Wajdi Mouawad : l'écriture d'un spectacle

22 novembre 2006
01m 33s
Réf. 05453

Notice

Résumé :

L'auteur/metteur en scène Wajdi Mouawad expose sa conception de l'écriture et de la mise en scène.

Type de média :
Date de diffusion :
22 novembre 2006
Source :

Contexte historique

Né au Liban en 1968, Wajdi Mouawad a vécu en France, avant d'immigrer au Québec. Diplômé de l'Ecole nationale de théâtre du Canada, il est co-fondateur du théâtre Ô Parleur avec la comédienne Isabelle Leblanc. Il porte alors au plateau ses propres textes, commençant sa carrière d'auteur dramatique et metteur en scène. Il monte Journée de noces chez les Cromagnons, puis Willy Protagoras enfermé dans les toilettes. Sa pièce Littoral créée en 1997, est un grand succès. Elle deviendra le premier volet de la tétralogie Le Sang des promesses. De 2000 à 2004, il est directeur artistique du Théâtre de Quat'sous de Montréal, puis du Théâtre français du Centre national des arts d'Ottawa en 2007. Il crée, un an plus tard, Seuls, une pièce à résonance autobiographique qu'il écrit, joue et met en scène. Artiste associé au 63ème Festival d'Avignon en 2009, il invite les spectateurs à 11 heures de spectacle en présentant les trois premières pièces du Sang des promesses dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes, avant d'en dévoiler le dernier volet : Ciels. Il monte en 2011 trois tragédies de Sophocle : Les Trachiniennes, Antigone, Electre, qu'il réunit sous le titre Des Femmes. Wajdi Mouawad devient, la même année, artiste associé du Grand T à Nantes.

Le spectacle Forêts, créé en 2006, est le troisième volet du Sang des promesses, quatuor également composé de Littoral, Incendies, puis Ciels. Ce cycle théâtral, profondément tragique, convie le spectateur à une exploration du passé, une quête des origines : c'est « une odyssée, entreprise par Wilfrid dans Littoral, poursuivie par Jeanne dans Incendies, et que Loup mène à son terme dans Forêts » (W. Mouawad). Dans cette dernière pièce, Loup, une jeune adolescente, essaie de comprendre les causes de la tumeur au cerveau de sa mère. L'exploration de la mémoire familiale la mène au sein d'une mystérieuse forêt, dans les Ardennes, où, un siècle plus tôt, une famille a décidé de vivre en autarcie, au milieu des animaux sauvages.

Alexandra Von Bomhard

Éclairage média

Wajdi Mouawad est un des invités de l'émission Des mots de minuit, animée par Philippe Lefait. Ce magazine culturel (hérité du Cercle de minuit, qui fut présenté par Michel Field, puis par Laure Adler) entend présenter divers aspects de la vie culturelle. Il s'inscrit dans la lignée de fameuses émissions littéraires (telles que la très célèbre Lectures pour tous, orchestrée par Pierre Dumayet) qui mettent la culture au coeur de la mission du service public. Il est à noter que l'émission Des mots de minuit a été supprimée en mai 2013 pour des raisons budgétaires ...

Philippe Lefait réunit ici plusieurs personnalités (on entrevoit par exemple le musicien de jazz Ben Sidran, mais aussi Sylvie Vassalo, directrice du Salon du livre jeunesse à Montreuil) afin qu'ils s'expriment tour à tour sur leur actualité. Après avoir visionné un extrait de la pièce Forêts, écrite et mise en scène par Wajdi Mouawad, le présentateur demande à celui-ci, de manière un peu abrupte : «comment écrivez-vous ?». Le metteur en scène revient, dans un premier temps, sur le processus de création qui a guidé l'écriture du passage qui vient d'être visionné (Scène 7.g «Deux extrémités»), avant d'élargir sa pensée sur la question. Le jeu des comédiens, les trouvailles de ceux-ci sur le plateau peuvent être antérieurs à l'écriture du dramaturge et la nourrir, mais, inversement, la rédaction du texte peut elle aussi être première. Pour Wajdi Mouawad, l'écriture théâtrale est avant tout l'écriture d'un spectacle. Le texte est loin d'être le seul composant de la représentation, loin aussi d'en être la donnée essentielle. On voit que le metteur en scène s'inscrit ici dans la lignée des «écrivains de plateau», que Bruno Tackels définit dans son ouvrage édité chez Les Solitaires Intempestifs : Les Castellucci. Ecrivains de plateau 1. L'essayiste y souligne en effet l'importance de la scène dans l'émergence des créations contemporaines.

Alexandra Von Bomhard

Transcription

(Silence)
Philippe Lefait
Comment écrivez-vous ?
Wajdi Mouawad
Euh, ça, ce que vous venez de voir, en fait, c’est écrit en sachant que ça allait être mis en scène comme ça parce que au moment où j’ai écrit cette scène-là, j’étais en train de faire la mise en scène du spectacle. C’est-à-dire que l’écriture et la mise en scène se faisaient…
Philippe Lefait
En parallèle.
Wajdi Mouawad
Parallèlement. Donc, la veille, j’avais fait la scène où le personnage qui est au fond, Léonie, met au monde Ludivine. La scène ne fonctionnait pas tout seul comme ça. Puis, en parlant avec mes acteurs, on s’est dit, il manque quelque chose en avant qui pourrait donner une perspective. Et je me suis dit, oui, il faut montrer la mort de Aimée. Donc, là, je suis rentré à l’hôtel, j’ai réécrit la scène et pour écrire la scène, il a fallu que je trouve conceptuellement, sur scène comment ça allait se passer. Une fois que je l’avais trouvé dans ma tête, je l’ai écrit. Et là, ça a été très vite. Contrairement à d’autres scènes qui ont été écrites sans du tout savoir comment ça allait être monté en me disant : Je verrais bien une fois que je serai avec les comédiens ! Donc, ça s’écrit, euh, si vous voulez, au théâtre, pour moi, le plus important, c’est le spectacle. Si le texte, s’il faut du texte, j’écris du texte, s’il faut de la musique, je mets de la musique, s’il faut du silence, je mets du silence. Ce n’est pas une mise en scène au service d’un texte, c’est toute une équipe au service d’un spectacle. Et pour moi, ça c’est très, très important surtout au théâtre parce que le spectateur assiste à un spectacle où le texte a une importance considérable, évidemment. Mais, on n’est pas au service d’un texte.

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