Germinal d'Emile Zola

09 septembre 1993
02m 08s
Réf. 05449

Notice

Résumé :

Interview de Renaud et Gérard Depardieu sur le tournage pour le cinéma du Germinal d'Emile Zola adapté par Claude Berri en 1993.

Type de média :
Date de diffusion :
09 septembre 1993
Source :

Contexte historique

Né à Paris en 1840, Emile Zola a passé son enfance à Aix-en-Provence, où il noue une amitié très forte avec le peintre Cézanne. Arrivé à Paris à l'âge de dix-huit ans, il échoue aux épreuves du baccalauréat et connaît la misère. Embauché par la suite chez Hachette, il progresse dans la hiérarchie de la librairie et fait la connaissance du milieu littéraire de l'époque. Il se met à écrire pour les journaux des critiques d'art cinglantes où il défend les futurs peintres impressionnistes qui deviennent ses amis, comme Manet ou Renoir, des contes et des romans-feuilletons. Thérèse Raquin, qu'il publie à l'âge de 27 ans, fait scandale. Dans la préface de la seconde édition parue en 1868, le jeune écrivain se défend des critiques tout en posant les premiers jalons de sa doctrine naturaliste. Influencé par l'approche scientifique et réaliste qu'adopte Balzac dans La Comédie humaine, il conçoit à cette époque le projet des Rougon-Macquart, « Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire ». Pendant plus de vingt ans, Zola travaille tous les jours pour venir à bout de cette tâche pharaonique dont les vingt volumes vont paraître régulièrement en feuilletons. Avec la parution de L'œuvre en 1885, il se brouille avec son meilleur ami de toujours, Paul Cézanne, qui s'est identifié à Claude Lantier, le peintre manqué du roman. À partir de 1877 et du succès de L'Assommoir, Zola jouit d'un prestige et d'une aisance matérielle qui se concrétisent dans la maison de Medan, qu'il acquiert en 1878 et où dînent Flaubert, Edmond de Goncourt ou Alphonse Daudet. Huysmans, Maupassant le fréquentent. Ses livres sont traduits dans toute l'Europe. À la mort de Flaubert en 1880, il devient logiquement le chef de file de l'école naturaliste, dont il définit les principes esthétiques dans ses textes théoriques comme Le Roman expérimental ou Le Naturalisme au théâtre. En 1893, à l'occasion de l'achèvement des Rougon-Macquart, un banquet présidé par le ministre Poincaré est même organisé en son honneur. S'ouvre alors une nouvelle période dans la vie de Zola, qui s'engage explicitement dans des écrits en prise directe avec son époque. Il milite, dans l'affaire qui divise la France entière, aux côtés des dreyfusards. Dans sa Lettre à Monsieur Félix Faure, Président de la République publiée par L'Aurore en janvier 1898, il dénonce l'injustice dont est victime Dreyfus. Plus connu sous le nom de « J'accuse... ! » (voir le document « J'accuse... ! » d'Emile Zola) en raison de l'anaphore qui le ponctue, l'article est un véritable pamphlet contre l'armée française. Condamné à un an d'emprisonnement pour diffamation, Zola s'exile en Angleterre. L'écrivain naturaliste en profite pour y exercer sa nouvelle passion, la photographie. Il meurt à Paris en 1902. Deux ans après la réhabilitation du capitaine Dreyfus (en 1906), les cendres de Zola sont transférées au Panthéon.

Germinal, paru d'abord en feuilleton dans le journal Le Gil Blas en 1884-1885, constitue le treizième volume des Rougon-Macquart. Dans la mine de Montsou au Nord de la France, le nouveau venu Etienne Lantier – un des fils, comme Claude, de la Gervaise Macquart de L'Assommoir – mène la rébellion des mineurs. Cet ouvrier socialiste et autodidacte, qu'accueille la famille Maheu, devient le chef d'une grève qui va finir dans le sang. Le roman répond bien aux exigences naturalistes inspirées par la médecine expérimentale et le positivisme. En effet, la construction de l'intrigue, qui aboutit immanquablement à l'échec des mineurs, fait bien du roman un laboratoire où l'auteur expérimente sur ses personnages les lois physiques et sociales. Zola, qui s'est fortement documenté et a visité la mine d'Anzin, ne se contente pas de décrire minutieusement la condition des mineurs. Il prononce un véritable plaidoyer en faveur des ouvriers, dont il dénonce, sur un ton parfois épique, l'exploitation par le capital.

