ah oui, oui, je crois que c’est capital. Ce sont, les mêmes problèmes posent les mêmes effets humains. Et, ils parlaient entre eux, patois, on ne dit plus patois. Ils parlaient limousin entre eux, mes grands-parents. Mais, automatiquement, lorsqu’ils s’adressaient à moi, ils me parlaient français, et ils attendaient que je ne les imite pas mais que je parle français, justement, parce que ça leur paraissait une sorte de promotion nécessaire. Enfin, ils rêvaient certainement d’un autre monde, d’une certaine manière, ils souffraient, en effet, de se sentir comme relégués dans ce monde qu’ils aimaient pourtant profondément.
Bernard Pivot
Oui, oui, mais c’est là où ça devient passionnant, votre livre, c’est que donc vous, vous avez des diplômes, vous devenez quelqu’un d’instruit. Et puis lui reste ce qu’il est, il est fier de sa fille, mais en même temps, il en a un peu honte parce que vous dites ceci : Dans la famille, les clients de la gêne, presque de la honte, que je ne gagne pas encore ma vie à 17 ans. Alors qu’autour de lui, toutes les filles, il craignait qu’on ne me prenne pour une paresseuse et lui, pour un crâneur. Comme une excuse,« on ne l’a jamais poussée, elle avait ça dans elle ».
Annie Ernaux
Oui, ça, c’était très net. C’est-à-dire que pour lui, le travail, le travail du chapeau, le travail de la tête, comme il disait, eh bien, ça n’a jamais, au fond, été un vrai travail. Et je pense que beaucoup de gens qui travaillent de leurs mains, continuent de le penser parce que on ne peut pas tricher quand on travaille de ses mains ; et que la tête, ça lui paraissait travailler avec sa tête, parce que je reprends cette expression qu’il avait très souvent. C’était à la fois, il pensait que c’était, pas facile, non, mais que c’était peut-être un jeu, que c’était, ça ne serait jamais aussi dur. Et, quand il employait le mot travail, il ne me disait jamais : Tu travailles bien à l’école. Il disait : Tu apprends bien. Parce que, pour lui, travailler, ç'a a toujours été travailler de ses mains. Alors, il me voyait continuer des études et, vis-à-vis des autres, des clients qui pour la plupart étaient des ouvriers, il pensait que finalement, j’avais bien de la chance, qu’il ne fallait pas, qu’il ne fallait pas écraser de cette chance que j’avais tout mon entourage.
Bernard Pivot
Et puis, en même temps, vous, vous le dites dans le livre, vous le trouvez et vous le citez ce mot, péquenot. Ça fait un peu péquenot de ce que vous aimiez il y a quelques années auparavant, vous vous en détournez.
Annie Ernaux
Oui, c’est-à-dire qu’il y a une coupure qui passe par moi. C’est-à-dire, qui passe en moi. J’aimais tout ce qu’aimaient mes parents. C’est-à-dire, moi, j’aimais aussi bien lire Confidences, j’aimais lire les feuilletons, tout cela me plaisait ! Et à un moment, par l’école, on m’a appris que c’était, ben, tout cela, c’était péquenot. Et donc, moi, je m’étais séparée de moi-même, en même temps que j’étais séparée de mes parents, c’est comme ça. C’est les effets de l’ascension sociale qu’il y a dans tout…, enfin, qu’on rencontre un peu partout. Il y a un ancien moi, et il y a un nouveau moi. Et, je crois que, c’est de la faute…. Ce n’était ni la faute de mes parents, je ne peux pas dire si c’était ma faute, mais enfin, c’est comme ça.
Bernard Pivot
Et avec ce livre, vous remboursez une dette ?
Annie Ernaux
C’est une réparation, sûrement, c’est une réparation. C’est aussi le désir de faire vivre la culture de mon père. C’est-à-dire ce qu’il aimait, je décris comment il tenait ses mains, comment il passait ses dimanches, et que tout cela, ce n’est pas méprisable. C’est aussi réhabiliter son mode de vie à lui.