L'écriture théâtrale pour Yasmina Reza

19 février 1990
02m 56s
Réf. 05448

Notice

Résumé :

Invitée dans l'émission Regards de femme d'Aline Pailler, Yasmina Reza parle des ressorts de son inspiration, avant d'évoquer sa pièce La Traversée de l'hiver.

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Date de diffusion :
19 février 1990
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Contexte historique

Actrice, romancière, et auteur dramatique, Yasmina Reza est née en 1959 à Paris. Après des études de théâtre et de sociologie à l'Université de Paris X Nanterre, elle suit les cours de l'école Jacques Lecoq, avant de devenir comédienne. Elle écrit sa première pièce, Conversations après un enterrement, qui est montée par Patrice Kerbrat au Théâtre Paris-Villette en 1987. Elle reçoit alors le Molière du meilleur auteur et le prix SACD des Talents Nouveaux. La Traversée de l'hiver est représentée l'année suivante, suivie, en 1994, de Art, qui connaît un succès international. Poussée par ses éditeurs, elle se lance dans l'écriture de romans. En 1999, Désolation est publié chez Albin Michel, suivi de Adam Haberberg (2002), et Heureux les heureux (2013). Ses pièces sont traduites en plus de 35 langues et produites dans des théâtres de renom (Royal Shakespeare Theatre, Schaubühne de Berlin,...). Certaines de ses oeuvres dramatiques (Une pièce espagnole, Le Dieu du carnage) sont adaptées au cinéma.

C'est en 1988 que La Traversée de l'hiver est créée au CADO-Centre National d'Orléans, avant d'être reprise au Théâtre de la Colline. La pièce, mise en scène par Patrice Kerbrat, est interprétée, entre autres, par Pierre Vaneck, Lucienne Hamon, Michel Voïta... Elle se déroule en Suisse, à la montagne, sur la terrasse d'un hôtel. Six personnages y terminent leurs vacances. «Ce que certains personnages de cette pièce vont découvrir, c'est l'impuissance d'accorder leur pas, chemin faisant, car sur ce sentier de crête, il n'y a pas de place pour se tenir à deux. Quelqu'un va derrière, ou va devant. Quelqu'un nous suit ou nous conduit. Personne ne nous accompagne » (M. Paraschivesco-Y. Reza).

Alexandra Von Bomhard

Éclairage média

Journaliste engagée, féministe, et par la suite, femme politique, Aline Pailler crée Regards de femme en 1988. Cette émission quotidienne cherche à redonner aux femmes la place qu'elles méritent. « On oublie trop les femmes à la télévision » regrette l'animatrice « Nous voulons, avec FR3-Toulouse donner la parole à des femmes qui ont un regard de femmes» (Télé 7 jours, 21-27/01/89 ). Le programme, rompant avec le magazine féminin traditionnel qui s'adressait à la femme-ménagère ou consommatrice, s'inscrit plutôt dans la lignée de l'émission documentaire d'Eliane Victor, Les Femmes aussi (1964-1973).

Chaque jour, Aline Pailler reçoit en direct de Toulouse une invitée, connue ou inconnue, qui fait l'actualité. Le 19 février 1990, elle accueille Yasmina Reza, auteur de La Traversée de l'hiver, alors à l'affiche du Théâtre de la Colline. Dans un décor intimiste, la conversation semble naturelle, prenant parfois des allures de confidence. La dramaturge revient tout d'abord sur la naissance de l'oeuvre théâtrale : elle émerge d'une atmosphère, d'une ambiance très sensible, presque impalpable, d'un lieu, où deux individus, face à face, se parlent. Pour La Traversée de l'hiver, ce lieu est la montagne en été. Contrairement à ce qui a pu être dit sur cette pièce, qualifiée par certains d' « intimiste », Yasmina Reza espère que, derrière l'apparente réserve de l'écriture, le texte ait une forte résonance.

Alexandra Von Bomhard

Transcription

Aline Pailler
Alors, qu’est-ce qui vous parle quand vous écrivez pour le théâtre parce que je crois que vous n’avez, jusque-là, écrit que pour le théâtre, ou un scénario, aussi pour un film. C'est une écriture particulière quand même, ce n’est pas le roman, ce n’est pas la nouvelle, ce n’est pas la poésie, ce sont des dialogues. Est-ce qu’on écrit aussi la mise en scène, ou les images, ou les vides comme ça lorsqu’on est auteur de théâtre ?
Yasmina Reza
Je peux parler que pour moi, n’est-ce pas, je ne peux pas…. On me dit toujours, quand on est auteur de théâtre, ou…
Aline Pailler
Vous parlez pour vous alors ?
Yasmina Reza
Oui, c’est vraiment pour moi parce que je crois qu’il y a autant de personnes et autant de manières. Moi, je pars d’une atmosphère, j’écris de manière très instinctive, très musicale. C’est un lieu, on revient un peu à l’idée de la photo, un lieu, je vois une scène presque, comment dire, presque peinte, ou photographiée devant moi, et deux personnages. En général, ça part de ça, deux personnages qui se tiennent l’un en face de l’autre, qui sont dans, il pleut ou il fait beau. Ils sont dans une atmosphère très particulière. Et, ils disent quelques mots. Et, de là, de cette chose très, très simple et presque impalpable, naît, peut naître une pièce.
Aline Pailler
Alors, pour La traversée de l’hiver , quelle a été l’ambiance du départ. Il s’agit là d’une pièce avec six personnages. On va citer quand même quelques acteurs : Michel Robin, Martine Sarcey, Pierre Vaneck, Michel Voïta, Lucienne Hamon, Marianne Epin. Donc, voilà…, et Marcel Khaled, comme ça, ils y sont tous. Voilà pour les comédiens, six personnages. Comment ils, comment a démarré cette pièce qui est assez intimiste, je crois ? Il s’agit de plusieurs couples qui sont en vacances, qui terminent leurs vacances, c’est ça ? A la montagne.
Yasmina Reza
A la montagne. L’idée première, c’était la montagne, la montagne, l’été, je crois, c’est un univers que je connais très bien. J’y vais souvent, chaque année même. La Suisse, en Suisse. Et, donc, c’était partir de cette atmosphère de hauteur avec ces brumes, ce mystère, ce silence qui règne là. Et donc, ces six personnages se sont, l’un après l’autre, mis sur cette terrasse et…. Je ne suis pas tout à fait d’accord quand on dit que c’est une pièce intimiste. Les gens l’ont dit, pour moi, ce n’est pas, ce n’est pas ce que j’appellerais intimiste. Intimiste, oui, bien sûr, parce que ça fait appel à des sentiments de l’intimité. Mais, en même temps, ça se passe à la montagne, le décor est très vaste, et c’est…. Vaneck avait dit une chose en parlant de moi, je le reprends parce que les gens parlent toujours mieux de vous que soi-même. Il avait dit : c’est des phrases qui sont proférées à voix un peu basse mais c’est comme une petite cloche qui sonnerait et dont le son doit résonner…
Aline Pailler
Loin !
Yasmina Reza
Très loin. En tout cas, c’est ce que j’espère.

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