Johanna Pernot

Éclairage média

Créé en 1990 pour « manifester l'utilité du service public et marquer sa différence », le magazine hebdomadaire Envoyé spécial propose sur France 2 de grands reportages sur des sujets d'actualité. Lors d'un numéro de l'émission consacré aux « Gens du Nord », les reporters d'Envoyé spécial s'invitent sur le tournage du Germinal de Claude Berri, qui a pour l'occasion réalisé un joli casting : aux côtés du chanteur Renaud dans le rôle d'Etienne Lantier, Miou-Miou, Judith Henry, Jean Carmet et Gérard Depardieu incarnent les membres principaux de la famille Maheu. Le reportage, diffusé en septembre 1993, précède de peu la sortie du film dans les salles et s'attache aux gestes et paroles de la star, Gérard Depardieu, qui présente succinctement les deux personnages principaux de ce long-métrage.

Le reportage commence dans un entrepôt du Nord de la France. Le froid met de la buée dans les bouches des acteurs maquillés de noir, en costume de mineur.

Gérard Depardieu, qui joue le second rôle de Toussaint Maheu, devient, malgré ses dénégations – il se définit comme un simple « effet spécial » – la vedette du reportage. Il blague, présente à la caméra Renaud, dont c'est le premier rôle au cinéma, sous l'étiquette du héros « communiste ». Dans l'entretien qui suit, il brosse un portrait touchant de Maheu : sous ses airs d'homme fort, ce mineur à la carrure imposante est une victime analphabète, qui lui rappelle son propre père. L'interview insère des extraits du tournage dans la mine, qui illustrent la révolte sourde de Maheu et attrapent au vol une discussion entre Renaud et Depardieu. Le gros plan final sur le visage de Depardieu donne un air de confidence à ses propos – où il insiste sur la fatalité qui broie Maheu.

Johanna Pernot

Transcription

(Bruit)
Gérard Depardieu
Regardez, alors…
Renaud
Ouais !
Gérard Depardieu
Qu’est-ce que, voilà ! C’est un film, il va être la vedette de ce film, n’est-ce pas, il fait Etienne Lantier, la prochaine fois, ce sera... C'est un rôle communiste, hein, là ? Tu aimes bien les communistes, tu aimes bien ?
Renaud
Oui, Monsieur.
Gérard Depardieu
Eh bien, voilà, va !
Journaliste
Pour son premier film, Renaud côtoie l’impressionnante carrure de Depardieu, qui joue le rôle du Maheu, cet ouvrier quelque peu résigné.
Gérard Depardieu
Ah non, non, non, moi, je n’ai rien à avoir dans le film là. Je passe, je suis un effet spécial.
Renaud
Bon voilà, ici, on arrête le travail.
Gérard Depardieu
Non, moi, je dis, moi, j’arrête, on ne va pas, on arrête, ce n’est pas un leader Maheu. Ce n’est pas un leader Maheu, c’est un second. Il est là, il dit : Moi, j’arrête, je m’en vais.
Intervenant 1
Bon d’accord. Mais le fait est que vous allez partir puisqu’on vous retrouve avec lui.
Gérard Depardieu
Ah ben, après…
Renaud
Ce n’est pas logique, il …
Gérard Depardieu
Mais si, toi, t’es quand même un leader, tu vas mener !
Renaud
Eh, mais je débarque, c’est ma première journée à la mine. Sous prétexte que lui, il va arrêter le travail, je m’en vais quoi.
Gérard Depardieu
Mais il dit, ça me dégoûte. J’aime bien Maheu, j’aime bien Maheu parce qu’il pouvait ressembler aussi à ce que j’ai comme idée de mon père, qui était un type qui ne savait pas lire mais qui faisait semblant de lire, parce qu’il remuait ses lèvres comme si il savait lire. Il faisait ça. Je pense que Maheu était aussi quelqu’un comme ça, du même ordre, qui suivait Etienne Lantier, pareil.
(Bruit)
Gérard Depardieu
Moi, ça va, j’arrête là ! C’est encore une journée de foutue là. Même pas 50 sous, j’arrête. Ça me dégoûte.
(Bruit)
Gérard Depardieu
Je crois que Maheu, finalement, c’est des hommes propres, des gens qui, sur qui, on peut, on peut cogner dessus, mais ils ne sentent pas. Au moment où ils le sentent, il est trop tard. Donc, c’est un homme fort, c’est un homme fort comme une victime peut être forte.

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